Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Varsovie (suite)

L’armée, forte de 50 000 hommes dès 1808, sert en Espagne (chevau-légers), auprès du roi de Westphalie (Légion de la Vistule) ; elle représente une lourde charge pour les Polonais, mais elle garantit leur indépendance. Ne pouvant empêcher l’offensive autrichienne contre Varsovie le 19 avril 1809, elle s’empare, par contre, de la Galicie, entre à Cracovie le 18 juillet, contribuant à l’issue victorieuse de la cinquième coalition. Le grand-duché est agrandi, par la paix de Vienne du 14 octobre 1809, des départements de Cracovie, de Radom, de Lublin et de Siedlce ; il compte désormais 4 millions d’habitants et 154 000 km2. Convoquée par le Conseil des ministres, investie par Frédéric-Auguste Ier, une Diète extraordinaire érige le grand-duché en Confédération générale du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie le 28 juin 1812, avec l’accord de Napoléon Ier, qui, depuis 1811, laisse espérer aux Polonais la reconstitution totale de leur royaume. Portée à 100 000 hommes, dont la moitié constitue le 5e corps, commandé par Józef Poniatowski, l’armée polonaise se distingue à Smolensk, entre en avant-garde à Moscou, couvre la retraite vers la Berezina, mais ne peut sauver Varsovie et le grand-duché, entièrement occupés par les Russes en février 1813. Elle est regroupée à Cracovie (14 000 hommes, 20 canons) et reste fidèle à Napoléon Ier pendant les campagnes d’Allemagne en 1813 et de France en 1814, se distinguant en particulier à Leipzig, où Poniatowski, nommé maréchal de France, périt dans les eaux de l’Elster en couvrant une nouvelle fois la retraite le 19 octobre 1813.

Le grand-duché, abandonné par Frédéric-Auguste Ier, prisonnier des Alliés depuis la bataille de Leipzig, n’existe déjà plus ; la Russie, l’Autriche, la Prusse et l’Angleterre ont scellé son destin par les accords de Reichenbach du 27 juin 1813, qui préparent sa liquidation par le congrès de Vienne, dont l’Acte final du 9 juin 1815 stipule sa transformation en royaume de Pologne au profit de la Russie, à l’exception des régions de Toruń et de Poznań, qui reviennent à la Prusse, et de Cracovie, érigée en ville libre.

P. T.


La capitale de la république de Pologne depuis 1918

Varsovie, redevenue le 28 novembre 1918 la capitale de la Pologne indépendante, est menacée en août 1920 par l’armée rouge de Toukhatchevski, mais elle est dégagée par la contre-offensive de Piłsudski des 16-18 août, conseillé par le général français Maxime Weygand*.

La ville devient, grâce à ses fonctions commerciales, culturelles et politiques, qui s’ajoutent au rôle industriel, une des grandes capitales de l’Europe orientale : elle dépasse nettement le million d’habitants.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Varsovie subit d’énormes destructions à trois reprises. En septembre 1939, ce sont de sévères bombardements et des combats autour de la ville et dans la ville même, que les Allemands occupent le 27. Ceux-ci rassemblent alors les 400 000 Juifs de la ville dans un ghetto ; 300 000 d’entre eux sont déportés. En avril-mai 1943, le ghetto, qui s’est révolté, est détruit par les nazis, et les Juifs qui y sont parqués sont exterminés. Le 1er août 1944 éclate l’insurrection, commandée par le général Tadeusz Komorowski (1895-1966) dit « le général Bór », qui s’achève le 2 octobre et entraîne l’évacuation forcée de la ville et sa destruction systématique par des commandos spécialisés. Varsovie est libérée le 17 janvier 1945 par les forces polono-soviétiques, qui y transfèrent le Comité national de Lublin immédiatement érigé en gouvernement provisoire.

P. T.


La reconstruction

Le gouvernement polonais décide de garder à Varsovie le titre de capitale et, très vite, fait remettre en état un minimum de bâtiments et de voies de communication. Un bureau d’urbanisme est fondé. Des plans se succèdent : en 1945, en 1949 (reconstitution de l’industrie avec le complexe sidérurgique Warszawa, au nord), en 1956, en 1961 (aménagement du centre et des zones vertes) et en 1965 (plan de vingt ans, en fonction d’une agglomération de 1 600 000 habitants dans la ville même, de 900 000 à la périphérie et donnant la priorité au calcul rationnel des zones de développement, à la définition de grosses unités urbaines au sud, à l’ouest et le long de la Vistule).

La reconstruction a d’abord scrupuleusement respecté l’ancienne trame du tissu urbain et l’ancien style des bâtiments : elle a été avant tout une restauration, entreprise dès les premières années de la Libération. Ainsi ont été fidèlement reconstruits la Vieille Ville (Stare Miasto), la place du Vieux-Marché, la Nouvelle Ville au nord (Nowe Miasto), la cathédrale Saint-Jean et le Palais royal (Zamek).

Hors de ce centre historique ont été reconstruits dans le style d’époque les quartiers situés plus au sud, le long du « faubourg de Cracovie » (Krakowskie przedmieście, avec l’université), l’artère Nowy Świat (le « Nouveau Monde »).

Ailleurs, la reconstruction a sensiblement modifié le tissu urbain antérieur ; des quartiers ruinés furent rasés, et de nouvelles voies tracées. Ainsi se dessine un axe ouest-est qui unit la banlieue ouest à Praga en passant par un tunnel. Deux autres axes aboutissent comme le premier aux nouveaux ponts jetés sur la Vistule, enjambée par trois ponts routiers et deux ponts ferroviaires. L’axe nord-sud se compose de trois larges artères parallèles, dont la principale est la Marszałkowska, qui traverse la nouvelle place de la Constitution. Des quartiers récents s’étendent à la périphérie de ce nouveau centre : ainsi Muranów, en partie construit sur le ghetto. Les édifices de prestige portent encore la marque de l’époque stalinienne, comme le gigantesque palais de la Culture et de la Science, édifié à l’emplacement de l’ancienne gare centrale. Les constructions postérieures à 1960 s’inspirent des styles connus en Occident. L’ensemble de la ville-musée et du centre des administrations, des affaires laisse encore une impression de solennité un peu froide.