Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Vichy (gouvernement de) (suite)

Quand approche la victoire alliée, Laval rejoint les ministres de Vichy à Belfort, puis à Sigmaringen (sept. 1944), refusant de répondre aux invitations du Führer. Il gagne l’Autriche (28 avr. 1945), puis Barcelone (2 mai), mais, interné quelques jours par les Espagnols, il revient à Innsbruck, où les Américains le livrent aux autorités françaises (1er août). Condamné à mort (9 oct.), il tente de s’empoisonner au moment de son exécution ; on le fusille dans l’enceinte de la prison (15 oct.).

P. P.

Le gouvernement de Vichy et la collaboration

Malgré ses affirmations d’indépendance, l’État français est un État satellite de l’Allemagne bien avant la disparition de la « zone libre », le 11 novembre 1942. Sans scrupule, l’occupant pille les richesses du pays, bloque la ligne de démarcation et asphyxie la zone Sud à sa guise.

Le gouvernement du maréchal s’imagine qu’une collaboration politique avec l’Allemagne peut apporter un sort meilleur au pays et, en cas de victoire allemande, une place avantageuse dans l’Europe hitlérienne. Le maréchal Pétain pense surtout à adoucir les conditions de l’armistice et les souffrances des prisonniers en proposant à Hitler une collaboration sur des plans à définir, mais qui justement ne seront jamais clairement définis.

Au vrai, Hitler n’a jamais eu besoin de la France pour réaliser ses desseins. Cependant, à l’automne de 1940, après l’échec de la bataille d’Angleterre, le Führer envisage une coalition méditerranéenne (Espagne, Italie, France) qui permettrait, à travers la péninsule Ibérique et l’Afrique du Nord, d’attaquer Suez. Pierre Laval — qui, dès l’été, souhaitait un renversement des alliances — se laisse tenter par cette perspective. Le 24 octobre 1940, deux jours après l’entrevue Laval-Hitler, a lieu la célèbre rencontre de Montoire-sur-le-Loir où le maréchal et Hitler se donnent une poignée de main. En réalité, la collaboration n’ira pas plus loin, car le chancelier a renoncé à son projet, et ses principaux conseillers militaires (Wilhelm Keitel) comme ses alliés italiens lui montrent tout le danger d’une collaboration militaire avec une France dont ils croyaient qu’elle ne pensait qu’à la revanche (général Weygand).

L’échec de la politique de Montoire est bénéfique en ce sens que l’Afrique du Nord restera « libre » et servira de bastion aux Alliés en novembre 1942. Mais la voie aux plus graves malentendus est ouverte : les « ultras » de la collaboration (Marcel Déat [1894-1955], Jacques Doriot [1898-1945], Fernand de Brinon [1885-1947]) se serviront des paroles du maréchal pour prôner une réconciliation avec l’Allemagne nazie et un alignement de la politique française sur le fascisme. Pour la majorité des Français, la consternation est grande d’entendre le maréchal déclarer qu’« il entrait [...] dans la voie de la collaboration » et que « celle-ci devait être sincère ». Le patriotisme se rebelle, et, si certains pensent que le vieux soldat joue double jeu, d’autres se détachent d’un régime qui trahit si ouvertement ses engagements. Dans quelle mesure le renvoi de Laval le 13 décembre 1940 a-t-il pour motif la volonté de collaboration de ce dernier, dont l’entourage du maréchal ne veut à aucun prix ?

L’amiral Darlan, qui remplace Laval (févr. 1941 - avr. 1942), « supplie le Führer de continuer à collaborer avec la France » et il donne de nombreux gages de sa bonne volonté à l’occupant (épuration de l’administration, tribunaux d’exception contre les « terroristes », création de la Légion des volontaires français [L. V. F.], recrutement — au sein de la Légion française des combattants — d’une minorité plus active qui formera le Service d’ordre légionnaire [S. O. L.]).

Lorsqu’en mai 1941 l’Iraq sort de l’influence anglaise, Darlan propose les aérodromes de Syrie aux avions de la Luftwaffe (6 mai), et ce n’est que de justesse, par l’intervention gaulliste, que la Syrie échappe à l’Axe ; mieux, élargissant la négociation, Darlan propose à Hitler des bases dans l’empire (Bizerte, Dakar) et envisage une intervention de la France dans la guerre. Les protocoles de Paris (21-27 mai), qui découlent de ces négociations, ne seront pourtant jamais ratifiés. Pour les Allemands, les atermoiements de l’amiral et l’opposition systématique du général Weygand à toute inclusion de l’Afrique du Nord dans le conflit manifestent la mauvaise volonté du gouvernement de Vichy avec Pétain, qui vient cependant de sacrifier Weygand. Göring le prend de haut à Saint-Florentin en Bourgogne (1er déc. 1941) : « Monsieur le Maréchal, je voudrais bien savoir qui est le vainqueur et le vaincu ici ? »

Dès le retour de Laval au pouvoir (18 avr. 1942), la « collaboration » devient une exploitation intensive de la France par l’occupant. Laval, l’« homme de la collaboration », vilipendé par les ultras de zone occupée, qui l’accusent de faiblesse, va au-devant des désirs des Allemands pour pouvoir négocier et tenter de regagner ce qu’il vient de céder. Deux faits marquent l’alignement progressif de Vichy sur l’Allemagne : d’une part, l’accélération des prélèvements de main-d’œuvre (« relève » des prisonniers, S. T. O.) [c’est à l’occasion de la relève que Laval déclare « souhaiter la victoire de l’Allemagne » pour éviter le bolchevisme (22 juin 1942)] ; d’autre part, la création de la Milice (janv. 1943), police supplétive de la Gestapo.

Lorsque, le 11 novembre 1942, la zone libre disparaît, le gouvernement de Vichy n’est plus que l’ombre de lui-même. Le maréchal, soucieux de ne pas abandonner les Français, n’a pas voulu gagner l’Afrique du Nord, où Darlan signe sans son accord la reddition des territoires aux Anglo-Saxons. Occasion perdue qui eût clarifié la situation. En fait, jamais la collaboration ne fut payante pour Vichy. Elle n’atténua en rien les exactions et les crimes nazis. Ce fut le principal grief contre les serviteurs du régime lors de la Libération. En condamnant Philippe Pétain, la Haute Cour de justice condamnait une politique que la majorité des Français réprouvait, quelles qu’aient été les restrictions mentales qu’il apportât à son application.

P. M.

➙ Guerre mondiale (Seconde) / Pétain / Résistance.