Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
W

Wisigoths (suite)

On observe dans le plan des églises une faveur marquée pour le parti de la croix grecque. Traité d’une manière rustique et massive à Santa Comba de Bande (près d’Orense), il sert de prétexte à de délicates recherches architecturales à São Frutuoso de Montelios (près de Braga, au Portugal). Le plan basilical, qui n’est pas abandonné pour autant, apparaît renouvelé par les singularités qui caractérisent San Juan Bautista de Baños de Cerrato (non loin de Palencia), un ex-voto du roi Receswinthe (661). À la fin de la période, les deux églises de San Pedro de la Nave (près de Zamora) et de Quintanilla de las Viñas (aux environs de Burgos) combinent très habilement les deux partis précédents, qui pourraient cependant sembler contradictoires.

La nouveauté n’est pas moins grande dans le domaine de la sculpture. Celle-ci s’incorpore désormais à l’architecture, soit qu’elle en orne les éléments sensibles : colonnes, chapiteaux, tailloirs et impostes, soit qu’elle se déploie librement en frises à l’extérieur comme à l’intérieur des édifices. Elle conserve en outre son rôle traditionnel dans le décor du mobilier liturgique : supports d’autel et plaques de chancels. Un profond changement de style s’opère avec le triomphe de la technique du méplat et de la taille en biseau. Il va de pair avec un graphisme de plus en plus aigu, qui retire toute sève aux motifs floraux et impose une stylisation poussée aux rares représentations figurées et historiées (San Pedro de la Nave et Quintanilla de las Viñas). Les préférences vont surtout à un décor abstrait et même géométrique (pilastres réemployés dans une citerne musulmane de Mérida, ou conservés au Musée archéologique provincial de Badajoz).

Les caractères propres à l’architecture et à la sculpture monumentale wisigothiques résultent de l’interférence de courants d’origine diverse. On ne saurait nier l’ampleur des influences orientales transmises à travers Byzance et Ravenne, ou venues d’Afrique. Mais il faut aussi tenir compte des traditions locales indigènes et hispano-romaines. Les apports germaniques demeurent faibles, même dans le domaine de l’orfèvrerie, où ils sont cependant les plus perceptibles. Les somptueuses couronnes votives du trésor de Guarrazar (Musée archéologique national, Madrid) se réclament autant de procédés byzantins contemporains que de techniques wisigothiques anciennes.

M. D.

➙ Moyen Âge (art du haut).

Wittgenstein (Ludwig)

Philosophe autrichien naturalisé britannique (Vienne 1889 - Cambridge 1951).



Sa vie

Issu d’une famille viennoise riche et cultivée, Ludwig Josef Johann Wittgenstein, après des études de mathématiques et de science appliquée (mécanique) à Linz et à Berlin, quitte l’Autriche pour la Grande-Bretagne en 1908. À partir de 1912, il entreprend, sous la direction de B. Russell*, des recherches de mathématiques pures, de logique et de philosophie des mathématiques. Durant la Première Guerre mondiale, il sert comme volontaire dans l’armée autrichienne. Ses réflexions philosophiques se poursuivent néanmoins activement pendant cette période apparemment peu favorable et aboutissent à la rédaction d’un ouvrage, le Tractatus logico-philosophicus, qui sera achevé en août 1918 et publié en 1921. Entre-temps, Wittgenstein, qui décide d’abandonner la philosophie, pratique différents métiers (instituteur, architecte, etc.) ; il revient à Cambridge en 1929 pour s’adonner de nouveau à la recherche philosophique. En 1939, il succède à George Edward Moore (1873-1958) à la chaire de philosophie de Trinity College. Après une nouvelle interruption due à la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle il travaille comme portier puis comme garçon de laboratoire dans un hôpital, il reprend ses cours à Cambridge en 1944. Mais il abandonne définitivement sa chaire en 1947. Comme il l’a déjà fait fréquemment auparavant, il se retire dans une solitude presque complète et vit ainsi en Irlande jusqu’en 1949. Les deux dernières années de sa vie sont marquées par une activité philosophique intense. L’ouvrage majeur de sa deuxième période, dont la rédaction a été entreprise en 1936 (les Recherches philosophiques), sera publié en 1953.


La philosophie du « Tractatus »

Dans le Tractatus, Wittgenstein part de l’idée que le langage reproduit ou reconstruit la réalité pour ainsi dire à la manière d’un tableau : la proposition est une sorte de représentation picturale de ce qu’elle décrit. La manière dont une image (Bild) en général représente son objet peut être caractérisée de la façon suivante : les éléments de l’image et ceux de l’état de choses qu’elle représente se correspondent deux à deux et « le fait que les éléments de l’image se rapportent les uns aux autres d’une manière déterminée représente le fait que les choses se rapportent les unes aux autres de la même manière ». À première vue, les propositions de la langue usuelle ne sont pas des « images » en ce sens-là. Mais le langage doit pouvoir se décomposer en dernière analyse en signes simples, que le Tractatus appelle des noms. La réalité, quant à elle, se décompose en constituants élémentaires, qui portent dans le Tractatus le nom d’objets. Dans la proposition élémentaire, les noms sont en correspondance biunivoque avec des objets déterminés, et le fait que les noms soient disposés les uns par rapport aux autres comme ils le sont dans le signe linguistique indique que les objets concernés sont disposés les uns par rapport aux autres d’une manière correspondante dans l’état de choses élémentaire (Sachverhalt). Le langage et la réalité sont l’un par rapport à l’autre dans une sorte de relation projective. Celle-ci est établie directement dans le cas des propositions élémentaires par le fait que des noms sont coordonnés aux objets. Elle s’établit, dans le cas des propositions complexes, à travers les propositions élémentaires, auxquelles les premières doivent toujours pouvoir être réduites complètement en dernière analyse.