Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

avalanche (suite)

Les divers facteurs du déclenchement

• Les précipitations. Plus la chute de neige est importante, plus le danger est grand. Au-dessus de 20 cm, il y a risque de déclenchement ; ce risque est grand au-dessus de 50 cm ; au-delà de 1 m, il y a danger pour les bâtiments et les constructions placés sur le trajet de l’avalanche. Le danger créé par une nouvelle chute de neige est d’autant plus grand que la couverture précédente présente une surface dure et gelée. Si la nouvelle chute est très importante, le danger est important, mais passager, car les avalanches se déclenchent pendant la chute, ou la masse se tasse plus rapidement et se stabilise. La pluie constitue un apport de poids, ajoute un film d’eau entre les strates, entre les cristaux ou entre le manteau et le sol. De plus, elle se produit par température supérieure à 0 °C. C’est donc un facteur grave de déclenchement.

• Les strates à faible cohésion. Neige poudreuse, neige coulante facilitent l’écoulement des couches supérieures à la manière d’un lubrifiant. Elles sont difficiles à détecter et d’autant plus dangereuses qu’elles ne changent pas d’état pendant de longues périodes, lorsqu’une ou plusieurs couches les recouvrent.

• Les variations de température. La température du manteau est affectée à une profondeur plus ou moins grande par les variations superficielles dues à l’air, au vent chaud ou au rayonnement solaire. Un réchauffement (même si la température ne dépasse pas 0 °C) diminue la résistance et la cohésion, augmente la plasticité et, par conséquent, favorise le déclenchement. Un refroidissement a des effets contraires, mais gêne la métamorphose de la neige et son tassement. Un refroidissement ne consolide la pente que s’il a été précédé d’un réchauffement au-dessus de 0 °C.

• Le vent. La formation des plaques à vent crée des surfaces compactes, de couleur blanc mat. En général, la croûte formée n’est pas soudée à la neige poudreuse, sous-jacente, ce qui favorise le glissement. De plus, la neige poudreuse continue à se tasser ; il peut ainsi se produire un creux entre les deux strates ; ces « planches » fragiles et mal équilibrées peuvent s’effondrer et déclencher l’avalanche de toute la masse à la moindre surcharge. Sur le versant « au vent », la neige est comprimée ; la croûte, qui atteint une épaisseur plus grande, est soudée à la neige poudreuse. La stabilité est plus grande. C’est sur le versant « sous le vent » que les plaques sont le plus fragiles, le plus instables, le plus dangereuses : ce versant est souvent dominé par des corniches dont l’écroulement peut provoquer le déclenchement de la pente neigeuse située au-dessous.

• Le sol. Par la nature de sa surface, il est plus ou moins favorable au glissement de la neige qu’il supporte. Les éléments favorables au glissement sont les surfaces lisses (herbes, glace, terre gelée). Les éléments d’ancrage sont les forêts, les éboulis anguleux, les gros rochers, non recouverts. C’est souvent au-dessous d’un point d’ancrage que la rupture se fait (traction et absence de plasticité).

• L’inclinaison de la pente. Plus la pente est forte, plus le danger est grand, mais l’équilibre dépend beaucoup de la nature de la neige et de l’existence des couches à faible cohésion. Un profil convexe est plus favorable au déclenchement qu’un profil concave.

• L’exposition. Elle joue un rôle considérable. La probabilité de déclenchement est maximale aux heures chaudes (fin de journée, au printemps notamment) sur les pentes sud. Sur les pentes nord, les neiges se transforment peu, les plaques à vent ont une vie plus longue et les strates poudreuses ou en neige coulante se maintiennent longtemps. Le risque d’avalanche peut ainsi se prolonger pendant tout l’hiver. Sur les pentes orientales, le danger provient du brusque réchauffement matinal et aussi de l’abondance des planches fragiles de neige ; en effet, sur ces versants les chutes de neige ont lieu surtout par vent d’ouest dans les Alpes (Alpes du Nord surtout).


Types courants d’avalanches et leurs effets

On distingue les avalanches de neige à faible cohésion (poudreuse, humide, de printemps), qui prennent naissance en un point, et les avalanches de neige cohérente (plaques), qui se déclenchent sur un front (fig. 5 et 6).


Les avalanches de neige poudreuse

Elles se produisent essentiellement en hiver, même par température basse ou très basse, quelles que soient l’heure et l’orientation. Elles se déclenchent d’une façon foudroyante. L’air et la neige folle mis en mouvement se comportent comme un gaz lourd, pouvant former un aérosol, ce qui constitue un énorme nuage de neige accompagné d’un bruit de tonnerre. La vitesse atteinte est vite considérable (jusqu’à 300 ou 400 km à l’heure), ce qui rend la parade impossible. La masse s’arrête loin de son point de départ, après avoir formé quelquefois des boules plus ou moins sphériques de neige plus ou moins comprimée. Une avalanche de poudreuse, en raison de la vitesse acquise, peut parcourir ainsi une distance considérable et traverser une région horizontale loin de la base de la pente où elle s’est produite (fig. 7). Ces avalanches sont dangereuses par l’effet de souffle, qui possède une énorme puissance de destruction (forêts, maisons, automobiles balayées avant l’arrivée du front de l’avalanche), par l’effet de succion (en arrière et sur les côtés, arbres et hommes peuvent être « aspirés » et projetés dans la pente) et par la pénétration de la masse neigeuse dans les ouvertures existantes ou provoquées par le souffle (locaux emplis en quelques secondes, cristaux dans les voies respiratoires). Toutefois, un homme pris dans une avalanche de ce genre, s’il est encore vivant et si ses voies respiratoires ne sont pas obstruées, peut respirer un certain temps, car la masse contient de l’air et est perméable à l’air.