Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Zambie (suite)

De 1924 à 1953, on assista à des progrès économiques remarquables et à un éveil politique progressif. Des prospections américaines mirent au jour en 1925-1928 le cuivre du Copper Belt. L’exploitation des nouvelles mines, une fois passé le cap de la crise de 1929, connut un essor tel qu’elle devint pratiquement la ressource unique du pays. Une population de mineurs africains migrants se constitua, que rejoignirent des Blancs d’Afrique du Sud. Mais près de 90 p. 100 des revenus allaient en Grande-Bretagne, notamment au profit de la BSA. En 1949, un nouvel accord fut conclu avec celle-ci : la Rhodésie du Nord recevrait 20 p. 100 des profits miniers et le privilège de la BSA prendrait fin en 1986.

Cependant, les campagnes restaient sous-développées et la scolarisation insuffisante. La première école secondaire date de 1939. Même le sort des mineurs africains restait précaire. Une grève eut lieu en 1935, puis des mutuelles et des syndicats se constituèrent, malgré les efforts des autorités pour favoriser les oppositions tribales. À partir de 1946, des fédérations professionnelles se constituèrent.

En 1948, un mouvement nationaliste, le Congrès, se constitua, animé notamment par des leaders des mouvements sociaux et des anciens élèves des missions protestantes écossaises, tel l’instituteur Kenneth Kaunda (né en 1924). La minorité européenne (environ 40 000, face à 2 millions d’Africains), inquiète de cette évolution, méfiante à l’égard de Londres, déçue par la victoire des Afrikanders en Afrique du Sud, crut trouver une solution dans une Afrique-Centrale, fédération regroupant la Rhodésie du Nord, la Rhodésie du Sud et le protectorat du Nyassaland. Le leader de ce courant fut ici l’ancien cheminot sir Roy Welensky (né en 1907).


La fédération

Malgré l’obstruction et les manifestations publiques des nationalistes africains entre 1951 et 1953, la fédération fut mise sur pied à la fin de 1953. Le système électoral, censitaire et organisé en collèges, excluait pratiquement les Africains de la vie politique. Mais le nouvel ensemble fut d’abord favorisé par la hausse des prix du cuivre et par la division du mouvement politique africain. Les syndicats n’avaient, en effet, pas suivi le mouvement de résistance du Congrès, malgré leur grande grève de 1952.

La déception populaire s’exprima en partie dans la relance des mouvements religieux syncrétiques et messianiques, comme la secte dérivée du Watchtower ou comme l’Église lumpa, fondée par Alice Lenshina. Le régime évoluait en fait vers l’apartheid, et les campagnes restaient dans leur situation arriérée. Cependant, même les Européens furent déçus : les compagnies minières étaient, pour des raisons techniques, hostiles à la ségrégation professionnelle ; en 1955, un grand projet hydroélectrique sur la Kafue fut abandonné, contrairement à l’avis des experts, au profit du site de Kariba, en Rhodésie du Sud. La prédominance de celle-ci, qui détenait la capitale de la fédération, Salisbury, était évidente.

À partir de 1958, les mouvements politiques africains, encouragés par l’évolution générale du continent, se réorganisèrent. L’aile gauche de l’African National Congress, animée par Kaunda et Simon Kapwepwe, rompit avec le parti présidé alors par Harry Nkumbula pour créer un Congrès national africain zambien (Zambia African National Congress [ZANC]). Les émeutes de février-mars 1959 au Nyassaland entraînèrent la dissolution de ces partis et l’arrestation de Kaunda. Mais Londres estima, sur la base du rapport Monckton de 1960, que des changements s’imposaient et tenta une réforme constitutionnelle. Kaunda, libéré entre-temps, avait créé un parti unifié national pour l’indépendance (United National Independence Party [UNIP]). Il s’opposa par une campagne de désobéissance civile à l’équipe de Roy Welensky, séduite par l’expérience katangaise. Des émeutes éclatèrent en 1961. Sur intervention de Londres, l’UNIP accepta de participer aux élections de 1962 et entra dans le premier gouvernement autonome. La fédération fut dissoute en 1963.


La Zambie indépendante

L’UNIP accentua sa prédominance aux élections de 1964, et l’indépendance de la Zambie fut proclamée le 24 octobre de la même année. Le Nyassaland était devenu indépendant en juillet (v. Malawi). Le régime, de style présidentiel, est incarné depuis lors par Kenneth Kaunda. Sur le plan intérieur, il s’est heurté à des particularismes régionaux (notamment à ceux des Lozis et des Bembas) et à la persistance de mouvements messianiques.

L’UNIP elle-même est déchirée depuis 1972 par la scission du vice-président Kapwepwe. En 1973, le président Kaunda a défini un régime de « démocratie participante », fondé sur le parti unique. Cette concentration des pouvoirs a été facilitée par les difficultés des relations extérieures. Le commerce avec la Rhodésie du Sud, très compromis depuis 1966, a été frappé en 1973 d’une mesure d’interdiction de la part des autorités de Salisbury. Le grand souci du gouvernement de Lusaka est en effet d’assurer l’indépendance économique du pays.

Un effort scolaire et universitaire important est fourni depuis 1965 afin de créer les cadres nécessaires. Mais le retard des campagnes reste énorme. Le régime s’efforce de promouvoir un « socialisme humaniste » et une politique de neutralisme positif, illustrée par la tenue, à Lusaka, en 1970, de la IIIe Conférence des pays non alignés. Le président Kaunda se fait le champion de la cause africaine face à la sécession des colons rhodésiens.

J. P. C.

 O. Guitard, les Rhodésies et le Nyassaland (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1964 ; 2e éd., 1973). / A. J. Wills, An Introduction to the History of Central Africa (Londres, 1964 ; 2e éd., 1967). / J. Vansina, Kingdoms of the Savanna (Madison, Wisc., 1966 ; trad. fr. les Anciens Royaumes de la savane, Léopoldville, 1966). / T. O. Ranger (sous la dir. de), Aspects of Central African History (Londres, 1968).

Zamiatine (Ievgueni Ivanovitch)

Romancier russe (Lebedian, gouvernement de Tambov, 1884 - Paris 1937).