Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

vomissement (suite)

Le centre de vomissement se trouve très près dans le bulbe rachidien du centre respiratoire (qui commande la respiration). Cette proximité va de pair avec diverses réalités physiologiques : d’une part, la respiration est suspendue pendant le vomissement ; d’autre part, le vomissement ne peut pas avoir lieu pendant un mouvement respiratoire. Il en résulte une protection assez efficace du carrefour pharyngé, où les voies digestive et respiratoire se croisent.


Signification

Le vomissement peut prendre une signification importante dans les maladies digestives et dans divers états physiologiques ou pathologiques.


Maladies digestives

Le vomissement traduit souvent l’existence ou l’aggravation d’un ulcère gastrique ou duodénal et, dans un contexte différent, l’interruption du transit digestif normal, dont il faut chercher la véritable cause : obstruction ou occlusion intestinale, organique ou fonctionnelle. Il s’agit parfois, dans le premier diagnostic, de vomissements de sang rouge ou digéré et, dans le second, surtout si l’évolution a été assez longtemps laissée à elle-même, de vomissements porracés (ayant l’aspect du poireau), puis de plus en plus fécaloïdes.


Mal de mer

Accompagnés de vertiges, de céphalée, de sensations difficilement descriptibles dans la région épigastrique, les vomissements sont le symptôme le plus insupportable du mal de mer, du mal de l’air, et même du mal des montagnes. En partie d’origine psychique, ils s’expliquent aussi par l’hypoxie et l’acidose, notamment par hypercapnie.

Ils sont plus ou moins efficacement supprimés par certains médicaments (antinauséeux dérivés des phénothiazines), qu’il faut se garder d’absorber sans contrôle médical.


Vomissements de la grossesse

Ils ont longtemps été considérés comme un événement banal au début de la gestation, même normale. L’hygiène actuelle semble avoir rendu rare cette sorte d’incident. Les vomissements graves (vomissements incoercibles) de la grossesse sont une véritable maladie, et, avant l’avènement de la réanimation médicale moderne, ils avaient souvent un dénouement fatal pour l’embryon. Le facteur psychique ayant autant d’influence que les troubles hormonaux qui se rencontrent dans ces circonstances, la thérapeutique moderne conjugue la psychothérapie (et parfois l’isolement), l’emploi de neuroplégiques et d’hormones, de sorte que l’évolution de la maladie se trouve rompue aussi rapidement que possible. Jadis, la mort du fœtus in utero était à la fois une complication fréquente et un facteur de régression très rapide de tous les phénomènes morbides pour la femme. Cette séquence ne se voit plus de nos jours.


Dangers des vomissements

L’expulsion du contenu gastrique, toujours très riche en acide chlorhydrique, détermine une alcalose dite « métabolique », inapparente, par manque de chlore, élément essentiel du milieu intérieur (v. acido-basique [équilibre]). C’est un problème de rééquilibration hydroélectrolytique qui se pose alors, et la réanimation médicale le résout dans la plupart des cas.

Le rejet des aliments à peine ou pas du tout digérés finit, à la longue, par conduire les malades à l’inanition, avec toutes ses conséquences, jusqu’aux plus fâcheuses. Il est particulièrement redoutable chez l’enfant et surtout le tout petit, chez qui le passage du lait digéré de l’estomac dans l’intestin est parfois empêché par un rétrécissement (sténose) du pylore. Seule la chirurgie peut lever l’obstacle (opération de Frédet).

Deux des complications les plus graves du vomissement sont l’inhalation des matières vomies, liquides acides ou particules infectantes, dans les voies aériennes et la rupture de l’œsophage surdistendu par un vomissement volontairement contrarié.

La première crée une véritable maladie pulmonaire par réaction contre un matériel particulièrement agressif vis-à-vis des cellules délicates, capables, en temps normal, de refouler les petits corps étrangers grâce à l’activité des cils vibratiles qu’elles portent, qui tapissent la trachée et les bronches. Le jeu des échanges osmotiques aboutissant ici au passage d’une grande quantité d’eau dans la lumière des voies aériennes pour tenter de diluer la substance irritante complète le tableau d’encombrement pulmonaire, dont une résultante relativement fréquente est l’épuisement du myocarde, l’insuffisance, voire l’arrêt cardiaque (syndrome dit « de Mendelson »).

La seconde peut être dramatique : au cours d’une crise de vomissements que le patient, instinctivement ou par défaut d’information, veut arrêter ou dissimuler, l’œsophage, soumis à une forte pression, à cardia dilaté, se fissure et se déchire, livrant passage au contenu gastrique dans le médiastin ou la plèvre. Si la réparation chirurgicale n’est pas réalisée dans les plus brefs délais, cette lésion peut déterminer une série d’accidents de la plus haute gravité. Lorsque la fissure est relativement petite et la pression dans l’œsophage relativement modérée, l’irruption dans le médiastin ne donne que des signes discrets, et le diagnostic s’en trouve considérablement retardé. La gravité de l’évolution est peut-être moindre dans une première phase, mais elle rejoint la forme précédente dans la difficulté et la longueur des soins nécessaires.

Il faut opposer, malgré la similitude de termes, la vomique au vomissement. La vomique est le rejet par la bouche de matières, le plus souvent purulentes, collectées au cours de la formation d’un abcès pulmonaire ou d’une pleurésie purulente. L’arrivée du pus au pharynx, d’où il est expulsé par des efforts de toux, peut déclencher des mouvements réflexes comparables au vomissement et même provoquer un vomissement secondaire, mais la distinction doit être faite.

La pituite matinale est une vieille appellation désignant ce que l’on décrit plutôt maintenant comme la « toilette des bronches ». C’est une série d’efforts de toux expulsive tendant à expectorer les sécrétions bronchiques accumulées pendant le sommeil et qui sont l’apanage des fumeurs de tabac ; on a longtemps pensé que ces sécrétions étaient aussi en rapport avec l’alcoolisme.

J. V.