Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
V

Valois (suite)

Pour enrayer une telle évolution, qui réduirait la souveraineté royale aux limites du seul domaine, les Valois accordent d’abord leur soutien militaire et moral à ceux d’entre eux que les événements contraignent à être fidèles, tels les comtes de Flandre Louis Ier de Nevers (1328-1346) et, à un moindre degré, Louis II de Mâle (1346-1384). Ils brisent en 1328 à Cassel la révolte des Brugeois et de la Flandre maritime qui se développe depuis 1322, et écrasent en 1382 à Rozebeke celle des tisserands de Gand, d’Ypres et de Bruges, qui s’étend depuis 1379 sous la direction de Filips Van Artevelde (1340-1382).

Le premier des Valois, qui renoue ainsi avec la tradition capétienne, recourt à la Cour des pairs pour faire juger par ses grands vassaux ceux d’entre eux qui manquent à leurs engagements féodaux. Il en est ainsi de Robert d’Artois, condamné au bannissement et à la confiscation de ses biens en avril 1332 pour avoir tenté de spolier du comté d’Artois et sans doute d’empoisonner sa tante Mathilde, décédée en 1329.


Les fils de France et l’institution des apanages

Désireux, par ailleurs, d’établir territorialement leurs fils sans aliéner définitivement le domaine royal, les Valois pourvoient ceux-ci, conformément à la tradition capétienne, de riches apanages qui doivent faire retour à la Couronne, faute d’héritier mâle, selon le principe défini en 1314 par Philippe IV le Bel. Après l’institution par Philippe VI de l’apanage d’Orléans en faveur de son second fils Philippe (1336-1375), en avril 1344, Jean II le Bon (1350-1364) donne généreusement à ses fils Louis et Jean les apanages respectifs d’Anjou et du Berry en 1360, puis à son puîné Philippe celui de Bourgogne en 1363. En octobre 1374, Charles V, bien que très méfiant à l’égard de cette pratique, prévoit la constitution d’un nouvel apanage en faveur de son fils Louis, souche des Valois-Orléans. Devenu en effet duc d’Orléans en 1392, celui-ci laisse à sa mort en 1407 une partie de ses biens à son second fils Jean (1399-1467), alors apanage du comté d’Angoulême et souche des Valois-Angoulême. D’esprit plus moderne, Louis XI accepte pourtant de faire de son frère Charles de France (1446-1472) un prince apanage tour à tour du Berry en 1461, de Normandie en 1465, de Champagne et de Brie en 1468 et enfin de Guyenne en 1469. Au xvie s., François Ier constitue le 12 juin 1540 un apanage pour son troisième fils Charles, avec les duchés d’Orléans et d’Angoulême. Enfin, Charles IX codifie les usages suivis depuis Charles V par l’ordonnance de Moulins de 1566 à l’occasion de la constitution d’un nouvel apanage en faveur de son frère François, duc d’Alençon. Ainsi, l’institution de l’apanage s’est-elle maintenue pratiquement jusqu’à l’extinction de la dynastie des Valois. Nécessaire sans doute pour empêcher le partage du royaume entre les fils du souverain, cette institution n’en a pas moins été très dangereuse pour l’autorité royale. À la fin du xive et au xve siècle, ses bénéficiaires se sont, en effet, employés à donner à leur pouvoir un caractère monarchique en dotant leurs principautés d’un gouvernement central et de services administratifs gérés par de nombreux officiers et disposant de moyens financiers et militaires. À titre d’exemple, le comté de Clermont-en-Beauvaisis, donné en apanage par Saint Louis à son fils Robert (1256-1317), ancêtre des Bourbons, est régi jusqu’à sa disparition en 1527 par un gouverneur, un bailli, un lieutenant général, un receveur général, un procureur général, contrôlés sur le plan judiciaire par des Grands Jours et sur le plan financier par une Chambre des comptes.


