Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

vision (suite)

L’hypermétropie est une amétropie telle que l’image d’un objet situé à l’infini se forme en arrière de la rétine : pour être vue nette, l’image doit être ramenée sur la rétine par un effort d’accommodation du cristallin ou par un verre convergent (convexe). L’œil hypermétrope est « trop petit ». En raison de la compensation par l’accommodation, cette amétropie ne se révèle souvent que vers l’âge de 30-40 ans.

L’astigmatisme est un vice de réfraction qui fait que l’appareil optique que constitue l’œil donne d’un objet une image différente selon ses différents axes ; il est dû à une modification de courbure de la cornée. L’image d’un point se fait sous forme de deux lignes, les focales, perpendiculaires entre elles. Pour que les deux focales soient sur la rétine, il faut placer devant l’œil un verre cylindrique dont l’axe et la puissance sont fonction du type d’astigmatisme.

En dehors de ces amétropies, il existe une anomalie de réfraction en vision de près de nature fonctionnelle : c’est la presbytie, qui apparaît vers l’âge de 45 ans. Elle est due à la sclérose du cristallin, qui entraîne une diminution progressive de l’amplitude d’accommodation : elle se corrige par des verres convergents (convexes).

La mesure de l’état de réfraction peut être faite d’une manière objective. On utilise avant tout la skiascopie, qui est une méthode globale, et la kératométrie, qui mesure l’astigmatisme cornéen (Louis Émile Javal, 1839-1907).

La mesure subjective de la réfraction est pratiquée avec les essais de verres correcteurs, chaque œil séparément pour la vision de loin, puis pour la vision de près enfin en binoculaire.

La correction des amétropies par des lunettes donne le plus souvent d’excellents résultats si l’on remédie assez tôt au défaut de réfraction.

On utilise également la correction par verres de contact, dont il existe plusieurs types : lentilles cornéennes de grand diamètre, mini-lentilles de Boyd, lentilles souples, verres scléraux. L’indication essentielle des verres de contact est la myopie (surtout forte).

Beaucoup de maladies oculaires provoquent une baisse de l’acuité visuelle (cataracte, tares cornéennes, glaucome, lésions de la rétine, etc.), mais il existe des baisses visuelles sans lésion oculaire, sans lésion des voies optiques : c’est ce que l’on appelle l’amblyopie fonctionnelle ; elle se rencontre surtout en cas de strabisme, atteignant l’œil dévié en permanence du fait d’une anomalie de ses muscles moteurs ou des nerfs qui les commandent.


Champ visuel

C’est l’ensemble des points de l’espace qu’un œil immobile peut percevoir. Le champ visuel monoculaire a les limites périphériques suivantes :
côté nasal, 50 à 60° ;
côté temporal, 80 à 90° ;
partie supérieure, 45 à 50° ;
partie inférieure, 60 à 80°.

Il existe une zone non voyante à l’intérieur du champ visuel : c’est la tache de Mariotte, ou tache aveugle, qui correspond à la papille ; de forme ovalaire, elle s’inscrit du côté temporal entre 12 et 18°.

La mesure du champ visuel se fait selon deux méthodes.
— La périmétrie cinétique (périmètre de Goldmann par exemple). On utilise un test lumineux blanc dont on peut faire varier la surface et la brillance. Le test est alors perçu, à la périphérie du champ, d’autant plus loin qu’il est plus grand et plus brillant. On peut ainsi inscrire sur un graphique représentatif, en déplaçant le test sur tous les méridiens, l’isoptère, qui est la ligne du champ visuel qui réunit les points possédant la même sensibilité. Il existe plusieurs isoptères concentriques, correspondant chacun à une combinaison déterminée entre la surface et la brillance du test.
— La périmétrie statique (analyseur de Friedmann par exemple). Cette méthode, dans laquelle les tests ne sont pas mobiles, explore plus finement le champ visuel central et paracentral que la méthode cinétique.

Toute amputation du champ visuel est appelée scotome. Le scotome est positif s’il est perçu par le malade (« tache noire » le plus souvent) et négatif s’il ne l’est pas. Il peut être absolu (absence totale de sensation lumineuse dans cette zone) ou relatif (diminution de la sensibilité plus ou moins importante).

• Causes des troubles du champ visuel

• Lésions oculaires. Ce sont essentiellement les maladies de la choroïde et de la rétine.

• Affections du nerf optique. Elles sont assez fréquentes : il faut isoler le glaucome, où le scotome caractéristique est en rapport avec une excavation de la tête du nerf optique. Les névrites optiques se traduisent par des scotomes de types variés, mais souvent centraux, englobant le faisceau maculaire et donc diminuant fortement l’acuité visuelle. Leurs causes sont multiples : infectieuses, allergiques, toxiques, etc. L’atropie optique en est parfois le stade terminal.

• Affections du chiasma. Il s’agit surtout de phénomènes compressifs (tumeurs de l’hypophyse, anomalies vasculaires, méningiomes, arachnoïdites, etc.), mais parfois aussi de tumeurs intrachiasmatiques (gliomes).

• Affections des voies optiques rétrochiasmatiques. Un aspect fréquent en est l’hémianopsie latérale homonyme, où toute une moitié du champ visuel binoculaire (œil droit et œil gauche) a disparu : elle est due à une lésion de la voie optique controlatérale. Les causes sont essentiellement vasculaires et tumorales.


Vision binoculaire

C’est la possibilité de percevoir comme une sensation unique les images reçues par chacun des deux yeux.

Elle comporte trois degrés : le premier degré, ou vision simultanée, le deuxième degré, ou fusion, et le troisième degré, ou perception du relief, qui est le mode le plus élevé.

En pratique médicale, on analyse la vision binoculaire à l’aide d’un appareil appelé synoptophore ; on utilise également d’autres tests très variés de vision binoculaire dans l’espace (test de Worth, verres striés, etc.).