Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

volcan (suite)

Malgré ces aspects catastrophiques, il est vraiment exceptionnel que l’activité volcanique soit un phénomène quasi instantané. Presque toujours on peut distinguer une phase préparatoire, ou prémonitoire, dans laquelle des signes précurseurs, ou phénomènes prévolcaniques, annoncent une activité prochaine ; ensuite vient l’éruption proprement dite, caractéristique de la phase paroxysmale du volcanisme ; enfin, des phénomènes postvolcaniques ou pseudo-volcaniques définissent la phase terminale du retour progressif au calme.


Les phénomènes prévolcaniques

La montée du magma vers la surface entraîne des perturbations locales, qui peuvent être enregistrées par les méthodes géophysiques (anomalies magnétiques et variations de l’intensité de la pesanteur), parfois un gonflement lent du sol, mesurable par des clinomètres, mais surtout des tremblements de terre nombreux, quoique généralement peu violents au début (leur intensité s’accroît habituellement pendant la phase paroxysmale). Les laves proches de leur sortie réchauffent aussi le terrain et l’air situé au-dessus, ce qui est repérable par télédétection à l’infrarouge ; des fumerolles naissent ou voient leur activité accrue ; enfin, des grondements souterrains et l’ouverture de fentes par où s’échappe de la fumée prouvent l’imminence d’une éruption.

Cependant, aucun signe précurseur ne garantit absolument que cette éruption va avoir lieu : fréquemment, le magma, qui s’est approché dangereusement, se fige sans atteindre la surface, et le volcan rentre provisoirement en sommeil. C’est d’ailleurs là un des principaux dangers, car les populations proches s’y accoutument et ne se décident pas à fuir quand cela devient nécessaire.


L’éruption proprement dite

Les modalités de l’éruption varient suivant que dominent les produits solides, liquides ou gazeux, mais aussi suivant que ceux-ci gagnent l’extérieur par des bouches relativement dispersées ou, au contraire, en un seul point bien localisé.

Il existe en effet des éruptions diffuses, avec de nombreux points de sortie. Si la lave est peu abondante, on n’observe plus ensuite, au milieu des terrains environnants, que des « cheminées » bouchées par elle ou, tout au plus, que des culots entourés de quelques produits de projection. Les cent vingt-cinq « embryons de volcans » basaltiques du Jura souabe en constituent un bon exemple, mais nous pouvons voir quelque chose d’analogue dans la région des Grands Causses.

Par contre, si la lave est abondante et très fluide, elle s’étale en gigantesques épanchements qui masquent les points de sortie et recouvrent de larges espaces. Ce serait l’origine des plateaux du Deccan* (Inde péninsulaire), dont la surface est de l’ordre de 300 000 km2.

Cependant, les points de sortie sont souvent alignés, de telle sorte qu’on passe sans discontinuité à ce que l’on appelle strictement des éruptions fissurales, ou linéaires. L’exemple déjà cité du Laki (Islande) correspond ainsi au fonctionnement de cent cinq bouches alignées sur une cassure de 25 km. Un même dispositif se rencontre fréquemment sur les fractures radiales de la grande île d’Hawaii, où les bouches sont d’ailleurs tellement jointives qu’on peut parler d’émissions continues sur des longueurs atteignant parfois la trentaine de kilomètres. Lorsque l’érosion a décapé la surface, on se rend compte par l’examen des filons (dykes) de lave subsistants que les fissures se réduisent le plus souvent à des largeurs de quelques décimètres ou de quelques mètres, mais avec, de temps à autre, des élargissements correspondant à des cheminées privilégiées, dans lesquelles le débit a dû être supérieur. Il convient, enfin, de noter qu’il ne sort pas de telles fissures uniquement de la lave fluide comme du basalte, mais que l’on peut avoir aussi grâce à elles l’éruption d’ignimbrites rhyolitiques ou trachytiques. À peu près toutes celles que l’on a bien étudiées semblent, en effet, sorties soit de fentes rectilignes limitant de grands fossés (exemples à Java*, en Anatolie, dans l’Owens Valley californienne), soit de fentes curvilignes entourant des caldeiras, dépressions en forme de « chaudière » (ou plutôt de chaudron), pouvant dépasser des diamètres de 20 km (exemples nombreux, mais notamment au Japon, dans le Tibesti saharien ou aux Açores, d’où vient leur nom), ces fossés et ces caldeiras n’ayant pas des causes tectoniques, mais résultant tout simplement d’affaissements consécutifs à l’émission du matériel volcanique.

Le cas le plus fréquent est tout de même celui des éruptions centrales, qui correspondent à la sortie du magma par une cheminée unique. Si l’éruption est essentiellement gazeuse, on obtient la forme d’un cratère d’explosion, qui se borne à une perforation plus ou moins entourée des débris du substratum rocheux et souvent remplie d’eau ultérieurement. Les « Maare » de l’Eifel, en Allemagne, et leurs homologues de notre Massif central (lac Pavin, gour de Tazenat, etc.) sont des exemples d’ordre hectométrique ou kilométrique, mais il semble que les plus grands du monde soient le Crater Lake de l’Oregon et le Trou au Natron du Tibesti, larges tous deux de 8 km et profonds d’un millier de mètres. Si ce sont les laves qui dominent, l’éruption provoque la montée d’un dôme ou d’une aiguille avec de la lave très visqueuse qui devient solide en sortant (exemples du puy de Dôme en Auvergne et de l’aiguille de la montagne Pelée à la Martinique), la venue d’un volcan en bouclier, très surbaissé au contraire, souvent autour d’un lac de lave au bout de la cheminée, avec de la lave très fluide (exemple du Kilauea à Hawaii).

Enfin, si l’éruption comporte à la fois l’émission de gaz, de solides et de liquides, on obtient la forme la plus classique d’un cône volcanique, soit formé de débris (scories et lapilli), soit mixtes avec produits pyroclastiques et laves alternant (strato-volcan). Dans ces derniers cas, la cheminée se termine vers le haut par un évasement appelé cratère ; des coulées plus ou moins longues peuvent s’en échapper ou sortir à travers des fentes latérales du cône ; des éjecta fins ou relativement légers (sables et poussières volcaniques, ponces) peuvent saupoudrer tout le pays environnant.