Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
Y

Yémen (République arabe du) (suite)

Régions et aspects

Ce sont les hautes terres qui constituent le foyer essentiel du peuplement et le pivot du pays. L’unité en est faite par un extraordinaire paysage de champs en terrasses qui modèlent toutes les pentes, témoignage d’une vie paysanne solidement enracinée, dans le cadre de gros villages dominés par de spectaculaires forteresses, expression de la féodalité politique traditionnelle, que les Turcs détruisirent en grand nombre lors de leur conquête du pays. Les cultures céréalières sont partout présentes, blé, orge, millet, en culture irriguée ou pluviale, cette dernière rendue possible par des précipitations abondantes, qui peuvent atteindre jusqu’à 1 m par an sur les sommets du plateau. Mais un contraste régional aisément perceptible oppose d’autre part le versant intérieur et le versant extérieur de ce haut pays. Le versant occidental, plus arrosé, voit dominer les cultures tropicales : caféier entre 1 300 et 2 000 m d’altitude, qāt (ou khat) entre 1 400 et 2 600 m, notamment autour de Ta‘izz (65 000 hab. ; 600 mm de précipitations annuelles à 1 500 m d’altitude), principal marché du sud du pays. Sur le versant intérieur, plus sec, dominent les arbustes méditerranéens (figuiers, vignobles, caroubiers, grenadiers) ou, en altitude, les arbres tempérés.

Les régions périphériques tiennent dans la vie du pays une place beaucoup moins importante. La plaine côtière de la mer Rouge, la Tihāma, est quasi désertique, parcourue par des pasteurs nomades, et c’est seulement au débouché des premières pentes du rebord montagneux que s’étendent des cultures de millet ou de coton, en fonction des possibilités d’irrigation. Des trois ports, Loheiya, Hodeida (al-Ḥudayda) et Moka, le dernier, jadis principal centre du commerce du café, est aujourd’hui en déclin et n’exporte plus que les produits de son voisinage immédiat. Le commerce extérieur du pays est aujourd’hui concentré à Hodeida, choisi comme débouché de la route transversale par les Turcs lors de leur seconde occupation du pays au xixe s. et où un port moderne a été construit par les Soviétiques entre 1958 et 1961. La population de la ville est estimée à 50 000 habitants. Les confins désertiques de l’intérieur, enfin, après avoir connu dans l’Antiquité une prospérité notable, liée à l’irrigation (barrage de Mā’rib), sont essentiellement parcourus aujourd’hui par des nomades.

Ṣan‘ā’

La capitale est sur le versant intérieur (300 mm de précipitations annuelles dans une plaine à 2 350 m d’altitude). Au pied de plateaux basaltiques dépassant 3 000 m, qui nourrissent d’abondantes résurgences expliquant la richesse de son oasis, la ville est située dans un alignement de plaines et de vallées longitudinales qui, vers Ta‘izz et Aden, constitue la principale voie de circulation de l’Arabie occidentale. Les relations avec la mer Rouge, par la route très difficile vers Hodeida construite par les Turcs pour détourner vers l’ouest un trafic qui se dirigeait normalement vers la façade méridionale sous contrôle britannique, sont beaucoup plus malaisées. La ville n’en a pas moins été la capitale politique du pays depuis le ive s. Elle comporte deux parties nettement séparées : la vieille ville à l’est ; la ville-jardin à l’ouest, en bordure de laquelle se trouvait à l’extrême ouest le quartier juif. À leur jonction, le palais de l’imām commande les deux parties de l’agglomération, réunies dans une muraille unique depuis le début du xixe s. La ville-jardin, sans doute à l’origine quartier d’habitations temporaires d’été, est depuis longtemps un quartier d’habitations permanentes, largement aérées et contrastant avec le congestionnement de la vieille ville, où les jardins, sans être absents, sont beaucoup moins étendus. La population est sans doute de l’ordre de 150 000 à 200 000 habitants.


La population et l’économie

Le Yémen représente un cas extrême de sous-développement. Les quelques exportations sont limitées à des produits de l’agriculture et de l’élevage : café (pour 60 p. 100 environ), coton brut (20 p. 100), peaux (10 p. 100), qāt en contrebande vers l’autre Yémen ou les côtes de la mer Rouge (il doit être utilisé dans les huit jours suivant la cueillette), auxquels s’ajoute un peu de sel gemme.

En face de ces ressources très médiocres, la forte densité rurale de ces hautes terres se traduit par un état évident de surpeuplement. L’émigration affecte depuis longtemps une fraction notable de la population yéménite. On estime à plus de 1 million le nombre des Yéménites établis à l’étranger. La diaspora yéménite s’est étendue largement sur le pourtour de l’océan Indien, de l’Indonésie à l’Afrique orientale (Éthiopie), et la population des hautes terres fournissait traditionnellement une partie importante de la main-d’œuvre du port d’Aden. Elle s’oriente de plus en plus aujourd’hui vers les centres de développement de l’Arabie Saoudite, qui doit actuellement en accueillir la plus grande part, et des émirats pétroliers du golfe Persique.

X. P.

➙ Arabie / Yémen.

 C. Rathjens et H. W. von Wissmann, Südarabien-Reise 3. Landeskundliche Ergebnisse (Hambourg, 1934). / M. S. El Attar, le Sous-développement économique et social du Yémen (Alger, 1965). / C. Deffarge et G. Troeller, le Yémen (Delroisse, 1973).

Yémen (République démocratique et populaire du)

En ar. Djumhūriyya al-Yaman al-Dimūqrātiyya al-Cha‘biyya. Anc. Yémen du Sud, État de l’Arabie méridionale.


L’État sud-yéménite est un héritage de la colonisation britannique, dont l’influence, après l’installation à Aden* en 1839, s’étendit peu à peu à toute la partie occidentale du rebord méridional de la plate-forme arabique, jusqu’au sultanat de Mahra (en 1886) à l’est, qui groupait avec l’île de Socotora (Ṣuquṭra), résidence du sultan, un vaste domaine continental centré autour de Qichn et limitrophe des possessions du sultan de Mascate. À l’exception des environs immédiats d’Aden, colonie de la Couronne, l’ensemble du pays était resté divisé en une poussière de petits sultanats, soumis seulement à un régime de protectorat et de gouvernement indirect, dont l’unité a été réalisée de façon assez factice par l’indépendance.