Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Vienne (suite)

Une des originalités est l’École supérieure pour le commerce mondial (Hochschule für Welthandel, créée en 1898), qui marque la tradition commerciale de la ville. Parmi les autres écoles supérieures, on peut citer l’Institut d’agronomie (Hochschule für Bodenkultur), l’École vétérinaire (Tierärztliche Hochschule), l’Académie des beaux-arts, l’Académie des arts appliqués et l’Académie de musique. Il y a une étroite imbrication entre la vie intellectuelle et la vie économique. En y ajoutant le cosmopolitisme viennois, on a peut-être là le fond de l’âme viennoise, qui baigne dans un environnement culturel que très peu de grandes métropoles possèdent. Quant au « Wiener Witz » (l’« humour viennois »), il en est l’expression parlée de l’homme de la rue.


Le premier centre touristique autrichien

Vienne reste une ville cosmopolite, au passé d’une extraordinaire richesse. Les contacts avec les civilisations allemande, tchèque, slovaque, magyare, slave du Sud, pour ne parler que des contacts essentiels, ont laissé des traces profondes dans l’histoire, l’architecture, la culture, en un mot dans la civilisation viennoise. C’est ce dépaysement, agrémenté des charmes d’un milieu urbain différencié, qui attire le touriste. Le tourisme culturel se traduit par la visite des innombrables palais et constructions des trois derniers siècles. Les églises de la vieille ville sont les plus anciennes. Le château de Schönbrunn (le « Versailles viennois »), avec ses salles d’apparat, sa collection de carrosses historiques, son parc et son jardin zoologique, est une attraction majeure. Englobés dans la ville actuelle, ses parcs servent aussi d’aire de détente pour les Viennois. Le Belvédère, flanqué de parcs, n’est pas loin du centre historique. Il renferme les musées d’art autrichien, du Moyen Âge à nos jours. L’ancienne et la nouvelle Hofburg possèdent des salles d’apparat, des musées, mais aussi la célèbre école d’équitation espagnole. Les musées sont nombreux dans la vieille ville. Une certaine homogénéité de l’architecture donne l’impression de puissance, qui fut celle de l’Empire autrichien. Le principal problème est d’« actualiser » ou de « fonctionnaliser » l’énorme héritage monarchique et impérial : d’où l’organisation de manifestations de niveau international. La Foire internationale de Vienne se tient en mars et en septembre. Le fameux parc d’attractions du Prater ouvre ses portes chaque 1er mai. Le festival de Vienne, consacré à la musique et au théâtre, se tient en mai-juin. D’autres spectacles de valeur sont organisés en juillet et en août, en utilisant un cadre architectural approprié. L’automne voit l’ouverture de la saison de l’opéra. Mais on reste loin des splendeurs impériales, lorsque empereur et Cour constituaient autant d’attractions que les artistes sur scène. Vienne, à la tradition si riche, reste une des capitales mondiales de la musique. Le cosmopolitisme culturel a subi un rude coup avec le démembrement de l’Empire, mais il faut souligner les efforts faits pour maintenir l’ouverture sur le monde extérieur. L’Exposition internationale d’horticulture de 1974 illustre cette dernière idée. Le parc de la WIG 74 (Wiener Internationale Gartenschau) présente les plus grandes floralies du monde.

Les environs de Vienne ne sont pas moins attrayants. Le Weinviertel, au nord du Danube, s’orne de villages viticoles, où les viticulteurs offrent le « Heuriger » (« vin nouveau »). Les caves creusées dans le lœss ajoutent au pittoresque.

La Wienerwald pourrait raconter des pages entières de la civilisation viennoise. Fuyant les chaleurs de l’été viennois, les membres de la Cour, les nobles et les bourgeois ont cherché la « Sommerfrische » dans la forêt, dernière expression qui devait être plus tard synonyme de vacances d’été.

F. R.


L’histoire


Les origines, le Moyen Âge

Le noyau de la cité (Ier arrondissement, die « Innere Stadt ») occupe une terrasse surplombant de peu un bras de fleuve, l’actuel « canal du Danube » (Donaukanal). Cette terrasse, à l’abri des inondations, fut sans doute déjà occupée par les Celtes et même par les Illyriens. En tout cas, les Romains y établirent au ier s. de notre ère un camp de légionnaires. Détruite par les Quades et les Marcomans en 166, Vindobona (nom d’origine celtique) est reconstruite en 170 par l’empereur Marc Aurèle et élevée en 213 au rang de municipium. Le site semble avoir été abandonné en 395 après la rupture du limes.

La fondation des premières églises Saint-Rupert (Ruprechtskirche) et Saint-Pierre (Peterskirche) remonte sans doute au viiie s. Au xiie s., la ville devient résidence des ducs d’Autriche de la maison de Babenberg et connaît une première période de prospérité ; elle est un centre commercial important grâce à sa situation sur la voie fluviale, d’une part, et sur la route de l’ambre, qui relie la Méditerranée à la Baltique, de l’autre. Cette prospérité se maintient sous la domination du roi de Bohême Otakar II Přemysl, héritier des Babenberg. En 1276, l’empereur Rodolphe de Habsbourg, vainqueur d’Otakar, s’empare de la ville, qui, économiquement, souffre de ces guerres successorales. De l’essor économique de la ville au xive s. témoignent un certain nombre d’édifices gothiques conservés malgré les guerres et les sièges dont la ville aura à souffrir : cathédrale Saint-Étienne (Stephansdom), église Maria am Gestade, noyau du « château » (Burg). Au xve s. et au début du xvie s. — en particulier sous la domination du roi de Hongrie Mathias Ier* Corvin — Vienne continue de prospérer.


Les temps modernes

Au début du xvie s., la poussée turque interrompt les voies de communication de l’Est : Vienne, qui ne peut plus jouer son rôle de relais économique, devient le centre administratif de l’empire des Habsbourg*, qui héritent des couronnes de Hongrie et de Bohême. En 1529, un premier assaut turc est repoussé. La ville, passée à la Réforme, est ramenée au catholicisme avec l’aide des Jésuites. L’influence culturelle espagnole et italienne devient prépondérante et marque d’une façon indélébile le « baroque » autrichien. En 1683, l’armée turque assiège de nouveau la ville ; elle est repoussée après la victoire — sur les pentes du Kahlenberg — des troupes alliées commandées par le roi de Pologne, Jean* Sobieski. La ville, en grande partie démolie, est reconstruite dans le nouveau style baroque à la mode.