Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Vestris (les) (suite)

Gaétan Vestris (Gaetano Apolline Baldassare Vestri) [Florence 1729 - Paris 1808] fut incontestablement une des plus grandes figures de la danse française du xviiie s. Formé en Italie, il fait ses débuts à Naples, puis danse à Vienne et en Allemagne. Peu après son arrivée à Paris, il est accepté comme élève à l’Académie royale de musique, en 1748, par Louis Dupré (1697-1774), grâce à sa sœur Teresa, amie du maître de ballet Jean Barthélémy Lany (1718-1786). Il surpassera bientôt son maître, aux dires de Noverre. Très doué en effet, il est « danseur seul » en 1751, emploi qu’il garde jusqu’à sa retraite en 1781. À partir de 1767, il dirige l’école de danse et, de 1770 à 1776, il est maître et compositeur de ballet à l’Opéra, où il a succédé à Dupré. Le surnom de « Dieu de la danse » décerné au grand Dupré lui échoit avec peut-être plus de justesse, Gaétan Vestris mettant dans ses interprétations ce qui manquait, dit-on, à Dupré : « de l’âme ».

La cour de Stuttgart est alors un des hauts lieux de la danse. Gaétan Vestris, comme tous les meilleurs danseurs de l’époque, s’y rend sur l’invitation du duc de Wurtemberg, qui lui offre de royaux cachets. Noverre* est l’ordonnateur des spectacles... Sous sa direction, Vestris acquiert une plus grande expressivité, et sa création, à Stuttgart, en 1763, du rôle de Jason, dans le ballet Médée et Jason de Noverre, est mémorable. Il sut tirer parti de la leçon du chorégraphe. Le ballet tel que le concevait Noverre mettait en valeur ses dons de danseur et d’interprète.

Brillant exécutant, excellent mime, Vestris abandonnait volontiers le masque pour danser le visage découvert, faisant ainsi valoir ses jeux de physionomie et adoptant à cet égard la même attitude que Noverre, qui préconisait cette réforme.

Type du danseur noble par la grâce de son maintien et l’harmonie de ses pas, il était également capable de la plus extraordinaire des virtuosités sans jamais en faire une fin en soi. Par goût, il préférait les danses lentes et majestueuses et savait se faire admirer dans la chaconne.

Marié en 1792 à l’excellente danseuse allemande Anne Heinel (1753-1808), il a, d’une liaison passagère avec la spirituelle danseuse de demi-caractère Marie Allard (1742-1802), un fils, Marie Jean Augustin, dit Auguste.

Auguste Vestris, dit aussi Vestr’Allard ou Vestris II (Paris 1760 - id. 1842), est, toujours d’après Noverre, le « danseur le plus étonnant d’Europe ». Ayant débuté à l’Opéra en 1772, il devient vite célèbre et, dès 1776, il est « danseur seul » et « en double ». Bien plus jeune, Louis Duport (1783-1853) faillit l’éclipser, mais, parti à Saint-Pétersbourg, où il triomphe, ce glorieux rival n’est plus une menace pour son succès.

La danse d’Auguste Vestris est « un chef-d’œuvre de noblesse et de grâce » (Castil-Blaze). Il a hérité de sa mère la vivacité d’exécution et de son père l’allure noble. Mme Vigée-Lebrun l’admire beaucoup et le trouve le danseur le plus surprenant d’Europe. À la différence de son père, qui était d’accord avec les théories et réformes de Noverre, Vestris II donnait à la virtuosité une place prééminente, rejoignant ainsi les danseurs prénoverriens. Son extraordinaire élévation, ses bonds prodigieux d’une ampleur jusqu’alors inconnue lui permettent un étonnant « parcours ». Dans son poème en six chants la Danse ou les Dieux de l’Opéra (publié à Paris en 1806) — inspiré en partie par la rivalité qui oppose Vestris à Duport —, Joseph Berchoux (1762-1839) fait dire à Vestris II : « La pirouette, avant moi, se bornait à trois tours, / Elle n’a plus de borne : on tournerait toujours », et note plus loin à son tour en parlant de Vestris : « Ses mollets à grands coups se heurtaient en huit temps », ce qui semblerait indiquer que Vestris battait l’entrechat huit...

Marié lui aussi à une danseuse, Anne Catherine Augier, il en a un fils, Auguste Armand, qui fait ses débuts de danseur en 1800 à l’Opéra de Paris.

Prodigieusement ambitieux, Gaétan Vestris a un goût immodéré de l’intrigue. Si son talent n’a d’égal que son effarante vanité, ses « mots historiques » (« En Europe, il n’y a que trois grands hommes : moi, Voltaire et le roi de Prusse ») trouvent des compensations dans les confortables recettes de ses spectacles. Auguste, brillant, sensible, musicien, est d’une impudence extrême, mais sa maîtrise et ses pirouettes stupéfient ses contemporains. Les historiens de la danse mettent l’accent sur son style. Ses interprétations (« synthèse de la danse pure et de l’intellectualisme de Noverre ») et sa technique, qui marque une nette évolution sur celle de ses prédécesseurs, acheminent l’art chorégraphique vers le ballet romantique et sa technicité dont, âgé, il aura la révélation sans jamais l’avoir conçu ni entrevu.

Bon pédagogue, il fit travailler Jules Perrot (1810-1892) et forma August Bournonville* et Marius Petipa*.

H. H.

➙ Ballet / Danse.

vétérinaire (art)

Médecine des animaux domestiques.


Hippiatrie, traitement des animaux, prophylaxie des épizooties et des zoonoses, économie de l’élevage, hygiène alimentaire : telles sont les phases de développement qui ont amené l’« art » vétérinaire à la science vétérinaire des temps modernes.

L’évolution s’est poursuivie en deux périodes fort différentes, à la fois par leur durée et par leur rythme — avant et après la création des écoles vétérinaires — pour aboutir à la situation professionnelle actuelle.


La première période

Bien que la maladie ait affecté les animaux avant que la lignée hominienne se soit manifestée, si l’on en juge par les altérations vertébrales relevées chez un Dinosaurien, la médecine vétérinaire ne fait sa bien timide apparition qu’à l’âge de la pierre polie. Le chasseur tend alors à devenir éleveur, domestiquant le Chien, le Cheval et le Renne, la Chèvre et le Mouton, le Porc...

Les premières civilisations, notamment en Mésopotamie, possèdent des lois protégeant l’élevage et réglementant les soins donnés à l’Homme et aux animaux, les interventions restant à caractère sacré.