Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

adaptation (suite)

 R. B. Goldschmidt, The Material Basis of Evolution (New York, 1940) ; Understanding Heredity. An Introduction to Genetics (New York, 1952). / G. G. Simpson, Tempo and Mode in Evolution (New York, 1944 ; trad. fr. Rythme et modalités de l’évolution, A. Michel, 1950) ; The Meaning of Evolution. A Study of the History of Life and of its Significance for Man (Londres, 1950 ; trad. fr. l’Évolution et sa signification, Payot, 1952). / L. Cuénot, l’Évolution biologique (Masson, 1951). / A. Tétry, « l’Adaptation » in la Biologie (Gallimard, « Encycl. de la Pléiade », 1965). / P.-P. Grassé, « l’Adaptation » in Biologie générale (Masson, 1966). / J. Ruffié, Hémotypologie et évolution du groupe humain (Hermann, 1966).

Addis-Abeba

ou Addis-Ababa, capitale de l’Éthiopie et de la province du Choa, au pied des hauteurs d’Entotto, à 2 500 m d’altitude ; 1 012 000 hab.


C’est près de la source thermale de Filoha que l’empereur Ménélik II fonda, en 1886-1889, la nouvelle capitale de son État : Addis-Abeba (la « Nouvelle Fleur »). Ce fut d’abord une capitale semblable à la dizaine d’autres villes qui l’avaient précédée, destinée à être abandonnée quand s’épuiserait le bois des environs. Mais elle fut sauvée par le développement de plantations d’eucalyptus, alors que Ménélik II se préparait à changer de résidence. Plus tard, sa pérennité fut assurée par son rôle de symbole de la conquête coloniale pour les Italiens (la ville fut occupée en 1936), puis de l’indépendance retrouvée (après sa libération en 1941).

La situation de la ville est centrale, au cœur du pays. Le climat est sain. Les températures oscillent entre 14,5 °C (en décembre) et 18,5 °C (en mai). Le total des précipitations approche 1 300 mm, répartis sur plus de 100 jours. En revanche, l’altitude provoque un accroissement de fatigue pour les habitants. Le site est accidenté : l’agglomération s’étend sur une pente dominée au nord-nord-ouest par un escarpement de faille de 300 m, entaillée de ravins et accidentée de collines.

Le paysage urbain est discontinu, constitué de noyaux perchés sur des mamelons et communiquant difficilement entre eux. Le plus ancien entoure le Guebbi (palais) de Ménélik II ; au nord-ouest, sur une autre colline, se dresse la cathédrale Saint-Georges, près de la grande place circulaire du vieux marché. Les Italiens ont développé deux autres quartiers, l’un commercial et industriel, le second, au sud, résidentiel. Sur une superficie voisine de 50 km2 règnent en fait le plus grand désordre, les plus vifs contrastes. La vieille ville, faite de « sefer » (propriétés) à maisons de « tchika » (boue et paille), est parcourue de ruelles tortueuses. Depuis la constitution de l’O. U. A. (Organisation de l’unité africaine), créée à Addis-Abeba en 1963, se multiplient les larges artères bordées d’immeubles modernes. Bois et espaces construits alternent. Autour de la ville même demeurent, isolées ou groupées en hameaux, les traditionnelles habitations cylindro-coniques, à toit de paille.

La croissance de la population est fulgurante depuis moins d’un demi-siècle : 100 000 habitants en 1935, près de 200 000 en 1946, plus d’un million en 1976. La ville est une mosaïque d’ethnies, parmi lesquelles dominent les Amharas, précédant les Gallas ; les Italiens ne constituent plus que 15 p. 100 environ des 25 000 étrangers de la ville. L’unité vient de la religion copte et de l’usage de la langue amharique (bien que le galla et aussi l’anglais soient utilisés).

La population active ne représente guère que 15 p. 100 de la population totale. Le rôle de capitale nationale et même internationale (siège de réunions panafricaines) demeure fondamental. La fonction culturelle est favorisée par la présence de l’université Hailé-Sélassié. Bien que fournissant la majeure partie de la production nationale, l’industrie est peu développée et reste surtout à un niveau artisanal. Parmi la centaine d’entreprises implantées dominent les huileries, les ateliers travaillant le coton, le tabac et le café. Le rôle commercial est plus important. Sur le plan international, la ville est reliée par voie ferrée au port français de Djibouti, qui a longtemps constitué le débouché maritime unique du pays. Le commerce intérieur est surtout assuré par des Yéménites, des Indiens, des Arméniens.

Le déplacement de la capitale vers des régions plus basses, plus faciles d’accès et plus proches des principales productions nationales (café, oléagineux, canne à sucre), a pu être envisagé, mais les obstacles sont grands. La perte de la fonction de capitale entraînerait sa ruine, mais la tradition maintenant instaurée, le peu d’intérêt des Amharas pour les régions basses et divers autres facteurs assurent en fait le maintien d’Addis-Abeba comme capitale et seule métropole de l’Éthiopie.

G. D.

 E. Berlan, Addis-Abeba, la plut haute ville d’Afrique. Étude géographique (Imprimerie Allier, Genoble, 1964).

Addison (Joseph)

Poète et essayiste anglais (Milston, 1672 - Londres 1719).


