Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Vatican (premier concile du)

Concile œcuménique qui se tint dans la basilique Saint-Pierre de Rome du 8 décembre 1869 au 18 juillet 1870.


Dès avant la publication du Syllabus, Pie IX* s’était ouvert de son projet de convoquer un concile œcuménique pour remédier, « par un moyen extraordinaire, à la détresse extraordinaire de l’Église » (6 déc. 1864). En avril 1865, il consulta une quarantaine d’évêques, qui s’accordèrent sur la nécessité d’un concile. Mais ce n’est qu’en juin 1867 que Pie IX annonça officiellement sa décision. Aussitôt furent mises sur pied des commissions de consulteurs ; on nomma 60 consulteurs résidant à Rome et 36 appelés de l’étranger ; de ces derniers on exclut des théologiens manifestement hostiles à l’ultramontanisme, comme l’Allemand Ignaz von Döllinger (1799-1890). Les consulteurs furent chargés de préparer les matières à discuter et les « schémas » des projets.

Le 29 juin 1868, Pie IX publiait la bulle Aeterni Patris, qui convoquait au concile les évêques et les chefs d’ordre, à l’exclusion des chefs d’État. Un bref du 8 septembre 1868 aux Églises orientales séparées et une lettre du 13 septembre aux protestants n’obtinrent aucune réponse. Les Orientaux s’en tinrent à un silence méprisant ; quant aux protestants, sauf exceptions (chez les luthériens et les anglicans), ils parlèrent de provocation.

Le 6 février 1869 parut dans l’officieuse Civiltà cattolica un article qui affirmait qu’en France beaucoup de catholiques attendaient du futur concile la définition par acclamation de l’infaillibilité pontificale ; cet article provoqua de profonds remous, notamment en Allemagne et en France. En Allemagne, Döllinger publia anonymement dans l’Allgemeine Zeitung d’Augsbourg cinq articles violents qui furent rassemblés en un volume : Der Papst und das Konzil (1869). En France s’affrontèrent avec âpreté les infaillibilistes (Mgr Louis Pie [1815-1880], Louis Veuillot [1813-1883] et l’école de l’Univers), les anti-infaillibilistes (Mgr Georges Darboy [1813-1871], Mgr Félix Dupanloup [1802-1878] et l’école du Correspondant) et les partisans du moyen terme (Mgr Henri Maret [1805-1884]). Ces luttes devaient se transporter au Vatican, d’autant que Pie IX, rompant avec les usages des conciles précédents, imposait la procédure à suivre au concile.

Celui-ci s’ouvrit solennellement le 8 décembre 1869 : plus de 700 pères venus du monde entier représentaient les trois quarts de l’épiscopat catholique. La « majorité » — les partisans d’une définition de l’infaillibilité — était surtout constituée par les évêques d’Italie, d’Espagne, d’Irlande et d’Amérique du Sud ; ses chefs réels furent un modéré, Mgr Victor Deschamps (1810-1883), archevêque de Malines, et un extrémiste, Henry Edward Manning (1808-1892), archevêque de Westminster. La « minorité », qui jugeait inopportune la définition, moins homogène, comprenait la plupart des évêques allemands et austro-hongrois (le cardinal Friedrich von Schwarzenberg [1809-1885], archevêque de Prague ; le cardinal Othmar von Rauscher [1797-1875], archevêque de Vienne) ainsi que plusieurs prélats influents, tels le Croate Josip Strosmajer (Strossmayer [1815-1905]), les Français Jacques Mathieu (1796-1875), Dupanloup, Darboy et une vingtaine de leurs collègues.

Les pères délibérèrent longuement sur la constitution Dei Filius, qui opposait au matérialisme et au panthéisme un exposé de la doctrine catholique sur la Révélation ; la constitution sera votée à l’unanimité dans la troisième session publique (24 avr. 1870). Mais l’opinion mondiale était attirée par les discussions autour d’un autre projet dogmatique, De Ecclesia Christi, qui, en quinze chapitres, traitait de l’Église, du pape et des rapports de l’Église et de l’État ; mais la hâte de certains évêques à faire discuter l’infaillibilité pontificale fit rentrer dans l’ombre ce projet. Car, bien qu’elle ne fût pas spécifiée dans la bulle de convocation, la question de l’infaillibilité dominait toutes les autres.

Le 6 mars 1870, un additif traitant de l’infaillibilité pontificale était annexé au projet De Ecclesia Christi ; la minorité protesta en vain, « appuyée du reste par un certain nombre d’évêques italiens dont le cardinal Pecci (futur Léon XIII), qui, bien que partisans de l’infaillibilité et de sa définition, trouvaient peu sage d’exaspérer l’opposition en intervertissant l’ordre normal des discussions » (R. Aubert).

La discussion générale autour de l’additif eut lieu du 13 mai au 3 juin ; les chefs des deux camps s’y déclarèrent avec éclat. Mais les débats s’éternisant, une discussion spéciale fut organisée (6 juin - 11 juill.). Le fait de la primauté du Saint-Siège et de la perpétuité de cette primauté ne souleva pas de difficultés ; en revanche, les épithètes pleine, ordinaire, immédiate, épiscopale, appliquées à la puissance pontificale, amenèrent d’âpres débats.

Surtout, du 15 juin au 11 juillet eut lieu la discussion du chapitre qui traitait de l’infaillibilité du pape ; elle s’arrêta à un texte qui disait infaillible le pape cum ex cathedra loquitur (« lorsqu’il parle ex cathedra »). Ce texte, substance de la constitution Pastor aeternus, fut présenté au vote nominal des pères le 13 juillet : sur 601 présents, il y eut 451 placet, 88 non placet et 62 placet juxta modum. Des amendements rendirent nécessaire une nouvelle délibération, dans laquelle le texte final de la définition de l’infaillibilité pontificale fut établi.

Ce texte, contrairement aux vœux de la minorité, disait que les définitions ex cathedra du pape « étaient irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église » ; 55 pères protestèrent et quittèrent Rome, si bien que c’est par 533 pères (sur 535 présents) que fut votée la constitution Pastor aeternus (18 juill.). Au milieu d’un orage épouvantable, une immense acclamation salua ce vote.

La guerre franco-allemande commença le lendemain, si bien que la brigade française quitta Rome, dont les Italiens allaient s’emparer dès le 20 septembre ; les pères s’en allèrent. Le 20 octobre, le pape renvoya le concile sine die : il avait à peine commencé.

La soumission des évêques de la minorité fut rapide en France. Dans les pays de langue allemande, la résistance aux décisions du concile prit, autour de Döllinger, la forme d’un schisme : celui des vieux-catholiques qui ne tardèrent pas à rallier l’Église vieille-catholique d’Utrecht, d’origine janséniste.

P. P.