Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
W

Wilde (Oscar Fingall O’Flahertie Wills) (suite)

 H. M. Hyde (sous la dir. de), The Trials of Oscar Wilde (Londres, 1948 ; trad. fr. les Procès d’Oscar Wilde, Cercle du bibliophile, Évreux, 1971). / R. Merle, Oscar Wilde (Hachette, 1948). / F. A. K. Douglas, Oscar Wilde and the Black Douglas (Londres, 1949). / The LeHers of Oscar Wilde (Londres, 1962). / P. Jullian, Oscar Wilde (Perrin, 1967). / K. E. Beckson (sous la dir. de), Oscar Wilde. The Critical Heritage (Londres, 1970).

Willaert (Adriaan)

Compositeur flamand (Bruges ou Roulers v. 1490 - Venise 1562).


On ignore tout de sa jeunesse. Il fut, selon Zarlino, envoyé à Paris par son père Dionys pour étudier le droit à l’université, mais se tourna bientôt vers la musique, après sa rencontre avec Jean Mouton, membre de la chapelle de François Ier, dont il devint l’élève. De retour en Flandre, où il ne s’attarda guère, il partit pour l’Italie, sans doute avant 1518, date à laquelle son nom figure sur un registre bolonais. Après avoir séjourné à Rome sous le pontificat de Léon X († 1521), il entra au service d’Alphonse Ier d’Este à Ferrare (1522-1525), puis de son fils Hippolyte II, archevêque de Milan (1525-1527). Il était alors qualifié de « cantor regis Hungariae ». On n’a toutefois aucune preuve de sa présence en Europe centrale. Il eut peut-être au début de sa carrière des relations avec Ferdinand Ier de Habsbourg, qui portait, entre autres titres, celui de roi de Bohême et de Hongrie et fut gouverneur des Pays-Bas.

Willaert jouissait déjà d’un grand renom en 1527 lorsqu’il fut nommé — succédant à son compatriote Pierre de Fossis — au poste éminent de maître de chapelle à la basilique Saint-Marc de Venise, qu’il conserva jusqu’à sa mort. Des documents d’archives révèlent qu’il y reçut de bons appointements, de substantielles augmentations de salaire, et qu’il se rendit en Flandre en 1542 et 1556. Il rédigea huit testaments entre 1549 et 1562, démontrant ainsi qu’il n’avait pas oublié sa formation de juriste, mais aussi qu’il possédait des biens importants. Cependant, il s’imposa dans son pays d’adoption par son intelligence, sa culture et sa forte personnalité. Il eut notamment sur ses jeunes et nouveaux collègues une influence si active qu’on le considère avec raison comme le véritable fondateur de l’école vénitienne*, qui devait atteindre son apogée au siècle suivant avec Monteverdi*. Il suffit de nommer ses élèves, le Flamand Cyprien de Rore (v. 1516-1565), son successeur à Saint-Marc, et les Italiens Nicola Vicentino (1511-1576), Gioseffo Zarlino (v. 1517-1590), Costanzo Porta (1529-1601), Claudio Merulo (1533-1604) et Andrea Gabrieli*, pour mesurer son pouvoir de rayonnement.

Compositeur fécond, il aborda tous les genres pratiqués de son temps : messes, motets, chansons françaises, madrigaux italiens et villanelles napolitaines, ricercari pour orgue, etc., et eut la joie de voir imprimer ses œuvres dans toutes les grandes villes européennes : Anvers, Liège, Louvain, Paris, Lyon, Venise, Rome, Ferrare, Nuremberg et Augsbourg. Son art est d’autant plus original qu’il y opéra la fusion entre l’esprit du Nord et celui du Midi, c’est-à-dire entre la technique flamande du savant contrepoint et celle, plus spontanée et plus populaire, des nouvelles formes italiennes déjà proches de la monodie accompagnée, frottola, canzone, canzonetta, madrigal, en tempérant toutefois cette synthèse au moyen d’éléments français hérités de Josquin Des* Prés. Son innovation la plus importante fut de perfectionner l’ancien type de psalmodie, le chant antiphonique, en composant a coro spezzato : il divisa les parties musicales d’un chœur en deux sections (à quatre voix ou plus), qui chantaient en alternance ou simultanément, chacune d’elles étant placée respectivement dans une des tribunes qui se font face dans la basilique. On retrouve ce procédé du double chœur, que Willaert n’a pas inventé comme on l’a souvent écrit, dans son recueil de psaumes : Salmi spezzati, 1550. La même technique, appliquée plus tard par Giovanni Gabrieli*, neveu de son élève, à la musique instrumentale, marquera l’avènement du style « concertant ».

Willaert réalisa aussi progressivement cette union des styles dans sa musique profane. Après avoir usé, dans ses chansons de type néerlandais, du double canon strict, alors que le ténor était traité comme un cantus firmus, il observa ensuite, comme d’ailleurs dans ses madrigaux, une facture plus libre, adopta souvent un style d’accords et une rythmique plus précise et plus rapide, tout en s’efforçant d’extérioriser le contenu du texte. Vers la fin de sa vie, son intérêt pour les expériences harmoniques et les raffinements sonores du chromatisme italien se concrétisa dans Musica nova (1559), qui groupait des motets et aussi des madrigaux, composés sur des poésies de Pétrarque. Son style élégant, parfois un peu sec, s’était enrichi au contact d’un art plus sensuellement expressif, auquel, en contrepartie, il avait révélé les subtilités de son écriture sévère. Willaert, en ce sens, est bien à l’origine de l’école vénitienne, de ses constructions décoratives, grandioses et colorées comme les peintures de Titien et du Tintoret.

A. V.

➙ Vénitienne (école).

 E. Van der Straeten, la Musique aux Pays-Bas ayant le xixe siècle (Bruxelles, 1867-1888 ; 8 vol.). / E. G. I. Grégoir, Adriaan Willaert (Bruxelles, 1869). / H. Zenck, Studien zu Adriaan Willaert (Leipzig, 1929). / A. Pirro, Histoire de la musique de la fin du xive à la fin du xvie siècle (Laurens, 1940). / A. Carapetyan, The Musica Nova of Adriano Willaert (Cambridge, Mass., 1945). / A. Einstein, The Italian Madrigal (Princeton, 1949 ; 3 vol.). / G. Reese, Music in the Renaissance (New York, 1954 ; 2e éd., 1959).
[L’œuvre (Opera omnia) de Willaert, édité par H. Zenck et W. Gerstenberg, est en cours de publication à l’American Institute of Musicology de Dallas (Texas). Elle comprendra 15 volumes ; 8 sont parus.]