Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
Z

Zīrides (suite)

Vainqueur du prince d’Almería en 1038, Bādīs s’empare de Málaga (1057). Mais bientôt les Zīrides doivent compter avec la politique antiberbère du roi ‘abbādide de Séville al-Mu‘taḍid billāh. Si bien qu’après l’annexion de plusieurs royaumes berbères la puissance arabo-andalouse n’a plus devant elle que le bastion de Grenade, ville que les Zīrides ont fortifiée puissamment. Le long règne de Bādīs ibn Ḥabūs (1038-1073) est marqué par le massacre de trois mille Juifs grenadins (1066) à la suite d’une conspiration ourdie par l’ambitieux vizir juif Joseph Ha-Nadig (ou ibn Nagrella, 1035-1066), successeur de son père, Samuel.

À la mort de Bādīs ibn Ḥabūs (1077), son royaume se scinde : l’un de ses petits-fils, Tamīm, s’installe à Málaga, et l’autre, ‘Abd Allāh, à Grenade. Ces deux princes contribuent en 1086 à la victoire remportée à Sagrajas (al-Zallāqa) par le sultan almoravide Yūsuf ibn Tāchfīn sur Alphonse VI.

Mais, en 1090, Yūsuf s’empare de Grenade, puis de Málaga ; Tamīm et ‘Abd Allāh mourront en exil. Des gouverneurs almoravides remplacent dans les deux villes les souverains zīrides.

P. P.

➙ Berbères / Espagne / Fāṭimides / Grenade / Maroc / Taifas (les royaumes de) / Tunisie.

 H. R. Idris, la Berbérie orientale sous les Zīrides, xe-xiie siècle (Maisonneuve, 1963 ; 2 vol.).

Zochtchenko (Mikhaïl Mikhaïlovitch)

Écrivain russe (Poltava 1895 - Leningrad 1958).


Fils d’un peintre d’origine ukrainienne, qui a appartenu à l’école des « ambulants » (peredvijniki), Mikhaïl Zochtchenko abandonne en 1915 ses études de droit à l’université de Saint-Pétersbourg pour s’engager dans l’armée. Blessé, gazé, quatre fois décoré, il atteint le grade de capitaine au moment de la révolution. Il est démobilisé pour raison de santé en avril 1919, après s’être rengagé en septembre 1918 dans les rangs de l’armée rouge. Il tente de se réadapter à la vie civile en faisant successivement les métiers d’inspecteur de la police criminelle, d’instructeur rural pour l’élevage de la volaille et des lapins, de milicien (agent de police), de cordonnier et d’aide-comptable au port de Petrograd.

En 1921, il se lie au groupe des frères Sérapion, dont il partage l’hostilité aux formes traditionnelles de la prose réaliste, objective et psychologique. Son premier livre, Rasskazy Nazara Ilitcha, gospodina Sinebrioukhova (Récits de monsieur Sini ébrioukhov, Nazar Iliitch, 1922), révèle un maître du skaz, narration placée dans la bouche d’un homme simple, dont le langage et la manière de penser situent les événements dans un éclairage inhabituel, généralement ironique. Outre la saveur propre, la vérité et l’actualité d’un langage populaire contemporain, bigarré d’éléments livresques mal assimilés, ces récits ont l’intérêt d’offrir sur la guerre et la révolution le point de vue « naïf » d’un paysan dépourvu de conscience politique et sensible à l’aspect concret des événements. Au cours des années 20, Zochtchenko aiguise jusqu’à la perfection cet art du court récit stylisé, dont l’anecdote, généralement inspirée par les embarras et les difficultés qui jalonnent la vie quotidienne de la période de la NEP, tire tout son sel d’un langage qui trahit l’inculture du narrateur ou la mesquinerie de ses préoccupations (Aristokratka [l’Aristocrate], 1923 ; Bania [les Bains], Nervnyïelioudi [les Gens nerveux] et Kino-drama [Ciné-drame], 1924 ; Limonad [la Limonade], 1925 ; Prelesti koultoury [les Charmes de la culture], 1926 ; etc.). Entre 1923 et 1930, Zochtchenko publie une quinzaine de recueils de ces miniatures satiriques, qui présentent le revers grotesque et dérisoire du bouleversement révolutionnaire, tel qu’il est répercuté au niveau du langage quotidien, de l’« homme de la rue ». Leur immense succès, attesté par des tirages massifs, révèle leur actualité.

En même temps, Zochtchenko met en scène le narrateur implicite de ces brèves anecdotes dans des récits plus développés, dont le héros est tantôt un petit fonctionnaire borné et naïvement cynique (Koza [la Chèvre], 1922 ; O tchem pel soloveï [Ce que chantait le rossignol], 1925 ; Vessioloïe priklioutchenie [Une joyeuse aventure], 1926), tantôt un artiste ou un intellectuel raté et inadapté à la vie nouvelle (Apollon i Tamara [Apollon et Tamara], 1923 ; Strachnaïa notch [Une terrible nuit], 1924 ; Siren tsvetet [Le lilas fleurit], 1929). Tous ces récits illustrent le triomphe de la réalité quotidienne, dans ce qu’elle a de plus terre à terre et de plus mesquin, sur les ambitions et les sentiments élevés. Le style et le ton du skaz, auxquels Zochtchenko reste fidèle, lui servent ici à camper le personnage d’un « auteur » à moitié fictif (qui reçoit même, dans un recueil de ces récits publié en 1928 sous le titre de Sentimentalnyïe povesti [Nouvelles sentimentales], le nom de I. V. Kolenkorov), « type moyen de l’intellectuel qui s’est trouvé placé à la charnière de deux époques », que caractérisent « la neurasthénie, les oscillations idéologiques, les contradictions et la mélancolie », et dont Zochtchenko se dit « le fils et le frère ». Par cette sorte d’autostylisation critique, Zochtchenko tente ainsi de prendre congé de son propre personnage d’intellectuel inadapté, dont il écrit la biographie satirique dans le récit Michel Siniaguine (1930).

La volonté de surmonter le pessimisme de ses premiers récits en adhérant plus étroitement aux idéaux de la société nouvelle est sensible dans toute l’œuvre des années 30. Les courts récits tournent au feuilleton satirique, dénonçant dans un esprit « positif » les imperfections qui entravent le fonctionnement des institutions soviétiques. C’est dans ce même esprit de critique positive et utilitaire que Zochtchenko reprend dans Goloubaïa kniga (le Livre bleu ciel, 1934), dédié à Gorki, certains de ses courts récits des années 20 pour les intégrer à une sorte de panorama systématique des imperfections humaines. En même temps, il renonce en partie à l’ambiguïté du skaz et tente de se rapprocher de l’idéal d’une prose narrative strictement objective et documentaire, qui ne laisserait aucune place à l’imagination et à l’analyse psychologique. C’est dans cet esprit qu’il écrit ses récits « historiques » (Istoria odnoï jizni [Histoire d’une vie], 1935 ; Vozmezdie [la Revanche], 1936 ; Tcherny prints [le Prince noir], 1936 ; Kerenski, 1937 ; Tarass Chevtchenko, 1939) ainsi que des récits pour enfants (notamment Rasskazy o Lenine [Récits sur Lénine], 1940), et des récits de guerre (Rasskazy partizan [Récits de partisans], 1947).