Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
W

Wyspiański (Stanisław)

Poète et dramaturge polonais (Cracovie 1869 - id. 1907).


Poète, dramaturge, peintre de talent, réformateur du théâtre, pionnier des arts appliqués, Wyspiański est un artiste universel. Esprit indépendant, il est une des plus originales individualités de l’histoire de la culture polonaise. Il est le précurseur du « théâtre total », où tous les arts se fondent, où le dialogue est subordonné au mouvement, à l’espace ; ses réformes en tant que metteur en scène devancent le grand renouvellement du théâtre, entrepris vers 1905 par Max Reinhardt et Gordon Craig. Le théâtre de Wyspiański est aussi un théâtre national : la scène devient tribunal idéologique. Monumental et symbolique, il embrasse des influences diverses : tragédie antique, drame shakespearien, musique de Wagner, littérature européenne moderne.

Le père de Stanisław, un sculpteur alcoolique, ne peut subvenir aux besoins de sa famille. Sa mère meurt alors qu’il n’a que sept ans. Jeune encore, il s’intéresse à l’art, au théâtre et à l’histoire ; son amour pour sa ville natale, Cracovie, est né à cette époque. Il entreprend des études de peinture sous la direction de Jan Matejko (1838-1893) à l’École des beaux-arts, puis de littérature et d’histoire de l’art à l’université. En 1890, grâce à une bourse, il part pour un voyage d’un mois à travers l’Europe. L’année suivante, il séjourne à Paris, où il se rendra encore en 1893 et en 1894. Il y fréquente l’académie de peinture de Filippo Colarossi, les théâtres et le Louvre. Il peint des vitraux pour des églises polonaises, compose des livrets d’opéra (Daniel, publié en 1907) et des fragments dramatiques. Son séjour à Paris est l’époque la plus heureuse de sa vie, le moment où mûrit l’artiste et où se forme l’homme de théâtre ; car Wyspiański peintre se transforme peu à peu en Wyspiański dramaturge. C’est avec regret qu’il quitte la France en 1894 ; il n’y reviendra plus.

De retour à Cracovie, il souffre de l’incompréhension du public et de la critique. Il sait bien que la Pologne, dominée par des puissances étrangères, ne peut lui offrir la possibilité d’un pays libre ; il rêve de France et d’Italie, mais, faute d’argent, il renonce aux voyages. Il reste dans son pays, décidé à consacrer tout son talent à sa patrie.

Les dix dernières années de sa courte vie sont marquées par une abondante production littéraire : dix-sept drames, des poèmes historiques et une étude sur Hamlet (1905), le tout composé avec une hâte et une passion créatrice extraordinaires. Wyspiański écrit des livrets d’opéra (Légende I, 1898) et des drames sur des motifs antiques (Meléagre, 1899 ; Protésilas et Laodamie, 1899). En 1898 est représenté le premier de ses grands drames, la Varsovienne, sur l’insurrection polonaise de 1830-31, où le chant national polonais de 1831 (avec les paroles de Casimir Delavigne) sert de leitmotiv ; sa mise en scène est un événement artistique. Suivront : Lelewel (1899), encore un drame sur l’insurrection ; la Nuit de novembre (1904), où l’histoire se confond avec la mythologie ; des drames contemporains (l’Anathème, 1899 ; les Juges, 1907).

L’année 1901 apporte à Wyspiański la gloire ; le théâtre joue son chef-d’œuvre, les Noces, composé à l’occasion du mariage d’un ami écrivain avec une paysanne ; c’est un mystère national, un rêve collectif sur l’indépendance, un drame social et politique.

Le « complexe de Mickiewicz » est à l’origine de ses deux drames, la Légion (1900) et l’Affranchissement (1903) ; cette dernière pièce est une satire des élans romantiques et de la philosophie mystique, des abus de la société polonaise et de leurs conséquences politiques ; sa forme, toute moderne, est celle d’un spectacle improvisé, d’un « théâtre dans le théâtre ».

Wyspiański compose plusieurs poèmes, « commentaires » historiques des vitraux peints pour le château Wawel de Cracovie, et deux drames, Boleslas le Hardi (1903) et Skałka (1907). En 1904 paraît Akropolis, résumé dramatique de toute sa philosophie. Fasciné par Homère, il donne encore des pièces sur des sujets antiques (Achilleis, 1903 ; le Retour d’Ulysse, 1907) et forme le projet de construire un amphithéâtre pour représenter ce genre d’ouvrages, tandis que dans son étude sur Hamlet il analyse le rôle social et esthétique du théâtre. Déçu par des intrigues de ses ennemis, malade de plus en plus gravement, isolé, il continue son œuvre (la Mort d’Ophélie, Jules II) et, en 1906, se fixe à la campagne, près de Cracovie. Il ne quitte bientôt plus son lit et c’est en le dictant qu’il compose son dernier drame, Sigismond-Auguste, qui restera inachevé.

K. S.

 J. Z. Jakubowski (sous la dir. de), Stanisław Wyspiański (en polonais, Varsovie, 1967). / A. Okańska, Stanisław Wyspiański (en polonais, Varsovie, 1971).