Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
U

U. R. S. S. (Union des républiques socialistes soviétiques) (suite)

Sous le règne d’Élisabeth se répand le baroque, essentiellement représenté par l’architecte italien Bartolomeo Francesco Rastrelli*, qui fait élever notamment le couvent Smolnyï à Saint-Pétersbourg, la résidence d’été de Tsarskoïe Selo (Pouchkine) et l’église Saint-André à Kiev. Sous le règne de Catherine II (1762-1796), c’est le classicisme qui pénètre en Russie. Deux Italiens, Giacomo Quarenghi (1744-1817) et Antonio Rinaldi (1709-1790), exécutent le premier l’Institut Smolnyï à Saint-Pétersbourg, le second le palais de Marbre, également à Saint-Pétersbourg, et le château de Gattchina. L’architecture classique se développe aussi à Moscou, où Vassili Ivanovitch Bajenov (1737 ou 1738-1799) et Matveï Fedorovitch Kazakov (1738-1812) font construire de nombreux hôtels particuliers. En province, à la fin du xviiie s., un certain nombre de villes sont remodelées, des plans d’urbanisation inspirés des principes pétersbourgeois sont élaborés, et l’on élève de nombreux bâtiments publics dans le style classique (place de la Fontaine à Tver, dessinée par Kazakov, galeries marchandes à Nijni-Novgorod, etc.). Sous Alexandre Ier (1801-1825) et Nicolas Ier (1825-1855) s’impose le style Empire. Carlo Rossi (1775-1849) coordonne les plus beaux ensembles de Saint-Pétersbourg, et, dans le cadre de la restauration de Moscou après l’incendie de 1812, Ossip Ivanovitch Bovet (1784-1834) aménage le centre de la ville et élève en particulier le théâtre Bolchoï. Le style Empire pénètre aussi dans les villes de province (galeries marchandes de Iaroslavl, université de Kazan, etc.).

Au milieu du xixe s. apparaît une tendance nouvelle, qui veut imiter l’architecture russe ancienne ; c’est dans ce style que sont édifiés le Musée historique, les galeries marchandes et la gare de Kazan à Moscou, l’église du Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé à Saint-Pétersbourg.


Peinture et sculpture

La fondation, en 1757, de l’académie des Beaux-Arts à Saint-Pétersbourg, où des maîtres européens et surtout français, tel le peintre Louis le Lorrain (1715-1759), sont appelés à enseigner, permet la naissance d’une école de peinture et de sculpture russe. Le développement de la sculpture sera surtout limité au xviiie s. ; celui de la peinture sera beaucoup plus durable, en liaison étroite avec les principaux courants de la littérature.

Au xviiie s. domine l’esthétique classique représentée par le portraitiste Dmitri Grigorievitch Levitski (1735-1822) et le sculpteur de bustes Fedor Ivanovitch Choubine (1740-1805). Au début du xixe s. se répand le romantisme russe avec le paysagiste Silvester Feodossievitch Chtchedrine (1791-1830), le portraitiste Orest Adamovitch Kiprenski (1782-1836) et surtout Aleksandr Andreïevitch Ivanov (1806-1858). Par l’idéal religieux qu’il cherche à incarner dans son célèbre tableau l’Apparition du Christ au peuple (1837-1857, galerie Tretiakov, Moscou), celui-ci rejoint les préoccupations du mouvement slavophile. Parallèlement se développe la peinture de genre, avec Alekseï Gavrilovitch Venetsianov (1780-1847). Dans la seconde moitié du xixe s. s’impose le réalisme, particulièrement représenté par la société des Expositions ambulantes (Peredvijniki), à l’intérieur de laquelle on doit distinguer Vassili Ivanovitch Sourikov (1848-1916) et Ilia Iefimovitch Repine (1844-1930). À la fin du xixe s. s’affirment Valentine Aleksandrovitch Serov (1865-1911), excellent paysagiste et surtout portraitiste, et Mikhaïl Aleksandrovitch Vroubel (1856-1910), visionnaire d’un grand raffinement

S. T.


L’art russe au xxe s.


Avant la révolution

En 1892, le poète symboliste Dmitri S. Merejkovski publie son ouvrage Sur les causes de la décadence et sur les nouveaux courants de la littérature russe contemporaine, portant un premier coup à l’art engagé et moralisateur qu’avaient imposé « les ambulants » depuis 1863. En 1902, un autre poète symboliste, Valeri I. Brioussov, s’en prend aux tendances réalistes dans le théâtre (Une vérité inutile) et en appelle à la « convention consciente du théâtre antique ». Insatisfaits du niveau technique et pédagogique des académiciens réalistes, les jeunes peintres pétersbourgeois partent pour l’étranger. On trouve ainsi Alexandre Benois (Aleksandr N. Benoua, 1870-1960) à Paris dès 1895, avec Constantin Somov (1869-1939), Eugène Lanceray (Ievgueni I. Lansere, 1875-1946), Léon Bakst (1866-1924), Anna Ostrooumova-Lebedeva (1871-1955) ; ces artistes formeront le noyau du « Monde de l’art » (« Mir iskousstva »), mouvement animé par Serge Diaghilev (1872-1929), qui organise des expositions de 1897 à 1906 et crée sous ce nom, en 1898, la première revue d’art russe.

Le Monde de l’art (1898-1904) était richement illustré et documenté sur l’art, la littérature, la musique, la philosophie ; il était le porte-parole des idées du groupe : refus de l’art utilitaire, « rétrospectivisme » (prédilection de Benois pour le siècle de Louis XIV, de Somov pour le xviiie s. français, de Bakst pour l’Antiquité), importance donnée aux arts appliqués. Dans ce dernier domaine, la participation des peintres à la décoration théâtrale a été une révolution, que prolongeront les célèbres Ballets* russes. Le « Monde de l’art » a développé un nouveau goût esthétique, très raffiné, répondant aux exigences de l’Art nouveau et du symbolisme (Vroubel, Viktor Borissov-Moussatov [1870-1905]).

À Munich s’installèrent en 1896 d’autres peintres (v. Blaue Reiter [Der]) : Marianne von Werefkin, Alexei von Jawlensky, Kandinsky*, Vladimir Bechteiev. M. von Werefkin fut au début l’âme de ce groupe. Pour elle, « l’art commence là où la vie finit », il ne doit pas traduire le monde sensible tel qu’il est en apparence, mais tel que l’âme créatrice le perçoit dans sa vérité intérieure. Faire entendre le « son intérieur » des choses fut aussi la préoccupation majeure de Kandinsky et de Jawlensky. Malgré leur dépendance de l’expressionnisme allemand, les Russes de Munich se distinguent par leurs couleurs slaves et leur imprégnation mystique orthodoxe.