Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Avignon (suite)

Représentant des sommes considérables, qui varient de 166 000 florins sous Benoît XII à 481 000 florins sous Grégoire XI, ces recettes se révèlent pourtant insuffisantes pour faire face à des dépenses considérables. Aussi les souverains pontifes doivent-ils emprunter. Les uns sollicitent leurs cardinaux ; d’autres s’adressent aux princes de la maison d’Anjou ; tous enfin recourent aux bons offices des banquiers italiens.

En recourant aux grandes compagnies financières et commerciales florentines pour assurer les transferts de fonds du lieu où ils sont collectés au lieu où ils sont dépensés, c’est-à-dire à Avignon (et, par son relais, à Rome), la papauté contribue au progrès des techniques bancaires ainsi qu’à la promotion de cette ville au rang de capitale financière et bancaire de l’Occident. Dépensant, en effet, leur argent là où la papauté encaisse ses revenus, c’est-à-dire à la périphérie de la chrétienté, les banquiers italiens achètent avec l’argent de l’Église la laine anglaise, les draps flamands et florentins, les pelleteries et métaux des pays baltes, les toiles de France, les épices et les étoffes de soie d’or et d’argent d’Orient, etc. Devenus débiteurs du Saint-Siège, ils peuvent lui vendre directement à Avignon, et parmi bien d’autres produits, les étoffes précieuses nécessaires à la célébration des offices religieux, sans que pour autant il y ait transfert coûteux et dangereux d’espèces métalliques à travers l’Europe. La différence entre le montant des dettes et celui des créances réciproques existant entre les banquiers florentins et la Chambre apostolique est, en effet, finalement réglée par des lettres de change, dont l’usage pénètre ainsi les pays rhodaniens, provençaux et languedociens.


Le déclin et l’époque moderne

Un moment masqué par la présence des papes français et espagnols du grand schisme retirés à Avignon (Clément VII, 1378-1394 ; Benoît XIII, 1394-1403) ainsi que par le luxe des légats pontificaux Pierre de Foix et Giuliano Della Rovere (futur pape Jules II), qui conservent au xve s. une juridiction spirituelle exceptionnelle sur tout le Midi de la France, le déclin d’Avignon s’accentue dès le milieu du xve s. Réduite à 15 000 habitants en 1559, Avignon vit désormais des souvenirs de son passé. Siège d’un archevêché en 1475, qui sera temporairement supprimé de 1801 à 1802 à l’initiative de Bonaparte, elle connaît encore une certaine prospérité au xviie et au xviiie s. Aussi sa population atteint-elle de nouveau 25 000 habitants au xviie s. Réunie plusieurs fois temporairement à la Couronne (1663 ; 1688-1689), Avignon vote son rattachement à la France le 12 juin 1790. Officiellement annexée par le décret du 14 septembre 1791, la ville est érigée en chef-lieu de Vaucluse le 25 juin 1793, avant même que le pape Pie VI ne consente à sa cession par le traité de Tolentino du 19 février 1797. Hostile au fédéralisme en 1793, Avignon se révèle favorable aux Bourbons, ce qui explique les troubles de 1797, les insultes dont elle abreuve Napoléon Ier en route pour l’île d’Elbe en 1814, l’appui qu’elle donne au duc d’Angoulême lors des Cent-Jours en 1815 et l’accueil qu’elle réserve à la bande de Trestaillon, qui assassine le maréchal Brune.

P. T.


La croissance urbaine

La morphologie de la ville est déterminée par deux éléments contraignants qui lui donnent une forme elliptique selon un axe orienté du sud-ouest vers le nord-est ; à l’ouest et au nord, le fleuve bloque la ville ; au sud et à l’est, la voie ferrée gêne son extension. Les étapes du développement urbain se traduisent par une série d’auréoles concentriques à partir du rocher des Doms et en fonction des trois enceintes successives ; la première est d’origine romaine ; la seconde, mérovingienne, s’inscrit à l’intérieur de la précédente ; la muraille médiévale, enfin, traduit une nouvelle ère de prospérité après une contraction de l’habitat, reprenant le premier tracé. L’établissement de la cour pontificale contribuera à l’aménagement de la cité, dont les remparts du xive s. endigueront l’expansion jusqu’à l’époque contemporaine sans constituer cependant une trop grande gêne. Les boulevards extérieurs et les fortifications limitent la ville, qui occupe tout le périmètre à l’intérieur de l’enceinte sans la déborder. À la fin du xixe s., les faubourgs se développent au-delà du double obstacle des remparts et de la voie ferrée, selon les axes de communication, vers Tarascon, Marseille et Lyon. Les habitations gagnent sur la banlieue maraîchère et les prés de Monclar et Saint-Ruf, au sud de la station de chemin de fer ; elles s’étendent le long du rail vers le dépôt S. N. C. F., la gare de triage et Montfavet à l’est ; la proximité de la R. N. 7 attire les constructions au-delà de Saint-Véran, vers Le Pontet, au nord-est. Mais la ville est sortie de son enceinte et a franchi l’obstacle de la voie ferrée, en lotissements désordonnés ; la conséquence immédiate est le report à l’intérieur du tissu urbain nouvellement mis en extension de constructions nouvelles sur des terrains bas et inondables. La dernière étape qui contribue à modeler la physionomie de la ville est la naissance de grands immeubles collectifs qui émaillent de « rideaux » et de « tours » la banlieue avignonnaise.


Le centre-ville

Cependant, parallèlement à cette extension, le périmètre urbain intra muros connaît également quelques aménagements tendant à remodeler le centre par la destruction d’îlots insalubres et la mise en valeur du capital architectural. L’axe essentiel, qui partage la ville en deux secteurs, conduit de la porte de la République (face à la gare) à la place de l’Horloge et son prolongement, la place du Palais. Cette percée rectiligne constitue l’artère principale de la ville ; elle est jalonnée de constructions récentes, telles que la cité administrative ou l’immeuble des Postes, et de façades de vieux hôtels, gothiques ou baroques. Le cœur réel de la ville est la place de l’Horloge avec ses terrasses animées de cafés et restaurants, son théâtre proche de l’hôtel de ville ; le pôle essentiel pour les touristes est le palais des Papes, qui, en dehors de ses richesses historiques, abrite également le festival d’art dramatique longtemps animé par Jean Vilar. Le rocher des Doms conserve également un grand attrait par sa terrasse à pic sur le fleuve et son vaste panorama, des garrigues languedociennes à la cime du Ventoux. Le secteur oriental de la ville compte un certain nombre d’édifices religieux gothiques (Saint-Pierre, Saint-Didier) et la façade classique de l’hôpital Sainte-Marthe, adossé aux remparts est. La partie occidentale compte de beaux hôtels des xviie et xviiie s., l’ancien quartier des Fusteries et celui de la Balance, en voie de rénovation.