Princes apanagés et partis aristocratiques

Instrument d’émancipation des princes du sang, autour desquels se forment, surtout au xve s., des partis aristocratiques (Armagnacs, Bourguignons, Angevins), les apanages constituent la base territoriale à partir de laquelle les cadets de France tentent de mettre en tutelle la monarchie elle-même et de l’entraîner dans de dangereuses aventures extérieures, notamment lorsqu’elle est dans les mains de souverains jeunes, dénués d’expérience ou malades, tels Charles VI, Charles VII et Charles VIII. Soumis de 1380 à 1388 au gouvernement de ses oncles Jean de Berry*, Louis d’Anjou et surtout Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, Charles VI, qui perd la raison en 1392, ne peut empêcher le Bourguignon de disputer au frère du roi, Louis, duc d’Orléans (1392-1407), le gouvernement du royaume. Ainsi débute une lutte à mort qui débouche sur la querelle des Armagnacs et des Bourguignons. Inaugurée par l’assassinat de Louis d’Orléans en novembre 1407 sur l’ordre de son cousin Jean* sans Peur duc de Bourgogne, à son tour abattu au pont de Montereau sans doute par Tanneguy Duchâtel (v. 1368 - v. 1458) le 10 septembre 1419, elle aboutit à l’alliance anglo-bourguignonne de décembre 1419 ; celle-ci favorise la conclusion du désastreux traité de Troyes du 21 mai 1420 reconnaissant aux Lancastres la garde, puis la succession au trône de France aux dépens du futur Charles VII, dont la légitimité est alors officiellement contestée. Discrédités par leurs échecs, privés de leur chef naturel, Charles* d’Orléans, prisonnier des Anglais depuis la défaite d’Azincourt en 1415, les Armagnacs s’effacent en 1425 au profit du parti angevin animé par la reine mère, Yolande d’Aragon, et du parti breton dirigé par le connétable Arthur de Richemont, frère du duc de Bretagne Jean V. Mais, quoique l’intervention fulgurante de Jeanne* d’Arc en 1429-30 ait abattu la puissance anglaise et contraint le duc de Bourgogne, Philippe* le Bon (1419-1467) à se réconcilier avec Charles VII par le traité d’Arras du 21 septembre 1435, la puissance des partis aristocratiques n’en est pas pour autant abattue. Princes apanagés et grands vassaux, mécontents du monopole du pouvoir exercé par les Angevins, réussissent même à gagner à leur cause le dauphin Louis, sous la direction duquel ils se révoltent en 1440 : c’est la Praguerie. Continuellement reconstituée en 1441, en 1442, en 1443, en 1455, en 1458, animée dès lors par Charles d’Orléans enfin libéré et par Philippe le Bon, cette coalition débouche sur la guerre du Bien public, dirigée en 1465 contre Louis XI* par son propre frère et héritier présomptif Charles de France, duc de Berry ; celui-ci n’est que le prête-nom du comte de Charolais, Charles* le Téméraire, qui refuse d’entériner la rétrocession des villes de la Somme par son père au souverain en 1463. En fait, le parti bourguignon ne disparaît qu’après la mort de son dernier chef, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne de 1467 à 1477, qui marque l’« inéluctable victoire de la monarchie sur les grandes principautés », mais qui n’empêche pas une ultime révolte des princes apanagés et des grands vassaux du royaume à la faveur de la minorité de Charles VIII* et de la régence de Pierre II de Bourbon, sire de Beaujeu. Dirigée par les ducs Louis d’Orléans (futur Louis XII) et François de Bretagne, lorsqu’elle éclate en 1485, cette guerre folle se termine par le désastre de Saint-Aubin-du-Cormier en 1488 ; celui-ci facilite la conclusion du traité du 6 décembre 1491, qui prépare l’incorporation de la Bretagne à la France grâce au mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne. Mais, même abattus, les partis aristocratiques lèguent à la monarchie leurs ambitions extérieures : droits des Angevins sur le royaume de Naples, que revendique Charles VIII ; droits des Orléans sur le duché de Milan, que Louis XII veut conquérir ; prétentions impériales de Charles le Téméraire, qui inspirent la candidature de François Ier en 1519 à la succession de Maximilien d’Autriche. Ainsi naissent les guerres d’Italie* et la rivalité des Valois et des Habsbourg, qui ensanglante tout le xvie s. et étend bientôt le conflit aux frontières orientale et septentrionale du royaume.