Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
W

Washington (George) (suite)

En 1794, Washington signe avec l’ancienne puissance coloniale un traité qui règle le contentieux anglo-américain : il est accusé de brader les intérêts des États-Unis. Lui qui, en 1792 a accepté, non sans réticences, de remplir un deuxième mandat présidentiel, vit quatre années particulièrement difficiles. Mais il crée des précédents que les États-Unis suivront au xixe s. et dans la première moitié du xxe s. : dans son discours d’adieu, qu’il fait paraître en septembre 1796, il recommande à son pays de ne pas souscrire d’alliances permanentes ; il refuse un troisième mandat ; il respecte scrupuleusement les termes de la Constitution ; il donne à la présidence une réalité politique.

En 1798, le temps d’une brève crise internationale, il est rappelé au commandement en chef des troupes américaines. Mais la retraite, cette fois-ci, a vraiment commencé. Elle s’achève brutalement : le 14 décembre 1799, George Washington meurt à Mount Vernon, où il sera inhumé.

Après sa mort, les Américains oublièrent les attaques dont il fut l’objet et les critiques qui l’avaient assailli de son vivant. Ils ne retinrent que ses hauts faits, négligeant — à n’en pas douter — que Washington fut essentiellement l’homme de son temps et de son milieu.

A. K.

➙ États-Unis.

 M. Cunliffe, George Washington, Man and Monument (Boston, 1958 ; trad. fr. George Washington, l’homme et la légende, Seghers, 1966).

Watteau (Antoine)

Peintre français (Valenciennes 1684 - Nogent-sur-Marne 1721).


Très choyé de son temps par un petit groupe d’admirateurs, auréolé d’une légende romantique par le xixe s., Watteau demeure de nos jours presque un inconnu malgré les prix fabuleux atteints par ses toiles ou le moindre de ses dessins. On se perd dans les détails parfois contradictoires de sa biographie, dans l’histoire complexe de ses relations, parfois orageuses, avec ses amis, ses condisciples, ses maîtres et ses protecteurs, complexité qui reflète l’instabilité de son caractère et de son humeur. Quant à la chronologie de son œuvre, elle demeure peu assurée.


Une carrière brève

Recensons les éléments de certitude. Né à Valenciennes, ville française depuis peu, Antoine est le fils de Jean-Philippe Watteau, maître couvreur et charpentier jouissant d’une certaine aisance. De son frère cadet est issue une dynastie de peintres actifs à la fin du xviiie s. à Lille. Ses parents semblent avoir encouragé une vocation artistique déclarée de bonne heure chez le jeune Antoine, qui est placé en apprentissage chez différents peintres aujourd’hui obscurs, d’abord à Valenciennes, ensuite à Paris (probablement dès 1702). Il fréquente les marchands d’estampes pour parfaire sa culture ; au premier rang de ceux-ci figure alors Pierre II Mariette (1634-1716) [dont le fils, Pierre Jean (1694-1774), devait plus tard posséder quelques dessins de Watteau]. C’est probablement chez ce dernier que Watteau rencontre Claude Gillot (1673-1722), qui l’invite à venir travailler chez lui. Il doit sans doute à Gillot son goût du dessin et une partie de son inspiration théâtrale. Il reste dans l’atelier de son maître jusque vers 1707-08, puis le quitte en entraînant son condisciple Nicolas Lancret, plus tard son émule, pour entrer chez Claude III Audran*, graveur en renom, alors « concierge » (on dirait aujourd’hui conservateur) du palais du Luxembourg. Là, il admirera profondément la galerie de Marie de Médicis de Rubens* et en fera de nombreuses copies. Audran l’associe à ses travaux officiels pour Meudon et le château de la Muette, et le jeune Antoine complète sa formation en se faisant recevoir comme élève à l’Académie. Il n’obtint, semble-t-il, que le second prix de Rome et ne partit jamais pour l’Italie. C’est vers 1709 qu’il retourne pour un court intermède dans sa ville natale et commence à se créer une clientèle d’amateurs en peignant des sujets militaires pour le marchand Sirois. Il soumet ses premiers tableaux inspirés du théâtre à l’Académie, qui l’agrée pour les Jaloux (tableau disparu, connu par la gravure). Désirant, sous la pression de C. de La Fosse*, l’accueillir parmi ses membres, l’Académie lui laisse le choix de son morceau de réception : ce sera, après de longues hésitations de la part du peintre, toujours peu sûr de lui, le Pèlerinage à Cythère (1717), une « fête galante », genre créé pour lui dans la hiérarchie artistique reconnue par l’Académie (musée du Louvre, répétition originale à Berlin).

En 1719-20, Watteau part pour Londres, dans l’espoir d’y faire soigner le mal qui lui sera fatal (la tuberculose ?). Il y rencontre nombre d’artistes français, qui exécutent d’après son œuvre des gravures dont l’influence sera durable sur l’art anglais (Gainsborough*). De retour à Paris, il fréquente un groupe d’amateurs séduits par son génie : collectionneurs comme le comte de Caylus, Antoine de La Roque ou Jean de Jullienne — qui fera graver, par Boucher* notamment, un recueil de ses plus beaux dessins —, marchands comme Sirois, Mariette ou Gersaint — qui tenait boutique sur le pont Notre-Dame et pour qui il peint la fameuse Enseigne (château de Charlottenburg, Berlin) —, financiers enfin comme Pierre Crozat — qui le loge quelque temps, ce qui permet à Watteau de connaître l’admirable collection de son hôte, d’après laquelle il fera des copies dessinées.

Le mal du peintre s’aggravant, son ami l’abbé Haranger le fait installer à Nogent-sur-Marne, où il mourra bientôt, à l’âge de trente-sept ans, après avoir brûlé pour des motifs religieux les tableaux de « nudités » encore en sa possession. Gersaint, chargé par lui d’organiser une vente de ses œuvres, en obtient 3 000 livres, ce qui montre la faveur dans laquelle était tenue sa production.


L’œuvre et ses thèmes

On évalue aujourd’hui à deux cents environ le nombre des toiles laissées par le peintre, toujours d’un format assez restreint, exception faite de l’Enseigne de Gersaint, qui devait servir de « plafond ». Watteau, que Gersaint nous décrit comme « inquiet et changeant [...] entier dans ses volontés [...] impatient, timide [...] toujours mécontent de lui-même », et Crozat comme « toujours long dans ce qu’il fait », ne signait pas et n’a pour ainsi dire jamais daté ses toiles. Plutôt que de risquer une chronologie toujours aventureuse, on abordera l’œuvre dans son ensemble en analysant les thèmes de son inspiration.