Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
Y

yiddish (littérature) (suite)

La femme juive, dont le monde était auparavant la Tseene u Reene, est devenue la « lectrice ». Le judaïsme traditionnel a loué la femme juive comme une femme forte, sa soumission et sa fidélité. Les mouvements ouvriers et révolutionnaires modernes ont fait de la femme une militante, qui, de concert avec l’homme, accomplit les temps nouveaux. La littérature yiddish, avec Peretz, Schalom Asch (1880-1957), Abraham Reisen (1876-1953), David Bergelson (1884-1952), Joseph Opatoshu (1886-1954), Halpern Leivik* (1888-1962), décrit la femme juive comme un être humain et assure son émancipation pleine et entière.

Cette littérature moderne recrute ses lecteurs dans toutes les couches sociales. C’est le rôle de toute littérature nationale. Mais le lecteur qui s’est senti le plus proche de l’écrivain yiddish a été l’ouvrier et l’homme du peuple : il s’est reconnu dans la littérature ; il y a retrouvé sa vie, ses luttes. Ainsi, Peretz et M. Spektor furent arrêtés lors d’une réunion politique déguisée en mariage traditionnel : on interna les deux écrivains à la citadelle de Varsovie. Spektor décrivit de façon fort précise l’incident. Mais ce qu’il y a de profondément symbolique, c’est que deux des œuvres les plus connues de Peretz ont été écrites pendant cet emprisonnement : Si ce n’est plus haut et Entre deux montagnes.

Toute la littérature yiddish se partage en deux tendances : celle de Mendele (Abramovitz) et celle de Peretz. L’une, critique, a vu la réalité juive de façon satirique, a perçu le quotidien dans sa grisaille ; la seconde a saisi les forces profondes qui agissent dans la vie de tous les jours et le miracle de l’existence juive. Peretz a le sens de la fête et du sacré, de l’« âme supplémentaire » du Juif de la rue. Le réalisme n’est qu’un aspect secondaire de son œuvre.

Ces deux tendances fondamentales se rejoignent dans l’œuvre de J. Opatoshu. Opatoshu exige la réalité quotidienne « le lundi et le mercredi », l’homme avec toutes ses passions, sa noblesse et sa banalité. Mais ses dernières œuvres le font passer de la réalité à la légende. Chaque jour de la vie d’un Juif est un double miracle. La littérature yiddish, de la négation, qui a caractérisé ses débuts, en arrive à l’acquiescement, qui caractérise les périodes les plus créatrices de la production littéraire.

La littérature yiddish a été, et est encore, plus qu’une vision esthétique, une religion nouvelle. Elle a aidé au renouveau de la conscience nationale ; elle a été un exceptionnel instrument d’éducation de la jeunesse. Elle a guidé l’action et la spiritualité du Juif d’Europe orientale qui planta sa tente partout dans le monde et même dans l’État d’Israël, qui est, à l’heure actuelle, le centre vital de la littérature yiddish.

A. D.

Yokohama

Premier port (avec Kōbe) et quatrième ville du Japon (1 200 000 hab.), à 40 km au sud de Tōkyō.



L’histoire

En 1859, lorsque le port de Kanagawa fut ouvert aux Européens par le traité signé avec les États-Unis, le site de Yokohama n’était qu’un insignifiant village de pêcheurs situé au sud de la ville et séparé de celle-ci par une petite rivière se jetant dans la baie d’Edo. Le port de Kanagawa ne pouvant accueillir les étrangers en raison de son exiguïté, le gouvernement japonais décida d’installer à Yokohama les concessions étrangères jouissant du droit (jusqu’en 1899) d’exterritorialité. Le port d’accueil ne faisait, en fait, qu’agrandir celui de Kanagawa. Bien que le climat ne fût guère favorable (vents glaciaux en hiver, chaleur humide l’été), l’emplacement se révéla excellent pour le mouillage des bateaux de gros tonnage.

Le quartier européen se doubla rapidement d’un quartier japonais de commerçants et s’agrandit même d’un quartier chinois. Avec l’extension du commerce extérieur japonais, la ville prit rapidement une grande ampleur, et son port supplanta très vite celui de Tōkyō, servant de principal point d’échanges entre le Japon et l’étranger. Un télégraphe, puis le chemin de fer (1871) relièrent le port à Tōkyō, faisant bientôt de Yokohama le véritable port de la capitale.

Deux grandes jetées-brise-lames furent construites, englobant les ports de Kanagawa et de Yokohama, et les protégeant des lames de la rade. Yokohama dut son essor non seulement au trafic avec l’étranger, mais également au commerce de la soie. Lors du grand tremblement de terre de 1923 qui secoua le Kantō, la ville fut presque entièrement détruite. Elle fut reconstruite sur un plan moderne, et son port fut agrandi et aménagé : sa population atteignit 400 000 habitants en 1925 et 850 000 en 1938. Cependant, la prospérité de la ville semblait sur le point de décroître vers 1940 avec la raréfaction des exportations de soie et la concurrence des centres industriels d’Ōsaka et de Kōbe.

Le 29 mai 1945, le centre et la moitié du port furent rasés par les bombardements américains. La reconstruction fut rapide, et l’agglomération comptait 626 000 habitants en 1946 et 1 million en 1951. Yokohama vit et fonctionne toutefois comme un élément de la conurbation de Tōkyō, et son port a été longtemps et demeure encore largement celui de la capitale pour les navires de gros tonnage.

L. F.


La ville actuelle

Le site est une plaine courte ouverte à l’est sur la baie, cernée de buttes alluviales sous lesquelles apparaît un niveau rocheux dû à l’abrasion marine. Les conditions géologiques, climatiques et historiques sont les mêmes qu’à Tōkyō, dont la croissance depuis 1868 a entraîné celle de Yokohama. Bien que soudée à la capitale, cette ville en demeure distincte administrativement et est elle-même divisée en arrondissements. Le paysage urbain s’ordonne en trois ensembles. Le centre est formé de l’ancienne concession occidentale, qui abrite banques et maisons de commerce, et, plus en arrière, d’une alternance de secteurs commerciaux (gare, Isezakichō, Moto-machi) et d’amusement (ville chinoise). Tout autour, des collines portent des quartiers de maisons individuelles serrées vers le centre, aérées de jardins à la périphérie vers l’arrière-pays et au sud. Des grands ensembles prolongent loin du littoral cette zone résidentielle, confondue au nord et au nord-ouest avec la grande banlieue de Tōkyō. Sur le rivage, enfin, les installations portuaires accompagnent de vastes secteurs usiniers gagnés sur la baie depuis le début du siècle.