Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Utrillo (Maurice) (suite)

Ce qu’on appelle la « période blanche », sans doute la meilleure, s’étend de 1909 à 1915 et est constituée de tableaux d’une facture très particulière, où le peintre transcrit les murs blanchâtres de Montmartre en liant ses couleurs à l’aide d’un mélange de colle et de poudre de craie. Bien qu’Utrillo commence à peindre d’après des cartes postales, nul mieux que lui ne restitue le charme désuet des ruelles de la Butte, de ses masures banales, de ses cabarets et de ses « assommoirs » (nombreuses versions du Lapin agile). Paradoxalement, l’œuvre de cet artiste « maudit », par neuf fois interné pour éthylisme, bafoué par tous, injurié, parfois roué de coups dans des bagarres, n’est pas désespérée ; elle est seulement parfois inquiète, avec, au bout, une lueur d’espérance et toujours cette pureté d’un regard d’enfant.

Dès 1910, des critiques et des écrivains s’intéressent à Utrillo : Élie Faure, Octave Mirbeau... ; Francis Jourdain l’invite au Salon d’automne. La première exposition particulière du peintre a lieu en 1913 à la galerie Eugène Blot. Utrillo cerne alors ses volumes d’un graphisme soutenu, rectiligne, puis anime ses ruelles, naguère désertes, de petits personnages cocasses, surtout des femmes, dont il accentuera par la suite les proportions : buste court, fessier volumineux. Après son exposition à la galerie Lepoutre en 1919, il connaît la célébrité et est dégagé de tout souci pécuniaire.

Surveillé par sa mère et par André Utter, qui l’empêchent de boire, presque cloîtré rue Cortot ou, à partir de 1923, au château de Saint-Bernard, dans l’Ain — les trois artistes y ont chacun leur atelier —, il se livre à une production intensive, qui est son unique distraction. Ses expositions se succèdent. Serge de Diaghilev, en 1925, et l’Opéra-Comique, en 1948, lui commandent des décors. En 1935, Utrillo épouse Lucie Valore, la veuve d’un banquier belge collectionneur de ses œuvres, Robert Pauwels. Avec sa femme, qui devient peintre elle aussi, il s’installe dans une villa du Vésinet et vit dans l’aisance grâce au contrat qu’il a passé avec le marchand Paul Pétridès.

Pourtant, son génie semble avoir décliné, comme si le bien-être lui avait été la meilleure part de son inspiration. Utrillo cesse de boire ; il devient pieux : d’où d’assez nombreuses représentations d’églises dans son œuvre. Mais, en proie à la prostration, il se confinera jusqu’à sa mort dans un mutisme de plus en plus profond.

Suzanne Valadon

De son vrai nom Marie Clémentine Valadon, peintre, dessinatrice et graveur français (Bessines-sur-Gartempe 1865 - Paris 1938). Arrivée très jeune à Paris, avec sa mère, lingère, puis femme de ménage, elle exerce divers petits métiers sur la butte Montmartre, pour devenir, vers seize ans, modèle d’atelier. Elle pose notamment pour Puvis* de Chavannes, Renoir*, Toulouse-Lautrec*. Elle met au monde son fils Maurice à dix-huit ans.

Ses premiers croquis ayant été appréciés par Toulouse-Lautrec, celui-ci l’encourage et la présente à Degas*, qui, à son tour, l’aide à persévérer. Sa carrière de dessinatrice s’étend principalement sur les années 1883-1909. Crayons, sanguines, fusains témoignent très vite d’une rare aisance, synthétisant, à la manière de Degas, classicisme et expressivité. Maîtrise de la composition et puissance de la ligne, appliquées le plus souvent à l’évocation des proches de l’artiste, se retrouvent dans la trentaine de gravures exécutées entre 1894 et 1910.

En 1896, son talent déjà reconnu de divers côtés, Suzanne Valadon épouse un bourgeois aisé, Paul Moussis, avec qui ses rapports deviendront difficiles, compte tenu de son caractère impulsif et volontaire ainsi que de la conduite désordonnée de son fils, qu’elle défend. Elle divorce en 1909 pour se mettre en ménage avec un ami de Maurice, le peintre André Utter (1886-1948), bon artiste qu’elle épousera en 1914.

Dans l’atelier qu’elle occupe avec son mari rue Cortot, la peinture, à laquelle elle s’était initiée dès 1892-93 (Portrait d’Erik Satie, collection privée), prend désormais la première place. Cultivant tous les thèmes (figures dans des intérieurs, paysages, natures mortes, fleurs) et même, vers 1911-1914, la grande composition (le Lancement du filet [1914], musée national d’Art moderne), Suzanne Valadon leur donne vigueur dans la forme et hardiesse dans les oppositions chromatiques. Si elle n’oublie ni la monumentalité simple de Puvis ni la manière procelainée de Renoir, c’est surtout la facture de Gauguin* et le cloisonnisme de l’école de Pont-Aven qui l’inspirent. De nombreuses expositions jalonnent sa carrière depuis la première chez Clovis Sagot en 1911.

Ample, d’un éclat qui l’apparente à celui des fauves, l’art de Suzanne Valadon met en relief, sans fard, l’âme secrète des êtres, avec leur bonté, leur tendresse, mais aussi leurs inquiétudes et leurs passions.

C. G.

 R. Rey, Suzanne Valadon (Gallimard, 1922). / M. Gauthier, Utrillo (Éd. du Chêne, 1944). / N. Jacometti, Suzanne Valadon (Cailler, Genève, 1947). / R. Beachboard, la Trinité maudite, Valadon-Utter-Utrillo (Amiot-Dumont, 1953). / F. Carco, Utrillo (Grasset, 1956). / P. Pétridès, l’Œuvre complète de Maurice Utrillo (Éd. Pétridès, 1959-1974, 5 vol.). / W. George, Utrillo (Bibl. des arts, 1963). / Y. Bonnat, Valadon (Bordas, 1968).

Uttar Pradesh

État du nord de l’Inde, le plus peuplé du pays ; 294 400 km2 ; 88,4 millions d’habitants (300 hab. au km2). Capit. Lucknow.


La forte densité (surtout pour une région principalement rurale) s’explique essentiellement par des facteurs naturels : la majeure partie de l’État est constituée par des alluvions de la plaine centrale du Gange, et la pluviosité est partout suffisante. Aussi les conditions étaient-elles favorables à l’établissement d’une des plus grandes régions agricoles du monde, qui a fixé des masses humaines très nombreuses depuis des temps reculés. De plus, il s’est toujours agi d’une région de passage très active : la plaine du Gange est une zone de circulation facile entre les reliefs plus marqués et les forêts de la péninsule du Deccan, d’une part, et les hautes montagnes himalayennes, de l’autre. L’importance de la population peut aussi être expliquée par le fait que la plaine centrale du Gange a souvent fixé le centre d’États importants, notamment les principales constructions panindiennes, telles que l’empire des Gupta et, plus tard, l’Empire moghol. Au cours de l’histoire, la région a eu également un rôle culturel important, puisque les centres religieux principaux de l’hindouisme s’y trouvent et que le bouddhisme y est né.