Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Visconti (les) (suite)

Quand il disparaît, les trois fils de son frère Étienne (Stefano) [† 1327], le dernier fils de Mathieu Ier, lui succèdent, mais la disparition du premier d’entre eux, Mathieu II (Matteo) [v. 1319-1355], permet aux deux autres de rester coseigneurs de Milan tout en se partageant les territoires non milanais. À l’inquiétant époux de Regina Della Scala, Barnabé (Bernabo) [1323-1385], reviennent les villes orientales de l’État viscontéen. Galéas II (Galeazzo) [1320-1378], son frère, obtient de larges privilèges de l’empereur Charles IV pour l’université qu’il fonde à Pavie, conquise en 1359 par Barnabé. Époux de Blanche de Savoie, maître de l’ouest et du sud de l’État familial, vicaire impérial (avec son frère) depuis 1355, cet homme, épris de culture, décide pourtant de transformer la peine de mort en un long supplice de quarante jours ! Pour prix de sa participation au paiement de la rançon due par Jean II le Bon aux Anglais en 1360, il fiance son fils Jean-Galéas (Gian Galeazzo) [1351 - Melegnano 1402] avec la fille de ce roi, Isabelle de Valois († 1372). Fait alors comte de Vertus en Champagne, le jeune prince hisse sa famille au rang des maisons souveraines. Pourtant, le chef réel de l’État milanais — agrandi des villes piémontaises de Casale Monferrato et de Cherasco — reste Barnabé, qui a uni deux de ses bâtardes avec des capitaines d’aventures, Konrad von Landau et John Hawkwood, et qui est lui-même père d’un condottiere, Ambrogio Visconti. Arbitre de l’Italie vers 1370, Barnabé est cependant affaibli par la défection de John Hawkwood (1371), par l’assassinat d’Ambrogio Visconti (1373), chef de la Compagnie de Saint-Georges dès 1365, et par la mort de son épouse, Regina Della Scala. Surtout, il se trouve aux prises avec son ambitieux neveu Jean-Galéas. Coseigneur de Milan à la mort de son père, Galéas II, en 1378, Jean-Galéas — que Barnabé a pourtant remarié en 1380 à sa propre fille Catherine — fait arrêter (6 mai 1385) et périr (18 déc.) son oncle dans un cachot. Ayant ainsi réuni sous sa domination les territoires des Visconti, il unit sa fille Valentine (Valentina) Visconti (1366 - Blois 1408) au futur duc Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI, et lui constitue Asti en dot. Il s’empare, en octobre 1387, de Vérone et de Vicence et, en juin 1388, de Padoue, dont il élimine les Della Scala et les Carrare (Carrara) ; il renforce son alliance avec Amédée VIII de Savoie et entre en conflit avec la ligue guelfe animée par Florence, à laquelle il impose la paix boiteuse de 1392. Abandonné par Charles VI, qui projette, dès 1394, de s’attribuer la seigneurie de Gênes, il achète alors à l’empereur Venceslas IV les titres de duc de Milan en 1395, puis de Lombardie en 1397.


Les ducs de Milan et de Lombardie (1395/1397-1447)

Jean-Galéas est désormais l’égal des princes souverains d’Europe ; il dirige un État au commerce prospère, aux finances solides reposant sur de fructueux monopoles (sel, fer, verrerie), aux institutions en voie d’unification rapide, aux armées dirigées par les plus brillants condottieri (Alberico da Barbiano, Jacopo Dal Verme, Facino Cane, Paolo Savelli, etc.). Il met en échec la ligue florentine et achète Pise (1399), Assise et Pérouse. En octobre 1401, il brise sous les murs de Brescia l’armée de l’empereur Robert de Wittelsbach venue au secours des Florentins ; après la victoire de Casalecchio, il s’empare de Bologne, deux mois avant d’expirer, le 3 septembre 1402.

Jean-Marie (Giovanni Maria) 11389-1412] et Philippe-Marie (Filippo Maria) [1392-1447] deviennent alors respectivement duc de Milan (1402-1412) et comte de Pavie (1402-1447) sous la régence de leur mère, Catherine (Caterina) [† 1404]. Brisant les révoltes, restituant Bologne et Pérouse au pape en 1403, celle-ci est incarcérée à Monza sur les ordres de son fils aîné : elle y meurt. Sanguinaire, Jean-Marie laisse se disloquer l’État viscontéen. Il se brouille avec les capitaines d’aventure et est assassiné le 16 mai 1412 sur les marches de l’église San Gottardo. Aidé du condottiere Carmagnola, son frère, Philippe-Marie, se fait acclamer duc de Milan (1412-1447), puis épouse Béatrice de Tende, veuve de Facino Cane, mort également le 16 mai : les biens de Béatrice lui permettent de reconstituer l’unité du duché malgré l’opposition de Venise, qui progresse vers l’ouest depuis 1405. Occupant Lodi, dont il élimine les seigneurs, les Vignati, et Monza, dont le défenseur, Estorre Visconti, fils bâtard de Barnabé, est tué, Philippe-Marie achète Côme, fait décapiter sa femme Béatrice de Tende pour hériter plus rapidement de ses biens (13 sept. 1418). Depuis le château d’Abbiategrasso, où il vit pour échapper à la haine de ses ennemis, il poursuit sa politique d’expansion. Maître de Gênes en 1421, grâce à Carmagnola, et d’Asti, dont les habitants lui offrent la régence en octobre 1422, il reçoit une délégation impériale dans ces deux villes en 1426. Mais, ayant rompu en 1424 avec Carmagnola, qui passe au service de Venise, il doit céder à cette dernière Brescia et Bergame. En 1431, il reprend l’offensive contre les Vénitiens avec l’aide de François (Francesco) Sforza*, à qui il fiance en 1432 sa bâtarde Blanche-Marie (Bianca Maria) [† 1468], et contre les Florentins, battus en 1430 sur le Serchio, puis en 1434 à Castel Bolognese par le condottiere Niccolo Piccinino, passé à son service en 1425.

Un moment brouillé avec son futur gendre, il lui cède Crémone, consent en novembre 1441 à son mariage avec Blanche-Marie et le nomme même capitaine général de son armée. Mais il meurt le 13 août 1447 sans héritiers mâles et sans avoir clairement défini sa succession, que son gendre assume en fait dès 1450 en tant que duc de Milan, mais que revendiquent dès lors les Valois-Orléans ; ceux-ci ne feront valoir leurs droits qu’à la fin du xve s. dans le cadre des guerres d’Italie*.

P. T.

➙ Italie / Lombardie / Milan / Sforza.