Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
Y

Yougoslavie (suite)

La politique extérieure

Après la rupture avec l’U. R. S. S., le pays a amélioré ses relations avec les puissances occidentales, dont il a reçu une importante aide économique et militaire (aide tripartite des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne, 1951). La Yougoslavie signe un traité d’amitié (févr. 1953), puis un pacte défensif (août 1954) avec la Grèce et la Turquie. Après une période de tension lorsque les Alliés annoncent leur retrait de la zone A de Trieste (émeutes de Trieste de novembre 1953), un accord est conclu à Londres le 5 octobre 1954 qui attribue la ville à l’Italie et l’arrière-pays à la Yougoslavie.

Après la mort de Staline (1953), les relations reprennent progressivement avec l’U. R. S. S. et les pays d’Europe orientale : en mai 1955, Khrouchtchev et Boulganine viennent à Belgrade et reconnaissent l’erreur de la condamnation de 1948. Cependant, si les échanges économiques ont repris, les divergences demeurent sur les problèmes politiques : la Yougoslavie insiste sur la disparition de l’État dès la première étape du socialisme ; sur le plan international, elle refuse de reconnaître un centre unique dans le mouvement communiste international et rejette le partage du monde en deux blocs. Aussi sera-t-elle parfois accusée de révisionnisme, notamment lors de l’affaire tchécoslovaque, en 1968. Avec l’Occident, elle maintient ses relations après 1955 ; on peut noter la conclusion d’un protocole avec le Vatican en 1966.

La Yougoslavie s’efforce d’ailleurs de maintenir de bons rapports avec tous les pays ; elle participe activement aux travaux des Nations unies et est à la fois observateur à l’O. C. D. E. depuis 1954 et membre associé du Comecon depuis 1964. Dans le cadre de cette politique, depuis 1955, elle met l’accent sur la politique de coexistence pacifique active, attribuant un grand rôle aux pays non engagés dans la lutte pour la paix dans le monde. C’est dans cette vue qu’elle a développé ses relations avec les pays du tiers monde (en particulier avec l’Inde de Nehru et l’Égypte) et participé activement aux conférences des pays non engagés.

Toute l’histoire de la Yougoslavie socialiste est dominée par celui qui a été le chef du gouvernement, puis le président de la République, Josip Broz Tito, secrétaire du parti communiste depuis 1937. Après avoir joué un rôle prédominant dans le mouvement des partisans durant la guerre, Tito a su affirmer l’indépendance de la Yougoslavie face à l’U. R. S. S., orientant le pays vers un système socialiste spécifique, œuvrant pour le maintien de l’indépendance de la Yougoslavie et faisant d’elle un rouage important de la politique de non-alignement.

M. P. C.

➙ Autogestion / Bosnie-Herzégovine / Croatie / Karadjordjević / Macédoine / Monténégro / Obrenović / Rijeka / Serbie / Slovénie / Tito / Trieste.

 R. W. S. Watson, The Southern Slav Question and the Habsburg Monarchy (Londres, 1911). / A. Mousset, le Royaume serbe, croate, slovène (Bossard, 1927). / G. in der Maur, Die Yugoslawen einst und jetzt (Leipzig et Vienne, 1936-1938 ; 3 vol.). / R. J. Kerner (sous la dir. de), Yugoslavia (Berkeley, 1949). / J. Korbel, Tito’s Communism (Denver, 1951). / M. de Vos, Histoire de la Yougoslavie (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1955 ; 2e éd., 1965). / C. Bobrowski, la Yougoslavie socialiste du plan quinquennal de 1947 à 1955 (A. Colin, 1956). / B. Lazitch, Tito et la révolution yougoslave, 1937-1956 (Fasquelle, 1957). / J. Djordjević, la Yougoslavie (L. G. D. J., 1967). / R. Supek (sous la dir. de), Étatisme et autogestion. Bilan critique du socialisme yougoslave (Anthropos, 1973). / A. Ciliga, Crise d’État dans la Yougoslavie de Tito (Denoël, 1974).


Les littératures yougoslaves

Nous entendons par ce terme les littératures écrites dans les langues slaves parlées en Yougoslavie — slovène, croate, serbe, macédonien —, à l’exclusion des littératures des minorités non slaves, quelle que puisse être du reste la valeur, souvent grande, de ces littératures, mais qui se rattachent à celles de pays voisins.


La littérature slovène

Rien que les premiers textes en slovène remontent aux environs de l’an mille (Feuillets de Brižin ou de Freising), la littérature proprement dite (et encore est-elle religieuse) n’apparaît qu’à l’époque de la Réforme avec les traductions de la Bible. Celle du Nouveau Testament par Primož Trubar (1508-1586) fit époque. Un groupe important de lettrés œuvre utilement dans son orbite. L’époque de la Contre-Réforme, peu riche en œuvres littéraires, renforce toutefois la position du slovène, adopté comme langue de la propagande religieuse. C’est dans le dernier quart du xviiie s. que, sous l’effet des idées nouvelles, apparaissent des ouvrages profanes (l’almanach Pisamce publie les premières poésies en slovène). Sous la protection éclairée du mécène Žiga Zois (1747-1819), il se développe une activité littéraire importante. Valentin Vodnik (1758-1819) sera directeur du premier journal et aussi le premier poète slovène. Anton Tomaž Linhart (1756-1795) contribuera au développement de la culture slovène en adaptant des comédies étrangères et en diffusant les idées philosophiques. Un peu plus tard, le philologue Jernej Kopitar (1780-1844) publie la première grammaire scientifique du slovène (1808).

Après le mouvement dit « de l’illyrisme », accueilli avec méfiance en Slovénie, et une période de fermentation intérieure apparaît France Prešeren (1800-1849), qui doit à une œuvre qui tient dans un mince recueil de Poésies (1847) d’être le plus grand poète slovène.

Le romantisme voit l’éclosion de nombreux talents : Simon Jenko (1835-1869), Josip Stritar (1836-1923), Simon Gregorčič (1844-1906), dont les poésies sont empreintes de la nostalgie et du pessimisme causés par la dureté des temps, et surtout Fran Levstik (1831-1887), dont les premières poésies (1858), condamnées par l’Église pour athéisme, enthousiasment les jeunes. Levstik a écrit aussi des satires en vers, des récits de voyages et surtout la nouvelle Martin Krpan (1858), à la gloire du peuple, rédigée dans une langue exemplaire. À ce propos, on ne saurait passer sous silence Janez Trdina (1830-1905), aussi folkloriste, Fran Erjavec (1834-1887), Josip Jurčič (1844-1881), qui, par leurs mérites divers, ont jeté les bases du slovène littéraire moderne.