Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Viêt-nam (suite)

Avant 1939, les paysans étaient, en majorité, propriétaires, mais de très petites superficies, cependant que des propriétaires absentéistes, véritables « rentiers du sol », acquéraient une part notable des terres, qu’ils louaient à des fermiers à taux très élevés, que les prolétaires étaient nombreux et ne bénéficiaient au mieux que des terres communales. Favorisée par le départ vers le sud de quelque 150 000 familles (représentant environ 800 000 personnes), une réforme agraire radicale fut accomplie en 1956. Elle aboutit à la présence exclusive de petits propriétaires paysans. À ce stade fut mise en place, peu à peu, une agriculture socialiste : « groupements d’échange de travail », puis « coopératives », enfin « coopératives socialistes », où la terre est devenue propriété collective.

La forme unique de peuplement est restée le village, fortement groupé, clos de haies, siège d’une commune particulièrement forte, dont on peut penser qu’elle est un élément important de l’organisation des « coopératives socialistes ». Les villes sont peu nombreuses. Nam Dinh a une importante usine cotonnière (ancienne « Cotonnière » du protectorat). Haiphong est un port médiocre sur le Cua Cam, principal défluent du Sông Thai Binh, malheureusement envahi par les alluvions du fleuve Rouge, mais c’est le principal port de la république et un important centre industriel (cimenterie). Hanoi*, à la tête du delta du Sông Koi, a un rôle politique essentiel, mais est devenue aussi, par la volonté des dirigeants, un grand centre industriel (brasserie, textiles, pneumatiques, machines-outils).

Depuis 1954, l’État a réalisé, dans des conditions particulièrement difficiles, d’importants progrès industriels et agricoles (la production de riz est de 5 Mt). Mais les deltas sont en réalité, surpeuplés. Dans le delta du Tonkin, la densité moyenne, presque entièrement rurale, doit être de 600 à 700 habitants au kilomètre carré ; les provinces méridionales dépassent 2 000 habitants au kilomètre carré. C’est une des terres les plus peuplées du monde, et les rendements restent moyens. De plus, la population augmente de 350 000 individus par an. La superficie cultivée par tête d’habitant, très faible, diminue encore : moins de 12 ares en 1962. Le problème du surpeuplement des plaines est dramatique. La réunification du Viêt-nam doit accroître les disponibilités alimentaires nationales, mais, à moins de transfert massif de populations, ne résoudra pas ce problème démographique du Nord.

J. D.


Le Viêt-nam du Sud

174 000 km2 ; 19 000 000 hab. Capit. : Ville-Hô Chi Minh (Saigon).

Le Viêt-nam du Sud comprend à l’ouest des hautes terres (les « Hauts Plateaux »), à l’est un chapelet de petites plaines coincées entre les hautes terres et la mer (« plaines de l’Annam » ou « Trung Phân »), enfin au sud une grande plaine (Nam Phân), qui est, pour l’essentiel, le delta du Mékong.


Les Hauts Plateaux

Géographiquement et administrativement, les Hauts Plateaux ne commencent qu’au sud du 16e parallèle, environ. Plus au nord, en effet, la bande montagneuse qui prolonge l’échine N.-O. - S.-E. du Viêt-nam du Nord et qu’on appelait Cordillère annamitique n’a, en effet, pas de personnalité administrative : elle est divisée entre les différentes provinces côtières. Cela s’explique aisément, car elle n’a que 40 km de large en territoire vietnamien et est facilement franchie au col d’Ai Lao (350 m). Il a été proposé de l’appeler monts d’Annam et d’étendre cette appellation au rebord oriental des Hauts Plateaux sur la mer de Chine, rebord vigoureux et raviné, qui n’est sans doute qu’un escarpement de faille complexe, mais qui a une allure montagnarde.

Les Hauts Plateaux, au sud du 16e parallèle, sont larges de 200 km et couvrent environ 50 000 km2. Leur extrémité septentrionale est un massif cristallin mal connu, le Ngoc An (2 598 m), auquel succède un vaste plateau basaltique (1 000 m environ) entre Kontum et Pleiku. Les hautes terres sont ensuite interrompues par une dépression dite « de l’Ayun », du nom de la rivière qui la draine : cette dépression (500 m) permet des communications faciles entre mer de Chine et Mékong. Nouvelle calotte basaltique, le plateau du Darlac est moins élevé que celui de Pleiku (700 m). L’extrémité méridionale est un véritable bastion : plateau Mnong et plateau Maa, tous deux basaltiques (1 000 m environ), et, plus haut encore, plateau de Dalat (1 500 m), dominé par le volcan du Lang Bian (2 267 m), l’ensemble se terminant par un escarpement vigoureux au-dessus du Nam Phân.

Les Hauts Plateaux ont une puissante originalité humaine. Ils sont peuplés, faiblement d’ailleurs, de populations brunes, dites « proto-indochinoises ». Celles-ci, qui n’ont pas connu l’influence civilisatrice de la Chine ou de l’Inde, pratiquent la culture sur brûlis (à longue jachère, assez remarquablement organisée d’ailleurs et nullement itinérante, dans le cadre de terroirs bien définis), la chasse et la cueillette, habitent des maisons sur pilotis et honorent le buffle, qui est sacrifié lors des fêtes. Elles sont divisées en nombreux groupes ethniques. Les principaux (Sédangs, Bahnars de Kontum, Mnongs, Maas, Stiengs) parlent des langues môn-khmères et sont patrilinéaires ; les Jarais de Pleiku et les Rhadés du Darlac parlent des langues malayo-polynésiennes et sont matrilinéaires. Nombre de ces « montagnards » ont été convertis au christianisme.

Les Vietnamiens n’ont qu’une implantation ponctuelle (station d’altitude de Dalat) ; toutefois, depuis 1954, ils se sont beaucoup accrus par suite de l’arrivée de réfugiés du Nord et aussi de l’implantation de colons venus des plaines côtières surpeuplées. Cela ne va pas sans poser de graves problèmes : les « montagnards » aspirent à l’autonomie.

Les basaltes de Pleiku, du Darlac et du plateau Maa donnent des sols ferralitiques à bonne structure, les « terres rouges », sur lesquels les Français ont créé des plantations : café au Darlac, thé autour de Pleiku, thé et café en pays Maa.