Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

variation (suite)

L’interprétation ou les variations d’un contenu

Toute forme étant généralement habitée, son contenu est lié à l’interprétation qui en est faite et en est simultanément tributaire. Dès lors, chaque exécution n’est-elle pas une variation de l’œuvre d’art — copie de l’œuvre intérieure — qui, selon H. Focillon, vit davantage par l’esprit que par la forme ? Dans la restitution d’une page, ancienne ou moderne d’ailleurs, dans sa révélation — ou sa détérioration —, le rôle et la responsabilité de l’exécutant sont donc déterminants. Cette réalité n’a pas empêché certains compositeurs de choisir délibérément d’associer intimement leurs interprètes à l’élaboration de leurs œuvres en leur laissant une part considérable d’activité compositionnelle. L’auteur propose, l’exécutant dispose ! Chaque création devient alors une source vive et parfois improvisée de multiples variations (Archipels de A. Boucourechliev*, Music for piano de J. Cage*, Figures, Doubles, Prismes de P. Boulez*).

P. G.

➙ Forme musicale.

 H. Focillon, la Vie des formes (P. U. F., 1939). / A. Hodeir, les Formes de la musique (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1951 ; 5e éd., 1969). / A. Boucourechliev, Beethoven (Éd. du Seuil, coll. « Microcosme », 1963).

varicelle

Maladie éruptive, contagieuse et habituellement bénigne de l’enfance.


Thomas Huckle Weller (né en 1915) a démontré, en 1953, la parenté virale de la varicelle et du zona*. Ces deux affections sont déterminées par Herpes virus varicellae (virus à A. D. N.) dont l’homme est le seul réservoir.

Passée une période où l’enfant est protégé par les anticorps maternels, le contact est suivi d’une maladie avec virémie (présence du virus dans le sang) : la varicelle. Le zona a une origine endogène avec reviviscence à partir de particules virales latentes au sein des ganglions rachidiens. Il existe également des zonas après contact avec un malade. Ces récidives s’accompagnent d’augmentation du taux des anticorps.

La varicelle atteint les enfants de 2 à 8 ans. Elle est rare mais sévère chez l’adulte. Elle est contagieuse dès le début de la maladie. Le virus peut franchir la barrière placentaire (risque possible de fœtopathie).

L’incubation est silencieuse et l’invasion (vers le 14e jour) est au plus signalée par une fièvre légère.

L’éruption la suit de 24 heures, faite d’éléments maculeux (taches rouges), puis vésiculeux (vésicules), bien séparés, en gouttes de rosée. Puis les vésicules se dessèchent 2 jours plus tard, une croûte les recouvre qui tombe au 10e jour (pas de cicatrice, sauf en cas de grattage).

Au niveau des paumes et plantes, les éléments sont rares et durs ; un énanthème (rougeurs des muqueuses de la bouche) peut s’observer.

Cette éruption évolue en 2 ou 3 poussées à 3 à 4 jours d’intervalle.

Une micropolyadénopathie (nombreux petits ganglions gonflés) peut s’observer. Une leucopénie est habituelle (diminution du nombre des leucocytes). La convalescence est brève.

Les formes cliniques sont dominées par les formes graves de la varicelle : certains sujets (leucémiques, cancéreux, malades traités par corticoïdes ou immunodépresseurs) font des varicelles extensives, hémorragiques avec atteinte viscérale (foie et poumons).

Les complications sont rares : surinfection, atteinte oculaire, néphrites. L’atteinte des poumons est plus fréquente, avec possibilité de manifestations cliniques et radiologiques inquiétantes. Les atteintes nerveuses sont dominées par une encéphalite survenant entre le 3e et le 10e jour avec fièvre, syndrome cérébelleux aigu ; des névrites peuvent s’observer. Les formes graves sont exceptionnelles. Le diagnostic de varicelle est facile le plus souvent. Parfois, le prurigo peut prêter à discussion. Quelques formes graves peuvent faire discuter la variole*.

Le traitement de la varicelle comporte des désinfectants locaux (éosine, violet de gentiane) appliqués sur la peau pour éviter une surinfection streptococcique.

L’isolement doit être très rigoureux à l’hôpital pour éviter la dissémination à des sujets fragiles (traités par corticoïdes).

La cytosine arabinoside peut permettre de limiter l’extension dans les formes graves. Le prurit peut être combattu par les sédatifs (antihistaminiques). La vaccination n’existe pas. Les gammaglobulines (sérum hyperimmum) ont un intérêt chez les sujets fragiles exposés à la contagion.

P. V.

variole

Maladie éruptive très grave, très contagieuse, autrefois pandémique, actuellement circonscrite aux foyers indien et est-africain.


À partir de ces foyers, la variole peut devenir épidémique en raison des facilités actuelles de communication : d’où l’importance des mesures sanitaires internationales et de la vaccination.

Le virus responsable est pathogène uniquement chez l’homme, chez qui il peut être isolé dans les lésions cutanées qu’il détermine (vésicules et croûtes). Les croûtes sont contaminantes longtemps après leur chute, alors que le virus n’est isolable à partir du sang du malade qu’au tout début de la maladie.

Le seul réservoir de virus est le malade, dont la contagiosité est grande, surtout à la phase pustuleuse. Mais la contamination peut se faire indirectement, par les objets ou le linge souillé.


Signes cliniques

La variole régulière (d’intensité moyenne) a une incubation de 12 jours en moyenne (jamais plus de 14 jours). L’invasion est brutale, avec fièvre à 40 °C, douleurs rachidiennes, troubles digestifs.

L’éruption apparaît au 4e jour, d’abord à la face, puis se généralise en 3 jours. Maculeuse (taches rouges), puis papuleuse (boutons), elle devient ensuite vésiculeuse (vésicules). Puis les vésicules se transforment en pustules, avec suppuration et hyperthermie. Les lésions deviennent ensuite croûteuses (10e jour), avec chute thermique, et, en l’absence de complication, le malade guérit, au prix de cicatrices indélébiles.

Les surinfections sont moins fréquentes depuis l’antibiothérapie ; les formes graves, hémorragiques, s’observent encore avec une mortalité lourde. Les varioles bénignes — varioloïde ou variole abortive — s’observent chez les vaccinés. L’alastrim est dû à un virus atténué.

Le diagnostic de la variole est une urgence à la phase éruptive ; certaines varicelles peuvent prêter à confusion, mais elles prédominent au tronc et respectent paumes et plantes.

La vaccine généralisée (v. vaccination), en période d’épidémie, est parfois de diagnostic difficile.

Devant une suspicion de variole importée, le laboratoire peut permettre un diagnostic rapide (microscopie électronique, fluorescente ; immuno-précipitation en gélose ; fixation du complément). La culture cellulaire permet un diagnostic certain.