Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Ayuthia

ou Ayutthaya, en sanskr. Ayudhyā (« l’Invincible »), v. de Thaïlande, ch.-l. de la riche province du même nom, à 70 km env. au nord de Bangkok, au confluent de trois des principales voies fluviales du bassin du Ménam ; 32 400 hab.


La ville fut la capitale du royaume connu des peuples voisins et de l’Occident sous le nom de Siam (ou Syām), de 1350 à 1767. Sa fondation est attribuée au prince d’U-Thong, couronné en 1350 sous le nom de Râmâdhipati, qui se serait installé sur le site, alors faiblement occupé, dès 1347. Prise par les Birmans en 1569 puis de nouveau en 1767, dépeuplée et en grande partie détruite, la ville est alors abandonnée au profit de Thonburi et, en 1782, de Bangkok*. À partir de la fin du xvie s., voyageurs et missionnaires européens ont laissé de précieux récits sur l’activité et l’organisation de la cité, largement ouverte à l’Occident, et dont un roi, Phra Narai, échangeait des ambassades avec Louis XIV.

Accessible au trafic maritime, Ayuthia formait une île de tracé irrégulier d’environ 4 km sur 2, protégée par une enceinte fortifiée renforcée de bastions et quadrillée par un système très élaboré de canaux. Ses quelque cinq cents édifices religieux, souvent considérables, étaient construits en brique stuquée et en matériaux légers. L’architecture montre une grande diversité, rappelant celle de Sukhothai et les traditions cinghalaises pour la plupart des stūpa, tandis que les prang, tours reliquaires héritées de l’art de Lopburi, s’apparentent aux pràsàt khmers et que l’Occident influence la construction de la fin du xviie s., à laquelle ont collaboré des ingénieurs français. Il reste peu de chose des palais, et l’ensemble apparaît très ruiné, d’abord du fait des Birmans mais aussi parce que œuvres et matériaux ont été systématiquement récupérés pour l’édification de Bangkok. Depuis 1966, un vaste programme de sauvegarde du site est à l’étude.


Principaux monuments

En règle générale, les monastères les plus anciens sont centrés sur un prang dont les restaurations successives ont souvent altéré la silhouette ; les stūpa s’imposeront vers la seconde moitié du xve s. Parmi les premiers, les plus importants sont : Wat Buddhaisavan, construit en 1353 par Râmâdhipati Ier sur le site de sa première résidence ; Wat Pra Ram (1369), sur le lieu de sa crémation, sensiblement au centre de la ville ; Wat Pra Mahathat, édifié en 1374 pour la grande relique d’Ayuthia, et l’ensemble voisin de Wat Rājapūrana (1424). Parmi les seconds : Wat Pra Si Sanpet, dont les trois stūpa alignés au sud du palais royal furent construits au xve et au xviiie s. pour des reliques bouddhiques et royales ; Pra Chedi Chai Mongkon, élevé en 1593 par Naresuen le Grand, pour célébrer sa victoire sur les Birmans, dans l’enceinte de Wat Chao Phya Thai fondé par Râmâdhipati Ier pour les religieux ordonnés à Ceylan... Sous le règne de Prasat Thong (1630-1656), Wat Chai Vatthanaram témoigne des mêmes influences khmères que Pra Nakhon Luang, copie très libre d’Angkor* Vat destinée à commémorer le rétablissement de la suzeraineté sur le Cambodge. Divers monastères conservent les restes de peintures murales, dont les plus anciennes remontent au xve s. Les fouilles ont livré quelques dépôts de fondation d’une grande richesse et d’un art très raffiné.

J. B.

➙ Angkor / Bangkok / Thaïlande.

 N. Gervaise, Histoire naturelle et politique du royaume de Siam (Barbin, 1688). / S. de La Loubère, Du royaume de Siam (J. B. Coignard, 1691 ; 2 vol.). / Tri Amatyakul, Guide to Ayudhya and Bang-Pa-In (Bangkok, 1962).

Ayyūbides

Dynastie musulmane qui régna en Égypte et en Syrie (xiie-xiiie s.).



Les origines

La dynastie ayyūbide tire son nom d’Ayyūb ibn Chādī, un Kurde originaire d’Adjanaqān, près de Dvin, ville d’Arménie. Au début du xiie s., celui-ci émigré avec sa famille à Bagdad. Son père est nommé gouverneur de la forteresse de Takrīt, sur le Tigre ; à sa mort, Ayyūb lui succède. Mais, en 1132, il facilite la fuite de l’atabek de Mossoul, Zangī, dont les troupes sont défaites par les Seldjoukides de Bagdad. Ses rapports se détériorent alors avec le suzerain. Ayyūb, avec son frère Chīrkūh, quitte Takrīt pour Mossoul, où Zangī leur réserve un accueil chaleureux. Ils participent aux guerres de leur nouveau protecteur.

En 1139, après la conquête de Ba‘alabak, Ayyūb est nommé gouverneur de cette ville. Quelques années plus tard, en 1146, après la mort de Zangī, ne pouvant pas repousser les Būrides anciens maîtres de Ba‘alabak, Ayyūb se range de leur côté et devient même le chef de leur armée.

Mais en 1154, chargé de défendre Damas, il la livre à son frère Chīrkūh, resté au service du fils de Zangī, Nūr al-Dīn Maḥmūd, qui l’envoie s’emparer de cette ville. En signe de récompense, Nūr al-Dīn le nomme gouverneur de Damas et donne à Chīrkūh la ville de Homs, qui devient ensuite propriété héréditaire de ses descendants.


La constitution de l’empire ayyūbide

Quelques années plus tard, Chīrkūh part pour l’Égypte sous l’instigation de Nūr al-Dīn, en compagnie d’un enfant d’Ayyūb, Ṣalāḥ al-Dīn, ou Saladin. Il réussit à se faire nommer vizir par al-‘Āḍid, le dernier calife fāṭimide. À sa mort, Saladin lui succède dans cette charge. Encouragé par Nūr al-Dīn, Saladin dépose en 1171 le calife fāṭimide. Après la mort de son père en 1182, Saladin entreprend de se libérer de l’emprise de son suzerain pour constituer une dynastie indépendante. La disparition de Nūr al-Dīn lui facilite la tâche. Très vite, la domination de Saladin s’étend en plus de l’Égypte sur le Yémen, la Syrie et la Mésopotamie jusqu’à l’Euphrate.

Il se retourne ensuite contre les croisés, remporte en 1187 une victoire décisive à Ḥaṭṭīn et réussit quelques mois plus tard à libérer Jérusalem de l’emprise des Francs.

Après avoir réduit l’influence des chrétiens en Orient, Saladin partage son empire entre les membres de sa famille.