Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Valois (suite)

Héritiers des deux clercs « poursuivans le roi » du xiiie s., dont le nombre, porté à huit à la fin du xve s., ne cesse d’augmenter au xvie s., les maîtres des requêtes de l’Hôtel rapportent les affaires qui viennent devant les conseils auprès desquels ils sont en service ordinaire ; puis, à partir du règne d’Henri II, ils font périodiquement des chevauchées en province aux fins de contrôler la gestion des officiers du roi. Ainsi se trouve prolongée l’action des conseils, auprès desquels se met en place peu à peu un véritable gouvernement, qui comprend six personnages essentiels. Grand officier de la Couronne, premier personnage de l’État après le roi, le chancelier est le chef inamovible de la magistrature et donc le responsable de la justice ; surtout, il détient le grand sceau de France ; mais, en cas de conflit avec le souverain, il peut être remplacé dans cette fonction par un garde des Sceaux depuis le règne de Louis XI. Le surintendant, qui exerce la direction supérieure des finances, est à la tête du premier service ministériel nettement différencié. Choisi parmi les généraux des finances, tels Guillaume Briçonnet († 1514) sous Charles VIII et Semblançay (1457-1527) sous François Ier, il ne porte pourtant pas le titre de surintendant général des finances, qui ne devient officiel qu’en 1564 et qui est attribué à un grand personnage.

Héritiers des quatre secrétaires des finances recrutés parmi les secrétaires de chancellerie, les secrétaires des commandements du roi de l’époque de François Ier deviennent sous Henri II les secrétaires d’État, dont le titre est officialisé en 1559. Chacun d’eux est alors chargé de l’administration d’un quart du royaume et des relations avec les pays étrangers adjacents. Mais en 1570 l’un d’eux est chargé de la Maison du roi et de la gendarmerie ; en 1589, le second devient responsable des affaires étrangères. Ainsi est amorcée une évolution qui aboutit au xviie s. à l’attribution aux deux derniers secrétaires d’État de la responsabilité réelle de la guerre et de la marine, encore détenues au xvie s. par deux grands officiers de la Couronne : le connétable et l’amiral.


Conclusion

Née du consentement des barons en 1328, la monarchie des Valois a fait de la France médiévale un État moderne. Disposant de ressources financières et militaires considérables et permanentes qui leur permettent jusqu’en 1559 de garantir la sécurité des frontières et l’ordre à l’intérieur, les Valois maintiennent sous leur contrôle direct les organes du pouvoir central diversifiés et spécialisés et sous leur contrôle indirect, par l’intermédiaire de nombreux commissaires, les officiers investis de l’administration locale, mais trop enclins à l’indépendance en raison d’une pratique accrue de la vénalité et de l’hérédité des charges, dont la royauté elle-même tend à tirer profit à partir du règne de François Ier. Tenant la noblesse en tutelle par la Cour et les pensions, contrôlant étroitement le clergé depuis la signature du concordat de Bologne en 1516, flattant la bourgeoisie par la vente d’offices et l’octroi de titres de noblesse usurpés, les Valois travaillent à l’unité du pays, dont témoignent une plus grande cohérence territoriale, la dilatation du domaine royal aux dimensions du royaume, la généralisation de l’emploi de la langue française, illustrée par la Pléiade.

Ainsi s’explique-t-on mieux pourquoi la monarchie a pu triompher et finalement sortir renforcée de la grave crise des guerres de Religion provoquées par la Réforme, entretenues par les Grands (Guise catholiques, Châtillon, Coligny, puis Bourbons protestants), nourries par les passions populaires et aggravées par la crise financière consécutive à la banqueroute de 1557 ainsi que par l’état maladif des trois derniers Valois : François II et peut-être Charles IX sont tuberculeux ; Henri III est syphilitique. Leurs règnes sont courts (François II, 1559-60), les régences sont longues (Charles IX, 1560-1574), leur autorité est contestée sur le plan théorique (en 1573 dans la Franco-Gallia de François Hotman [1524-1590]), et dans les faits leurs adversaires ne se contentent pas de poser le problème du tyrannicide : ils tuent le roi. Pourtant, la monarchie continue à développer son activité législative, notamment sous le règne de l’intelligent Henri III (1574-1589).

En fait, l’attachement des sujets à la personne de leur souverain est assez grand pour que soit surmonté finalement l’obstacle de la religion lorsque, le 1er août 1589, le couteau de Jacques Clément donne pour successeur au catholique Henri III le réformé Henri IV. Ainsi se trouvent soulignées la vigueur de l’action monarchique et la profondeur du sentiment national, à la naissance duquel ont largement participé les Valois.

La cour des Valois

Les origines

Si l’emploi du mot cour (curia) apparaît dès le xe s. pour désigner théoriquement l’ensemble des vassaux du roi réunis pour le conseiller (curia regis), par contre il n’est utilisé qu’à partir du xvie s. pour dénommer le cercle des familiers du souverain, connu sous le nom de compagnie jusqu’au règne de François Ier.

Organisée à l’exemple des cours princières italiennes par la reine Anne de Bretagne aimant le faste et l’adulation, la Cour devient, à partir du règne de François Ier, un instrument à la fois de gouvernement et de révolution des mœurs qui domestique la noblesse et fait de la femme son principal ornement. Contrainte de respecter les préceptes de la politesse courtoise, la Cour voit naître un homme nouveau : le courtisan, dont Baldassare Castiglione trace le portrait dans son célèbre ouvrage Il Cortegiano (le Courtisan, 1528), qui décrit la vie de cour des Montefeltro à Urbino.

La Cour est ambulante. Depuis la révolution parisienne de 1358 et surtout depuis l’avènement de Charles VII en 1422, le roi ne séjourne qu’assez rarement dans ses résidences parisiennes : le Louvre, l’hôtel Saint-Paul, véritable création de Charles V, puis au xvie s. l’hôtel des Tournelles, que Catherine de Médicis fait détruire à la suite de la mort accidentelle d’Henri II. En fait, l’occupation anglaise, les « journées » insurrectionnelles trop fréquentes — de l’émeute des maillotins le 1er mars 1382 à celle des barricades le 12 mai 1588 — détachent les Valois de Paris et les contraignent à séjourner dans les pays du val de Loire, dont ils découvrent alors les douceurs : Charles VII à Chinon, à Tours ou à Bourges, Louis XI à Plessis-lez-Tours, leurs successeurs à Blois, à Chenonceaux, à Amboise. Et, quand ils se rapprochent de la capitale, ils s’établissent à Fontainebleau, à Saint-Germain ou à Vincennes.