Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
W

western (suite)

• Les années 1940-1950. « Trouver l’exceptionnel dans le quelconque, l’héroïsme dans le quotidien, exalter l’homme en profondeur, voilà le ressort dramatique qui me plaît. » La phrase est de John Ford, qui tourne en 1939 la Chevauchée fantastique. Ce film, très bien accueilli — notamment en Europe —, constitue selon André Bazin « un équilibre parfait entre les mythes sociaux, l’évocation historique, la vérité psychologique et la thématique traditionnelle de la mise en scène western ». Pourtant, le succès fordien n’éclipse pas totalement certaines réussites des années 1940-1950, comme le Cavalier du désert (1940) de Wyler, l’Étrange Incident (1942) et la Ville abandonnée (1948) de Wellman, Duel au soleil (1946) de Vidor, la Rivière rouge (1948) de Hawks. Mais il est indéniable que John Ford a beaucoup fait pour rendre sa noblesse à un genre trop longtemps méprisé.

Le western, durant les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, représente 25 p. 100 de la production annuelle des films américains. On peut, selon l’ambition qui anime ses réalisateurs attitrés, le diviser en trois groupes : les westerns de série Z (où les vieux routiers des « serials » poursuivent la geste populaire des héros de l’Ouest : les Billy le Kid, Cisco Kid, Durango Kid, Jesse James, Kit Carson sont légion) ; les westerns de série B, qui se distinguent par un métrage plus long, une distribution plus coûteuse, des scénarios plus élaborés, une mise en scène plus travaillée (ainsi les films tournés par Lloyd Bacon, Bruce Humberstone, Jacques Tourneur, John Sturges à ses débuts), et enfin les westerns de série A, où l’on retrouve les noms de Ford, Lang, Wellman, Hawks.

• Après 1950. La crise du cinéma qui touche Hollywood à partir de 1950 a de profondes répercussions sur le western. Certains effets seront bénéfiques : la télévision tue les westerns de série Z et accapare les services des cow-boys chantants. Par contre, la série B et la série A prennent un nouveau départ : si le cinéma en relief n’est d’aucune utilité pour le western, il n’en est pas de même du Cinémascope. Combiné à la couleur (qui tend à se généraliser), celui-ci aère les westerns, leur confère certaines qualités essentielles (sens de l’espace, beauté des paysages, possibilité d’actions multiples) qui attirent un public devenu plus exigeant. Mais les changements ne sont pas tous d’ordre technique : certains scénarios abordent des sujets nouveaux (westerns antiracistes, allusions évidentes au maccarthysme, etc.). Chaque metteur en scène de quelque renom se doit de réaliser son western ; à côté des « anciens » (John Ford, Raoul Walsh, Michael Curtiz, Henry King, Allan Dwan, George Marshall, Henry Hathaway), de nouveaux spécialistes se distinguent : Delmer Daves, Edward Dmytryk, Robert Aldrich, John Sturges et surtout Anthony Mann. L’Homme des vallées perdues (1953) de George Stevens et Le train sifflera trois fois (1952) de Fred Zinnemann sont de grands succès populaires. Howard Hawks, avec Rio Bravo (1958), signe une œuvre dont l’influence sera aussi grande que le fut en son temps celle de la Chevauchée fantastique.

Le western s’intellectualise : loin d’être un simple prétexte à chevauchées, il contribue à remettre parfois en question la légende même de l’Ouest. Paraboles symboliques et socio-politiques, anti-épopées qui s’attachent à démythifier les héros populaires (du général Custer à Doc Holliday ou à Billy le Kid), pamphlets antiracistes, fresques humoristiques et sardoniques se succèdent sur les écrans pendant les années 60. Tandis que les « vieux routiers » s’essouflent, une nouvelle génération s’impose avec Sam Peckinpah (Coups de feu dans la sierra, 1962 ; Major Dundee, 1964 ; la Horde sauvage, 1969) et Monte Hellman (The Shooting, 1966 ; l’Ouragan de la vengeance, 1967).

Les meilleurs cinéastes (Arthur Penn, Sydney Pollack, Robert Altman) des années 70 n’hésitent pas à considérer le western comme un genre majeur et signent parfois des œuvres de tout premier plan qui sont loin de s’adresser uniquement aux aficionados du genre.


Les westerns européens

Certains cinéastes non américains, fascinés par l’exotisme du western, se sont appliqués à acclimater dans leur pays respectif un genre qui, privé de son contexte historique, s’est rapidement abâtardi. Les exploits du cow-boy parisien Joe Hamman, qui galopa avec conviction de 1907 à 1913 dans de nombreuses petites bandes populaires, avaient certes du piquant. Mais les entreprises commerciales italiennes, espagnoles ou allemandes qui, après 1960, connurent un très grand succès auprès du public européen ne sont que de simples parodies de western, parfois assez réussies, parfois délibérément bâclées. Dans la plupart de ces productions, le décor n’est bien souvent qu’approximatif et trompeusement folklorique, le scénario n’a d’autre but que de mettre en valeur certaines scènes-chocs où la violence paroxystique se confond dangereusement avec les marques d’un sadisme complaisant. Quant aux personnages, ils brillent plus par leur habileté à manier leur colt ou à se servir de leurs poings que par leur profondeur psychologique. Cependant, certains cinéastes (Duccio Tessari, Sergio Corbucci et surtout Sergio Leone) ont donné quelques titres de noblesse au « western-spaghetti » et ont même influencé certains de leurs homologues américains.

Si l’authenticité est presque toujours absente des westerns européens, il n’en est pas moins vrai que de nombreux adolescents des années 60 ont appris à aimer le western à travers les aventures des Winnetou, Django, Sartana, Trinita et autres Ringo.

J.-L. P.


Les personnages historiques du western

Les pionniers


Daniel Boone

(près de Reading, Pennsylvanie, 1734 - près de Saint Charles, Missouri, 1820). Dès son plus jeune âge, il se met au service des colons qui désirent explorer les contrées périlleuses de l’Ouest. Après avoir fondé le premier établissement permanent du Kentucky, il s’aventure sur les bords du Missouri et ouvre de nombreuses pistes qui serviront précieusement aux expéditions ultérieures. Vêtu d’une veste de daim et généralement flanqué d’un chien fidèle, ami et défenseur des Peaux-Rouges, qu’il cherchait souvent à protéger des abus des Blancs, il a été immortalisé par Fenimore Cooper sous des noms divers (Œil-de-Faucon, Longue-Carabine, Bas-de-Cuir).


Davy Crockett