Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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zoologie (suite)

E. Geoffroy Saint-Hilaire (v. évolution biologique) fut appelé à occuper en 1794 la chaire de zoologie (Mammifères et Oiseaux) du Muséum de Paris et collabora avec Cuvier. Puis, en 1798, il participa à l’expédition d’Égypte, au cours de laquelle il fit d’importantes observations sur les Reptiles et les Poissons. On lui doit également des travaux marquants sur les Mammifères. La grande idée dominant depuis 1796 sa pensée scientifique fut celle de l’unité de plan de composition du règne animal, qui le range parmi les partisans du transformisme. En effet, si un même plan d’organisation se retrouve dans tout le règne animal, il est logique d’admettre que tous les êtres vivants dérivent d’un même prototype ancestral.

Ces vues de Geoffroy Saint-Hilaire, exposées dans sa Philosophie anatomique (1812-1822) et dans ses Principes de philosophie zoologique (1830), furent à l’origine d’une violente controverse avec Cuvier (1830) lorsqu’il voulut les étendre à des Invertébrés (Mollusques). Geoffroy fut également un précurseur de la tératologie expérimentale (étude des monstruosités) en soumettant des œufs d’Oiseau à divers traitements. Son fils Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861) poursuivit son œuvre dans cette discipline.


Autres contributions zoologiques

Si les trois zoologistes cités ci-dessus comptent parmi les plus grands du siècle dernier, il ne faut pas négliger l’apport de nombreux autres, qui, bien que moins célèbres, n’apportèrent pas moins chacun sa pierre à l’édifice commun.

Pour plus de commodité, nous examinerons leurs contributions dans les divers groupes zoologiques comme nous l’avons fait pour le xviiie s.

L’étude des Protozoaires (terme créé par Goldfuss en 1817) fit de grands progrès, liés à ceux de la microscopie et de la micrographie. Alcide d’Orbigny (1802-1857) publiait (1826) sa monographie des Foraminifères, mais eut le tort de les considérer comme des Céphalopodes (Mollusques) ; L. Dufour (1826-1828) décrivait, lui, les grégarines, parasites d’insectes. Les deux plus importants protistologues du xixe s. furent l’Allemand Christian Gottfried Ehrenberg (1795-1876) et le Français Félix Dujardin (1801-1860) ; le premier consacra en 1838 une monographie aux « Infusoires » (qui comprenaient, outre de véritables Protozoaires, des bactéries, des diatomées et des Rotifères) et soutint une théorie dite « polygastrique » selon laquelle les Infusoires posséderaient des appareils digestif, reproducteur et nerveux, tandis que Dujardin montra qu’il s’agissait de vacuoles et définit, le premier, sous le nom de sarcode, le protoplasme (1835). Il publia également en 1841 une monographie sur les Infusoires et reconnut l’individualité des Rotifères.

C’est également au cours du xixe s. que furent décrits les principaux Protozoaires parasites de l’Homme et des animaux domestiques : Trichomonas (Donné, 1837), Trypanosoma (David Gruby, 1843 ; Evans, 1883 ; David Bruce, 1894), amibe dysentérique (Friedrich Lösch, 1875), Hématozoaire du paludisme (Alphonse Laveran, 1880 ; Golgi, 1889), Microsporidie (Nosema) des vers à soie (Édouard Balbiani, 1867).

Pour ce qui est des Cœlentérés, mentionnons les travaux de Cuvier sur les Méduses, dont François Péron et Charles Alexandre Lesueur, au cours de leur voyage aux terres australes (1800-1804), avaient découvert de nombreuses espèces nouvelles. Plusieurs auteurs établirent le fait que certaines Méduses (dites « Leptolides » dans la terminologie actuelle) passent par le stade polype au début de leur développement.

Le vaste groupe des Vers fut mis en ordre par Cuvier (1798), qui distinguait ceux qui sont pourvus de sang rouge des helminthes, qui en sont dépourvus, et Lamarck (1801), qui employa, le premier, le terme d’Annélides pour désigner ceux qui ont un sang rouge. Quant aux helminthes (tous parasites, à l’exception de certains Nématodes), ils firent l’objet des travaux de Zeder (1800), qui en distinguait cinq classes (vers ronds, à crochets, suceurs, ténias, vésicules), que Carl A. Rudolphi transformera en ordres (1808-1810, 1819) : Nématodes, Acanthocéphales, Trématodes, Cestodes et Cystica, qui, à l’exception de ce dernier, sont encore valables de nos jours. Des Nématodes pathogènes pour l’Homme (trichine, ankylostome) furent découverts dans la première moitié du siècle, tandis que sir Patrick Manson établissait le rôle des moustiques dans la transmission de certains d’entre eux (1878-79) [filaires]. Une importante acquisition fut celle du cycle évolutif des Cestodes (ténias), dont les cystiques représentent la forme larvaire (Gottlob Küchenmeister, 1852 ; Pierre Joseph Van Beneden, 1861).

L’étude des Arthropodes fit également de grands progrès. Les Crustacés passèrent de 36 genres (Lamarck, 1801) à 64 (André Latreille, 1806), puis à 326 et à mille espèces environ (Desmarest, 1823). C’est parmi eux que Thompson (1830) rangea les Cirripèdes, placés auparavant dans les Mollusques. Quant aux Insectes, ils furent étudiés par André Latreille (1762-1833), qui les divisa en 12 ordres parmi lesquels figuraient encore les Myriapodes, reconnus ultérieurement par Leach comme une classe particulière. Les divers ordres d’Insectes furent méthodiquement inventoriés, ainsi que les Coléoptères, dont Auguste Dejean (1780-1845) donna un catalogue comportant plus de 20 000 espèces et Jean Th. Lacordaire (1801-1870) une description de leurs divers genres couvrant 11 volumes.

C’est chez les Échinodermes (oursin, étoile de mer) que fut découverte la fécondation (pénétration du spermatozoïde dans l’ovule) par Oscar Hertwig (1875) et Hermann Fol (1877), tandis qu’Élie Metchnikov observa chez l’étoile de mer (1882) le phénomène de phagocytose. Pour ce qui est des Mollusques, il faut mentionner les travaux de Cuvier (1804), de Lamarck (1818), la monographie de A. de Férussac et G. P. Deshayes, qui parut de 1819 à 1851.

Henri-Milne Edwards (1800-1885) rattachait aux Mollusques, sous le nom de Molluscoïdes, les Tuniciers, Brachiopodes et Bryozoaires, et Alfred Moquin-Tandon (1804-1863) consacrait une monographie (1855) aux Mollusques terrestres et fluviatiles de France. Ce groupe fit également l’objet des travaux de toute une pléiade de zoologistes célèbres (Pierre Joseph Van Beneden, Richard Owen, Thomas Huxley, Henri de Lacaze-Duthiers, Karl Vogt, etc.). Les Tuniciers (Tunicata de Lamarck, 1816) furent étudiés par le zoologiste russe Aleksandr Kovalevski, qui montra qu’il s’agissait de Cordés, et, de 1841 à 1844, John Goodsir, Martin H. Rathke et Johannes Müller mirent en évidence les affinités de l’Amphioxus (découvert par Pallas en 1774 et nommé par William Yarrel en 1836) avec les Vertébrés inférieurs, cet animal constituant un chaînon entre les Invertébrés et les Vertébrés, que nous allons maintenant examiner.