Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Vincennes (suite)

L’histoire

Le premier document qui fasse mention de Vincennes pour la première fois remonte à 847 ; Vincennes porte alors le nom de Vilcena. Au xiie s., le roi Louis VII y fit bâtir un manoir, qui servait de rendez-vous de chasse, au milieu des bois dominant la vallée de la Marne.

Cette demeure fut agrandie ou reconstruite à plusieurs reprises. Philippe Auguste l’embellit, et Saint Louis prit plaisir à y séjourner ; le chroniqueur Joinville a lui-même rapporté l’épisode célèbre du chêne de Vincennes : « Maintes fois ai vu que le bon saint, après qu’il avait ouï messe, il se allait esbattre au bois de Vincennes et se seoit au pied d’un chesne et nous faisait asseoir tout auprès de luy. Et tous ceux qui avaient affaire à luy, venaient à luy parler sans ce que aucun huissier ne autre leur donnast empeschement. »

Après Saint Louis, les rois de France résidèrent souvent à Vincennes ; Louis X le Hutin, Philippe V le Long et Charles IV le Bel y moururent. Mais ce sont les Valois qui firent édifier le château actuel, un des spécimens les plus importants de l’architecture militaire du Moyen Âge. Philippe VI de Valois fit commencer en 1337 les travaux, qui furent achevés sous son petit-fils Charles V, lequel entreprit en outre en 1379 la construction de la chapelle, imitée de la Sainte-Chapelle de Paris. Le roi d’Angleterre Henri V mourut à Vincennes en 1422, ainsi que Charles IX en 1574 et le cardinal Mazarin en 1661.

Le donjon de Vincennes servit également de prison à partir du règne de Louis XI ; d’illustres personnages y furent enfermés, comme le prince Henri II de Condé en 1617, Saint-Cyran sous Richelieu, le Grand Condé, le prince de Conti, le duc de Longueville et le cardinal de Retz durant la Fronde ; plus tard, on y vit Diderot, Mirabeau et le marquis de Sade.

La prison fut supprimée en 1784. Dans la nuit du 20 au 21 mars 1804, Bonaparte faisait fusiller dans les douves du château, après une parodie de jugement, le duc d’Enghien, qu’il avait fait enlever du territoire badois. La forteresse fut illustrée en 1814 et en 1815 par son gouverneur, le général Daumesnil, dit la « Jambe de Bois », qui la défendit contre les Alliés. En 1830, Daumesnil sauva des fureurs de la populace les ministres de Charles X, dont le prince de Polignac, qui y avaient été incarcérés.

En 1860, le bois de Vincennes était acquis par la Ville de Paris, qui le fit aménager par Jean-Charles Alphand.

P. R.

 G. Poncet de La Grave, Mémoires intéressans pour servir à l’histoire de France, t. I et II contenant Vincennes et toutes ses dépendances (Nyon l’aîné, 1788). / M. Lemarchand, le Château royal de Vincennes, de son origine à nos jours (Daragon, 1907). / M. de Pradel de Lamase, le Château de Vincennes (Calmann-Lévy, 1932). / A. Hurtret, les Tragédies de Vincennes (Éd. de Fontenelle, 1947). / M. Enjalric, le château de Vincennes (Nouv. éd. latines, 1975).

Vincent de Paul (saint)

Prêtre français (Pouy [auj. Saint-Vincent-de-Paul] 1581 - Paris 1660).



Une vocation

De naissance modeste, ce paysan landais, au savoureux accent et au solide bon sens, manifeste jeune une intelligence vive. Élève des cordeliers de Dax, puis étudiant à la faculté de théologie de Toulouse, il est ordonné prêtre en 1600. On perd ensuite sa trace pendant plusieurs années. Un seul document mentionne le fait qu’au cours d’un voyage maritime de Marseille à Narbonne il est pris par des Barbaresques, emmené à Tunis et vendu à un alchimiste, qui le traite bien (1605).

En 1607, Vincent réussit à s’enfuir et se rend à Rome, où le vice-légat le charge d’une mission diplomatique — imprécise — auprès d’Henri IV. Aumônier de Marguerite de Valois (1610), il se lie avec Bérulle*, qu’il choisit comme directeur de conscience. Curé de Clichy en 1612, il est choisi, l’année suivante, comme précepteur des enfants de Philippe-Emmanuel de Condi, gouverneur général des galères.

C’est de cette époque que date ce qu’il a appelé sa « conversion », c’est-à-dire le vœu de se consacrer à Dieu dans les pauvres, ces pauvres qui pullulent dans la France de la minorité de Louis XIII. En 1617, curé de Châtillon-sur-Chalaronne, où il prend contact avec une misère physique et morale innommable, Vincent fonde sa première Confrérie de la Charité. De retour chez les Gondi, il se fait missionnaire sur les terres du comte, rencontre saint François* de Sales et devient aumônier général des galères (1619). Tout en multipliant les actions en faveur des déshérités, des paysans ruinés par les guerres et des enfants trouvés, il accepte de devenir le supérieur de la Visitation et le principal du collège des Bons-Enfants.

Quand Mme de Gondi décide, en 1624, de consacrer 45 000 livres à l’établissement d’une mission permanente parmi les paysans de ses domaines, il entreprend de créer une équipe spécialisée pour l’apostolat rural : c’est la Société des Prêtres de la Mission (1625), dits « Lazaristes » parce qu’en 1632 ses membres s’établiront au prieuré de Saint-Lazare. Cette société est approuvée par le pape Urbain VIII (bulle Salvatoris nostri, 12 janv. 1633). À ses missionnaires, Vincent recommande d’éviter les « prédications peignées » à la mode du temps et de parler avec simplicité aux pauvres gens de la campagne.

Convaincu que l’avenir de l’Église dépend du sacerdoce et déplorant l’état misérable du clergé d’alors, il crée d’abord à Beauvais (1628), puis à Paris des retraites d’ordinands (futurs prêtres), auxquels viennent se joindre des ecclésiastiques chargés d’âmes. En 1633, il élargit son champ d’action en instituant à Saint-Lazare les conférences « du mardi », auxquelles assistent toute l’élite du clergé et nombre de futurs évêques, dont Bossuet, qui écrira : « Nous l’écoutions avec avidité, sentant bien que se réalisait en lui ce mot de l’apôtre : si quelqu’un parle, que ses paroles soient comme des paroles de Dieu. » Par la suite et jusqu’à nos jours, les Lazaristes prendront la direction de nombreux séminaires diocésains.