Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Vienne (suite)

La Ungarische Landstrasse, l’axe routier principal, avait pour objet fondamental, jusqu’à l’avènement de la voie ferrée, de ravitailler la ville en produits alimentaires. La construction des chemins de fer et des gares amena dans cette région de la ville un cloisonnement qui fractionne et isole un certain nombre de quartiers. Simmering a été longtemps une aire purement agricole, avant de recueillir les maraîchers chassés par l’expansion urbaine. Puis la commune a utilisé une partie des terrains pour y implanter des abattoirs ainsi que des usines à gaz et à électricité ; s’y ajoutent l’arsenal et d’autres entreprises, qui font de la partie extérieure du sud-est de la ville une zone essentiellement industrielle. La proximité de Schwechat, le centre autrichien du raffinage du pétrole, ne fait qu’accentuer cette orientation.

• Les quartiers de la rive gauche ; l’exemple de Floridsdorf. Au nord du Danube, les quartiers ne sont pas homogènes, mais celui de Floridsdorf, véritable ville, est le plus expressif. La localité a été créée en 1786. Sa fonction de passage dominait, mais les prés servaient d’embouche aux marchands de bestiaux de Vienne. L’industrie s’y installa d’abord sous la forme d’ateliers de constructions ferroviaires. Puis ce fut l’époque de l’industrie mécanique et chimique. La population ouvrière domine. Les demeures luxueuses sont rares. Aussi Floridsdorf a-t-elle des aspects plus prolétaires que d’autres quartiers. Il s’y ajoute un certain caractère d’inachevé du fait de l’avortement des plans d’expansion en 1918. Ce caractère est encore assez visible dans la Brünner et la Pragerstrasse. Un effort d’adaptation est cependant fait. Depuis 1945, Floridsdorf est un des quartiers où la construction est la plus active.


Espaces verts et héritage historique

Le charme de Vienne tient moins au Danube qu’à la ville proprement dite. Les espaces verts représentent en partie les restes des parcs des propriétés féodales. Certains gardent leur style historique, tel le Belvédère, qui allie les aspects de la Renaissance italienne et du baroque français. Le parc de Schönbrunn est d’inspiration française. C’est sous Joseph II, le despote éclairé, que nombre de parcs furent rendus accessibles à la population. Le début d’une politique des espaces verts est indiscutablement lié à cet empereur : ce dernier non seulement ouvrit au public (1766) les immenses espaces verts du Prater, mais encore transforma le glacis de fortifications en une ceinture d’espaces verts ouverte au peuple. En mettant en place une administration communale, il préparait l’avenir. En effet, la municipalité acquit nombre de parcs aristocratiques (Esterházy, Schönborn, Arenberg), qui, autrement, eussent été victimes des promoteurs immobiliers. Cette politique fut imitée par des communes alors encore autonomes, comme Döbling et Währing, au nord-ouest de la ville (Türkenschanzpark). Les autorités communales laissèrent en parc certaines parcelles rectangulaires au milieu des blocs construits au xixe s.

Après la Première Guerre mondiale, la commune, dans le cadre des « constructions sociales », envisagea également des « espaces verts sociaux ». La politique municipale visait à introduire dans le noyau urbain ancien des espaces verts en nombre suffisant, en fonction des possibilités d’achats de terrains ou d’immeubles.

La mise en place de terrains de sport s’est opérée selon la même politique. Le quartier du Prater a servi dès le xixe s. au sport noble par excellence, l’équitation. Depuis, il est devenu le quartier des loisirs pour Vienne, voire pour l’Autriche entière : terrains de sport (dont le grand stade), zones de loisirs, expositions, etc. Avec l’aménagement tardif du Prater, les rives du Danube sont intégrées dans l’espace fonctionnel de la ville.

Il y a une grande différence entre les deux rives du Danube. Si la ville de rive droite est l’expression historique de l’Autriche, la rive gauche est d’aménagement récent. Les espaces verts sont, ici, plus liés à la politique de construction récente et à l’utilisation de terrains adéquats (méandre recoupé de la Alte Donau) qu’à la mise en valeur et à la conservation d’héritages historiques.


Les aspects démographiques

Vienne est en quelque sorte la matérialisation de la poussée germanique dans les pays danubiens. L’essor démographique a toujours été fortement lié aux conditions politiques. À la fin du xviie s., la ville ne comptait qu’environ 80 000 habitants. La progression fut rapide au xixe s. (160 000 en 1770) : plus de 440 000 en 1840 ; 632 000 en 1869 ; 725 000 en 1880. Après 1840 s’opèrent de nombreuses annexions de communes, mais aussi une immigration cosmopolite. En effet, jusqu’au début du xixe s., l’immigration allemande (bavaroise et rhénane) dominait. Pendant longtemps on pouvait considérer Vienne comme une ville bavaroise. L’affermissement des fonctions impériales altéra la structure démographique. Tchèques, Slovaques, Slovènes, Serbes, Hongrois, Roumains et Polonais vinrent s’établir par milliers. Les Juifs ont toujours constitué une colonie importante (aujourd’hui, ils dépassent légèrement le chiffre de 4 000 personnes). Pour toutes ces raisons, spatiales et démographiques, la croissance était rapide à la vieille de la Première Guerre mondiale. En 1891, la population, avec 1 365 000 habitants, avait presque doublé par rapport à 1880. La décennie suivante connut un ralentissement : 1 674 000 habitants en 1900. Le recensement de 1910 marqua l’apogée : 2 031 000 habitants.

Ce cosmopolitisme faisait écrire à Emmanuel de Martonne : « Le fond germanique reste bien entendu prépondérant, mais aucune ville allemande n’a un esprit aussi peu prussien. » La « légèreté » viennoise est bien l’expression de ce cosmopolitisme que traduit la bigarrure ethnique.

La mortalité dépasse, en moyenne, la natalité de 30 p. 100, si bien que l’évolution brute est négative. Le déficit est important et ne peut être comblé que par l’immigration. Mais celle-ci est beaucoup plus réduite dans un État de 6 500 000 habitants que dans un empire de 50 millions d’habitants.

La structure démographique révèle aussi un vieillissement considérable de la population, puisque 16 p. 100 environ des Viennois sont âgés de plus de soixante-cinq ans. L’avenir démographique dépend largement de la province et de l’immigration étrangère.