« Quelles sont à votre avis les principales qualités nécessaires à un bon poète ? », écrivait un jour au Spectator, dont Addison était le principal rédacteur, un de ses correspondants. Dans le no 314 du journal, « Monsieur le Spectateur » répondait : « Qu’il soit un homme bien élevé. » Cette définition s’adapte parfaitement à la personnalité d’Addison. Il est dans la vie le « gentleman » qu’il ne cesse de prôner dans son œuvre. Homme droit sans raideur, intelligent avec modestie, il mène, à l’écart des compromissions, la plus brillante carrière politique dans un temps difficile d’âpres batailles pour le pouvoir entre les wighs et les tories. Il échappe aussi bien à l’opportunisme de Swift qu’aux doutes qui ont jeté une ombre sur la réputation de Defoe. En toutes circonstances il conserve une parfaite courtoisie, fût-il injustement attaqué par l’irascible Pope. Il gagne même l’estime de ses adversaires. Les tories ne lui tiennent pas rigueur de son poème sur la victoire de Blenheim (The Campaign, 1705) et applaudissent au succès de son Cato (1713), peut-être plus fort que ses propres amis. Cependant il ne serait probablement resté qu’un simple modèle du parfait gentleman, auteur de vers latins et de poésies de circonstance (Poem to His Majesty, 1695 ; Pax Gulielmi, 1697 ; Letter from Italy, 1704), si, en 1709, à son retour d’Irlande, où il a été le premier secrétaire du vice-roi, le hasard ne lui avait fait retrouver son condisciple et ami, Steele. Celui-ci vient de fonder The Tatler (« le Babillard »). Il en est à son quatre-vingtième numéro quand Addison entre dans l’association qui les conduira à lancer ensemble un nouveau journal, The Spectator (« le Spectateur »), le 1er mars 1711. C’est dans The Spectator qu’Addison va s’employer à atteindre le but qu’il s’est assigné dès le début de sa collaboration au Tatler : faire passer son idéal de la bonne éducation dans la masse de ses lecteurs. Les circonstances sont favorables. À l’éclat de la société brillante mais débauchée de la Restauration a succédé un ton de vie morose et vertueux à l’image des nouveaux souverains, Guillaume III et la reine Marie. Mais le changement n’est que de façade. Il reste à entreprendre un grand travail en profondeur pour transformer l’état d’esprit des Anglais. La presse de plus en plus libre, mieux diffusée et plus lue, peut prétendre à cette mission. Au moment où Addison se lance sur les traces de la « Review » de Defoe, sa grande intuition est de penser son journal en fonction, non de la cour, des aristocrates ou des partis, mais de ceux qui sont les plus aptes par leur nombre et leur action à propager la réforme des mœurs : la petite bourgeoisie, les marchands, les femmes. Ainsi, The Spectator, très instruit, curieux de toutes choses, ayant beaucoup voyagé et observé, selon ses propres paroles (no 1 du 1er mars 1711), devient le compagnon de tous les instants d’un public qui se révèle nombreux, attentif et fidèle. Paraissant tous les jours, sauf le dimanche, il se fait l’écho, en des « essais » qui sont un modèle du genre, de causeries amicales et de bon ton entre les membres d’un club imaginé par Steele. Parmi ces personnages d’âge, de métier et de caractère différents, « sir Roger de Coverley » ne tarde pas à devenir le symbole du gentilhomme campagnard anglais. Cette figure d’homme aimablement original et d’un idéalisme mesuré va se perpétuer sous des aspects divers à travers la littérature anglaise, chez Goldsmith, Sterne, Jane Austen ou Dickens et même, plus près de nous, par un long détour, dans l’œuvre d’Agatha Christie ou de P. G. Wodehouse. Les femmes ont pour la première fois un porte-parole ou du moins un défenseur en la personne de « Will Honeycomb » et ne sont pas les dernières à écrire à « Mister Spectator », inaugurant en quelque sorte le « courrier des lectrices ». Cette apparente légèreté des propos, ce ton aimable ne doivent pas masquer les arrière-pensées bien définies d’Addison. Son grand dessein est d’introduire la tolérance et la décence en modifiant les critères de valeur qui s’attachent sans réserve au « cavalier » libertin et cynique ou au « puritain » austère et intransigeant. Pour l’honnête homme il apparaît d’abord indispensable de s’éloigner des affrontements politiques, causes de division nationale : «... mon journal ne contient pas un mot de nouvelles, ni une réflexion politique, ni esprit de parti... » L’honnête homme, encore, n’écoute ou ne dit rien qui risque de choquer la bienséance, «... ni récits d’infidélités élégantes, ni idées déshonnêtes... ». Enfin l’honnête homme se montre respectueux des institutions que chacun doit pouvoir adopter sans sombrer sous les quolibets ou soulever les haines violentes qui ont ensanglanté l’Angleterre de Cromwell. « Honorez les dieux suivant les coutumes établies », préconise Addison, qui s’oppose au rigorisme funèbre mais se refuse aux « satires contre le clergé, le mariage et autres objets populaires de railleries ». Cette mesure et ce bon sens se manifestent encore dans sa conception de l’éducation des lecteurs. Rappelant Montaigne, il se propose de fournir au public, non une érudition fastidieuse, mais les éléments de connaissance les plus propres à lui donner le goût de la curiosité intellectuelle et à lui permettre de s’instruire lui-même. Pour Addison, l’ultime image du « gentleman » se trouve incarnée dans le « critique » qui réalise « la plus haute perfection d’un homme accompli », et c’est ainsi qu’il nous apparaît dans ses « essais » sur Milton ou Shakespeare.