Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
Y

Yémen (République démocratique et populaire du) (suite)

De l’ouest vers l’est, les paysages et les genres de vie se transforment notablement, en liaison avec l’abaissement progressif de l’altitude du rebord montagneux et la diminution des pluies qui lui sont liées. À l’extrême ouest, encore très élevé (2 500 m), le fonds de la civilisation est identique à celui de l’autre Yémen. C’est la même vie paysanne de hautes terres, avec des champs en terrasses en culture pluviale et des vergers de qāt, cependant sans la présence des fertiles épanchements de laves basaltiques caractéristiques du haut plateau yéménite. Dans les basses vallées, la culture est liée à l’irrigation. Au café et aux agrumes se mêlent les dattiers, le cocotier, le manguier et le bananier ; la céréale dominante est le millet. Les cultures commerciales du coton et de l’indigo sont développées dans des périmètres d’aménagement hydraulique, comme celui d’Abyan. Laḥidj (30 000 hab.) est le centre de ce bas pays.

Vers l’est, le milieu, plus sec, devient comparable à celui du versant intérieur de l’autre Yémen, et l’imprégnation nomade a été également beaucoup plus forte dans une atmosphère belliqueuse incessante, que venaient compliquer les luttes de clans intérieurs. La vie rurale sédentaire se réduit à un semis d’oasis, dont les plus importantes sont celles qui s’égrènent le long de la vallée du Wādī Hadramaout, qui entaille largement, avec son réseau d’affluents, la table de calcaire éocène qui recouvre ici le socle ancien sur le revers intérieur de l’escarpe méridionale. La nappe peu profonde des eaux d’inféroflux alimente un ruban presque continu de cultures dans la partie moyenne de la vallée, autour des importantes cités de Chibām, de Say’ūn et de Tarīm, où une caste religieuse a maintenu son pouvoir au-dessus de marchands, de cultivateurs-tenanciers et de nombreux esclaves pendant la période britannique. Mais l’aire cultivée et habitée s’est sensiblement réduite depuis les temps préislamiques. La partie aval de la vallée, qui prend le nom de Wādī Masīla, est couverte de ruines.

Du Yémen à l’Hadramaout inclus, l’unité de cette façade montagneuse est faite par la physionomie urbaine, avec ses étonnantes villes fortifiées où se pressent des « gratte-ciel » atteignant et dépassant parfois, comme à Chibām, la vingtaine d’étages. Au-delà vers l’est, la vie sédentaire disparaît peu à peu au profil du nomadisme. La récolte de la sève des arbustes à parfum, fournissant l’encens et la myrrhe, attire encore vers les bosquets, de plus en plus clairsemés, une main-d’œuvre essentiellement temporaire, partiellement d’origine Somalie.

À mesure que la vie sédentaire du haut pays perd de son importance vers l’est, le relais est pris par les villes côtières, qui deviennent désormais les principaux foyers de vie. L’activité est fondée sur le commerce lointain, tout autour de l’océan Indien, par les barques traditionnelles (dhows) et sur la pêche (thons, sardines, requins ; ces derniers naguère pour les ailerons alimentant le marché chinois). Le centre principal est Mukallā, qui compte d’importantes colonies indiennes et africaines (25 000 hab.).

Au large de la côte et plus rapprochée de la corne nord-orientale de l’Afrique, la grande île de Socotora (2 800 km2) reste rattachée à l’ancien Yémen du Sud. Elle est encore relativement arrosée (150 mm de précipitations annuelles dans la plaine côtière, certainement beaucoup plus dans le centre de l’île, qui atteint 1 500 m d’altitude). La population (de 10 000 à 12 000 hab.), restée chrétienne jusqu’au xvie s., se partage entre des villages côtiers de pêcheurs, possédant quelques jardins et palmeraies, et dont le principal est Hadibu (Tamrida), et des groupes de pasteurs nomades, parlant encore une langue apparentée aux langues sémitiques non arabes du sud de la péninsule arabique et qui parcourent l’intérieur avec leurs troupeaux de chameaux, de bovins et de petit bétail.

La colonisation britannique a modelé sur cette façade méridionale un type humain assez différent de celui des hautes terres farouchement closes du Yémen propre. L’émigration, déjà importante avant la colonisation, a été considérablement facilitée par celle-ci, et la proportion de la population concernée est encore plus considérable que dans l’autre Yémen. Les colonies hadramaouies sont notamment très importantes en Indonésie et en Malaisie. Surtout le retour de nombreux émigrés, après une carrière extérieure et fortune faite, au pays d’origine a apporté au Yémen des ferments multiples de modernisation.

Les éléments étrangers ont, d’autre part, été nombreux dans les villes de la côte, et particulièrement, évidemment, à Aden.

Ce type d’économie ouverte traverse depuis quelques années une crise grave. L’émigration et les relations avec les éléments installés outre-mer se sont affaiblies depuis l’indépendance en raison d’une situation politique confuse.

L’activité d’Aden, d’autre part, a été gravement atteinte dans sa fonction d’escale par la fermeture du canal de Suez de 1967 à 1975, bien que le fonctionnement de la raffinerie ait continué dans l’intervalle. En dehors des produits de celle-ci, les seules ressources commerciales sont constituées par la vente d’un peu de coton et de quelques produits de l’élevage.

X. P.

➙ Aden / Yémen.

 L. W. C. Van den Berg, le Hadramaut et les colonies arabes dans l’archipel Indien (La Haye, 1887). / D. Van der Meulen et H. von Wissmann, Hadramaut, Some of its Mysteries Unveiled (Leyde, 1932). / A. Leidlmair, Hadramaut : Bevölkerung und Wirtschaft im Wandel der Gegenwart (Bonn, 1961).

yiddish (littérature)

Créée sur les bords du Rhin, la littérature d’expression yiddish (ou yidich) s’est répandue non seulement dans l’Europe entière, mais aussi dans les cinq continents.


S’il est vrai que son histoire s’est limitée à l’Europe pendant neuf siècles, et notamment celui où elle a atteint son apogée, elle a su être présente partout. Il s’agit donc de voir dans son histoire une double progression, celle de la dignité de la langue yiddish et celle, proprement littéraire, des œuvres.