Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Weygand (Maxime) (suite)

Élevé à Marseille chez une certaine Mme Saget, dont il porte le nom jusqu’à l’âge de six ans, il est ensuite confié à son tuteur, David Cohen, négociant à Marseille, et à sa femme, née Thérèse Denimal. « On m’a dit alors que je me nommais Maxime de Nimal, nom que j’ai porté pendant toute la durée de mes études. » Celles-ci se déroulent comme interne à Paris, notamment au lycée Louis-le-Grand, mais c’est au lycée Henri-IV qu’il prépare Saint-Cyr, où il entre en 1885 « comme élève à titre étranger (belge de naissance), mais ayant été admis à passer l’examen d’entrée ». Sa vocation fondamentale de saint-cyrien, il la résumera en 1962 sous le triple signe d’une volonté de service, d’un enthousiasme et d’une jeunesse de cœur qui marqueront toute sa vie. Ayant choisi la cavalerie, ce n’est qu’après sa sortie de l’École de Saumur qu’à l’âge de vingt et un ans il est reconnu par François Weygand, employé dans la maison de son tuteur, ce qui lui donne la nationalité française. « C’est sous le nom de Maxime Weygand, devenu légalement le mien, que j’ai pris rang dans l’armée française le 18 octobre 1888 au 4e [régiment] de dragons à Chambéry. »

Excellent cavalier passionné par son métier d’instructeur, Weygand, promu capitaine en 1896, chef d’escadrons en 1907 et lieutenant-colonel en 1912, passera dans la troupe vingt des vingt-six années qui séparent son arrivée à Chambéry de la déclaration de guerre de 1914. Tour à tour dragon, notamment au 9e à Lunéville (sous les ordres du colonel de Forsanz, dont il épousera la fille en 1900), puis hussard (au 7e à Niort en 1907), il refusera toujours de préparer l’École de guerre, mais sera instructeur (1902-1907), puis instructeur en chef (1910) à l’École de Saumur. C’est là qu’en 1911 il rencontre Pétain*, son aîné de dix ans, alors célèbre professeur d’infanterie, et est distingué par Joffre*, qui le désigne pour le stage de 1913 du Centre des hautes études militaires de Paris. À son issue, il effectue une mission auprès du grand-duc Nicolas* de Russie, puis rejoint à Nancy le 5e régiment de hussards, avec lequel il part en campagne en 1914. Après avoir participé dans le cadre du 20e corps à la bataille de Morhange, il est désigné le 28 août par Joffre comme chef d’état-major du général Foch* (qu’il connaît à peine), mis à la tête d’un détachement d’armée (la future IXe armée) dans la région de Châlons-sur-Marne.

Pour Weygand, alors âgé de quarante-sept ans, ce choix marque le début d’une tout autre carrière, qui va le projeter aux premiers plans de l’histoire. Collaborateur incomparable de Foch, qu’il ne quittera pratiquement plus jusqu’en 1923, il sera pour lui le modèle du chef d’état-major. À la IXe armée, au groupe d’armées du nord, dans le succès comme dans la disgrâce qui frappe Foch à la fin de 1916, Weygand seconde son chef, auquel l’unit une totale communauté d’idéal et de foi en lui apportant avec une pensée limpide l’expression exacte d’ordres souvent compris à demi-mot. À la fin de 1917, après la conférence de Rapallo, Weygand, qui a reçu ses étoiles le 8 août 1916, est nommé par Clemenceau représentant militaire permanent de la France au Comité des représentants militaires de Versailles. Il y entretient d’amicales relations avec son homologue anglais, le général Henry Wilson (bientôt chef de l’état-major impérial de Londres), mais y connaît toutes les difficultés d’une guerre de coalition. Ainsi est-il directement associé à la création du commandement unique à Doullens. Dès la nomination de son chef, il reconstitue les 26-27 mars 1918 l’« équipe » réduite à six officiers qui, aux ordres directs de Foch, conduira les armées alliées à la victoire. Nommé le 3 avril 1918 major général des armées alliées, Weygand jouera un rôle essentiel dans la direction des opérations. Le 8 novembre suivant, c’est lui qui, dans le fameux wagon de Rethondes, lira aux Allemands les clauses de l’armistice. En 1919, au cours de la lutte qu’il mène aux côtés de Foch pour défendre une victoire compromise à leurs yeux par le traité de Versailles, Weygand se heurte si souvent à Clemenceau que ce dernier demande en vain à Foch de se séparer de son adjoint : « Gardez-le, conclura le « Tigre », mais dites-lui de ne plus m’engueuler ! »

Pour la première fois, en juillet 1920, Weygand quitte son chef : inquiets du sort de la Pologne mis en cause par l’armée rouge, Millerand et Lloyd George envoient à Varsovie une mission franco-anglaise avec Weygand comme conseiller militaire. Dans une situation dramatique, compliquée encore par le caractère de Piłsudski, Weygand saura agir avec autant d’efficacité que de discrétion auprès de l’état-major polonais en lui inspirant les mesures qui permettront la victoire de ses forces (v. polono-soviétique [guerre]). À son retour, le général reprend, durant trois ans, sa place aux côtés de Foch alors chargé de nombreuses missions d’ordre militaire et diplomatique. En 1923, toutefois, Weygand est appelé par Poincaré à remplacer Gouraud* à Beyrouth comme haut-commissaire de France et commandant de l’armée du Levant. Il y accomplit en dix-huit mois un énorme travail politique, administratif et militaire, rétablissant la paix et la position de la France en Syrie et au Liban. Rappelé par Herriot et remplacé par Sarrail, il est nommé en 1925 membre du Conseil supérieur de la guerre et directeur du Centre des hautes études militaires, où il reprend contact avec les problèmes spécifiques de l’armée, notamment ceux de la motorisation et des chars.

Pour la première fois depuis 1914, le général retrouve sa famille, tant à Paris que dans sa propriété bretonne de Coatamour (près de Morlaix), acquise en 1920. C’est au cours de cette période qu’il inaugure sa carrière littéraire en écrivant une vie de Turenne. Elle paraît en 1929, année de la mort de Foch, qui, vivement ressentie par le général, contribue à le pousser au premier plan. L’année suivante, en dépit de tout ce qui oppose l’« équipe Foch » à celle du maréchal Pétain, ce dernier obtient du gouvernement qu’il confie à Weygand sa succession, d’abord comme chef d’état-major de l’armée (1930), puis en 1931 comme vice-président du Conseil supérieur de la guerre et généralissime désigné. La même année, il est élu à l’unanimité au fauteuil de Joffre à l’Académie française, où il est reçu le 19 mai 1932 par l’ambassadeur Jules Cambon.