Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
W

wagon (suite)

Activités touristiques et hôtelières de la Compagnie

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la vocation hôtelière de la Compagnie s’est surtout exercée dans les chemins de fer par les voitures-lits et les voitures-restaurants ainsi que par leurs services annexes (voitures-bars, voitures-buffets). Après avoir tenté d’assurer l’exploitation des services des repas sur certaines lignes aériennes, la Compagnie préfère s’attaquer au problème de la restauration des passagers au sol et inaugure de nombreux restaurants dans les aéroports d’Europe et d’Afrique. Son extension dans ce domaine s’est surtout manifestée à partir de 1960, et la Compagnie possède d’importantes participations dans de nombreuses sociétés hôtelières européennes spécialisées. Pour son activité touristique, elle dispose d’un très vaste réseau d’agences et de correspondants, couvrant pratiquement le monde entier, à l’exception de l’U. R. S. S. et de la Chine. Par l’effet de nombreux contrats conclus avec les administrations ferroviaires, les compagnies maritimes et aériennes, les sociétés d’automobiles et les hôtels, les possibilités de ces agences sont très étendues. Elles sont en mesure d’orienter, de conseiller tout ce qui touche à l’organisation des déplacements (voyages touristiques) ou des manifestations combinant les affaires et le tourisme (expositions, foires, festivals, congrès, etc.). Ainsi, après avoir été le premier organisme de transports se proposant de favoriser par le rail le rapprochement entre les pays, la Compagnie internationale des wagons-lits et du tourisme reste un élément essentiel du grand tourisme international.

C. M.

C. M.

➙ Chemin de fer / Frein / Mouvement / Suspension / Voiture.

wahhābisme

Doctrine politico-religieuse née de l’étroite collaboration entre le réformiste puritain Muḥammad ibn ‘Abd al-Wahhāb (1703-1792) et la dynastie fondée par le chef bédouin du Nadjd (Arabie centrale) Muḥammad ibn Sa ‘ūd († 1765).


Le wahhābisme est donc à la fois un projet de réformisme islamique et un projet politique précis : celui d’unir, sous le sceptre des Sa ‘ūd, les Arabes de la péninsule arabique avec le ciment de la nouvelle doctrine. Le fondateur de la doctrine à laquelle il a laissé son nom, ‘Abd al-Wahhāb, est né dans le Nadjd, dans l’importante tribu des banū-Tamim. Il étudie la jurisprudence du rite ḥanafite et voyage à Damas, à Bagdad, à Bassora, à Ispahan pour étudier les différentes écoles juridiques musulmanes. Lors d’un pèlerinage à La Mecque (ḥadjdj), il est choqué par la dégénérescence, à ses yeux, de l’islām* officiel, qui tolère le culte des saints, la commercialisation extrême du pèlerinage dans les villes saintes du Hedjaz, la prolifération des interprétations du Coran, qui dénaturent le message du livre sacré, dont l’application pure et simple devrait être la seule ligne de conduite des croyants. Il est aussi choqué par l’importance, quasi divine, accordée à Mahomet au détriment d’Allāh. Enfin, le luxe des hauts personnages musulmans et le fait que les Arabes soient sous le joug d’étrangers, à ses yeux hérétiques, les Turcs Ottomans, le persuadent de prêcher un retour aux sources de l’islām, dans une remise en cause puritaine des déviations qu’a subies la religion. Persécuté par les notables, ‘Abd al-Wahhāb se réfugie auprès d’un chef bédouin du Nadjd, Muḥammad ibn Sa‘ūd, qui épouse sa fille (1744).

Un phénomène courant dans l’histoire de l’islām se produit alors : un prédicateur réformiste, galvanisateur de foules, s’allie à un guerrier pour faire triompher ses idées, qui doivent se matérialiser par la création d’un État dont la doctrine officielle sera celle du fondateur ; ainsi les Fāṭimides* au xe s., les Almohades* au xiie s., les Mahdistes soudanais au xixe s.

‘Abd al-Wahhāb et Ibn Sa ‘ūd vont avoir pour but de créer un État libre qui unisse les Arabes de la péninsule arabique. Les « principes » de l’État wahhābite sont simples pour ‘Abd al-Wahhāb : une théocratie bédouine, réunie autour d’un chef qui aura un rôle à la fois spirituel et temporel ; toute l’administration et toute la législation découleront des principes coraniques, qui doivent aussi régler la vie privée et publique de ses sujets. Ceux-ci devront verser un impôt et devront être enrôlés dans une armée de « guerre sainte » (djihād). ‘Abd al-Wahhāb, tant qu’il est en vie, restera la haute autorité spirituelle du royaume. Pour créer celui-ci, il faut d’abord unifier les tribus du Nadjd, où les Sa ‘ūd ont leur « fief » et leurs « clients ». Cela est en grande partie accompli avec la prise de Riyāḍ en 1764.

Après la mort d’Ibn Sa ‘ūd en 1765, son fils ‘Abd al-‘Azīz (qui règne de 1765 à 1803) achève la conquête du Nadjd (v. 1788), puis occupe le Ḥasā (1789-1790) et va piller les sanctuaires des « hérétiques » chī‘ites de Karbalā (Iraq) en 1801 tandis que l’Oman doit lui payer un tribut. Après son assassinat, son fils Sa ‘ūd lui succède de 1803 à 1814. Plus tard surnommé « le Grand », il cumule le titre d’émir (prince) et celui d’imām (guide de la prière) des Wahhābites. En 1804, il s’empare du Hedjaz, acquérant le prestige immense que lui vaut l’occupation des villes saintes de l’islām : en entrant à La Mecque* (1804), il fracasse les tombeaux de saints et toutes les traces « idolâtres » qu’il trouve dans la ville, puis il « restaure la Ka‘ba dans sa simplicité primitive » (J. Benoist-Méchin). Il occupe le ‘Asīr et le Yémen, dont il enlève la capitale, Ṣan‘ā’. En 1808, presque toute la péninsule est en sa possession : le Nadjd, le Hedjaz, le ‘Asīr, une partie du Yémen et de l’Hadramaout, le Ḥasā, et l’influence de Sa‘ūd se fait sentir jusqu’à Bahreïn et Bassora.

Inquiet des visées Saoudites sur le Croissant fertile, furieux de voir l’influence lui échapper en Arabie, surtout au Hedjaz, le sultan d’Istanbul demande à son vassal Méhémet-Ali*, vice-roi d’Égypte, désireux de s’émanciper de l’influence de la Porte, d’aller réduire les Wahhābites. Le vice-roi envoie son fils Tūsūn, qui débarque avec une armée au Hedjaz, où il subit une défaite (1811) ; mais une nouvelle expédition réussit à réoccuper Médine (1812) et La Mecque (1813). Sa‘ūd est assassiné en 1814, et son fils ‘Abd Allāh, trahi par une partie de ses alliés, est battu par les Égyptiens et leur artillerie, puis envoyé à Istanbul, où il est décapité. L’Empire wahhābite s’effondre (1818) ; les Ottomans fomentent de nombreux troubles pour briser l’unité politique du Nadjd : ils sont en cela aidés par l’opposition grandissante des populations d’Arabie au terrible rigorisme wahhābite.