Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

aviation (suite)

• La bataille d’Angleterre : la décision par l’aviation. Ne pouvant recourir contre l’Angleterre à la bataille aéroterrestre qui lui a si bien réussi jusque-là, Hitler tente d’obtenir la décision en lançant à l’attaque, dès le 10 août 1940, trois flottes aériennes rassemblant les meilleurs appareils de la Luftwaffe ; les raids visent d’abord les ports et les navires, puis les aérodromes du sud et du sud-est de l’Angleterre. À partir du 7 septembre, Londres devient l’objectif principal avec les villes industrielles du Sud. Mais les chasseurs britanniques infligent de telles pertes aux Allemands que ceux-ci se limiteront à attaquer de nuit du début d’octobre jusqu’au mois de mai 1941, où l’offensive prendra pratiquement fin. La Luftwaffe perd deux fois plus d’avions que la R. A. F. et ne peut indéfiniment poursuivre cette bataille, dans laquelle un grand rôle a été joué par les radars, qui multiplient l’efficacité de la chasse. Les destructions causées au potentiel britannique sont très loin d’atteindre ce qui était attendu ; en fait, les Allemands, innovant le bombardement stratégique, éparpillèrent leurs efforts et sous-estimèrent les moyens nécessaires pour abattre un ennemi par le seul emploi de l’aviation ; la leçon devait à l’avenir profiter surtout aux Britanniques.

• En Méditerranée se forge la doctrine d’emploi de l’aviation alliée. La lutte pour la conquête du littoral de l’Afrique du Nord, de l’Égypte au Maroc, s’étend de novembre 1940 à mai 1943. L’aviation y joue un rôle capital, aussi bien en interdisant, à hauteur de Malte ou de la Sicile, des courants de ravitaillement vitaux pour le soutien des opérations qu’en intervenant directement dans la bataille. Chaque phase victorieuse — d’un côté comme de l’autre — est conditionnée par l’obtention de la maîtrise de l’air et marquée par l’étendue des pertes aériennes du vaincu, tournant vite à la catastrophe. De ces campagnes se dégagent pour les Alliés une doctrine d’emploi qui ne changera plus jusqu’à la fin de la guerre : aucune opération terrestre importante n’est entreprise sans une longue « préparation aérienne » du théâtre d’opérations, préparation visant à isoler les forces adverses de leurs courants de ravitaillement lointain et à casser les lignes de communication : voies ferrées, ouvrages d’art routiers, infrastructure de transport.

Cette action de longue haleine (plusieurs mois) est suivie, à la veille de l’offensive, par l’attaque brutale de l’aviation adverse sur ses bases pour conquérir la supériorité aérienne locale et par le harcèlement des arrières immédiats de l’ennemi (dépôts, réserves, postes de commandement, etc.). Les avions interviennent enfin, au cours de la bataille, en appui direct des forces terrestres, aux ordres... et au profit des divisions, voire d’unités inférieures (bataillons), seules capables d’assurer le guidage sur les objectifs tactiques.

• Sur le front russe : appui direct au combat terrestre. Lorsque les Allemands lancent leur offensive contre l’U. R. S. S. le 22 juin 1941, ce pays est peu préparé à supporter l’assaut ; le réarmement n’est décidé que depuis 1939, et si l’aviation soviétique est nombreuse, ses appareils sont surclassés par ceux de la Luftwaffe. Sur le plan de l’emploi, les idées sont simples : l’avion doit contribuer au succès des combats terrestres ; jusqu’à la fin de la guerre, il restera l’auxiliaire de l’armée de terre, n’intervenant pour l’essentiel que sur le champ de bataille et en appui direct des opérations en cours. Les unités d’aviation tactique sont déplacées en fonction des zones d’activité des forces ; même les bombardiers moyens (« Stormoviks »), et parfois l’aviation stratégique réservée du haut commandement, sont mis à la disposition des groupes d’armées pour la durée d’une opération. On retrouve là les doctrines de 1918, remises à jour en fonction des possibilités nouvelles de la technique. C’est surtout le nombre très élevé des avions tactiques en ligne qui caractérise l’aviation soviétique, et, sur le front russe, la Luftwaffe ne parviendra jamais à s’assurer la maîtrise totale de l’air. À partir de 1943, grâce à l’aide américaine et à leur propre effort de production, les Soviétiques disposeront, avant chaque bataille, de la supériorité numérique avec des avions capables de rivaliser avec ceux de leurs adversaires. Il est vrai que la bataille aérienne stratégique des Alliés profitait à l’U. R. S. S., ne serait-ce qu’en immobilisant en Allemagne bon nombre de chasseurs qui auraient pu lui être opposés.

• Bombardements stratégiques sur l’Allemagne. La démonstration de l’éclatante supériorité allemande sur le champ de bataille aéroterrestre interdit aux Britanniques de songer avant longtemps à se mesurer sur le continent avec la Wehrmacht ; l’expérience des bombardements aériens subis par les villes anglaises, malgré leur insuccès final, a cependant convaincu le gouvernement de Londres de la possibilité d’abattre le Reich, pourvu qu’on y emploie des moyens suffisants : la proportion des ressources consacrées à la production de matériel aéronautique sera ainsi supérieure à 55 p. 100 du budget militaire et plus forte que dans aucun autre pays belligérant (Allemagne : 45 p. 100). Dès l’arrivée au pouvoir de Churchill, en mai 1940, toutes limitations des bombardements sur l’Allemagne sont supprimées, mais les moyens disponibles sont réduits et mal adaptés ; la doctrine d’emploi est aussi incertaine que celle des Allemands : sous-estimant les tonnages de bombes nécessaires pour obtenir les destructions voulues, on utilise les avions par petits paquets sur des objectifs très variés (ports, villes, industries, etc.) ; les résultats sont vite réparés par le Reich, occupé à combattre la Russie et tellement sûr d’emporter la victoire avant un an qu’il accepte ces attaques sans modifier sa stratégie générale. Au milieu de 1941, l’analyse scientifique des raids britanniques (rapport Butt) révèle leur faible efficacité : les bombes sont peu puissantes, la navigation de nuit fort imprécise, et la tactique élémentaire. Des mesures sont prises pour pallier toutes ces lacunes, et de nouveaux matériels vont voir le jour : quadrimoteurs « Halifax » et « Lancaster », bombes explosives puissantes, engins incendiaires redoutables, moyens de navigation radio et radars efficaces, tactiques élaborées.