Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

auxine (suite)

De nouvelles racines peuvent apparaître sur des tiges qui ont subi soit un trempage dans une solution d’auxine, soit un badigeon. Ces racines naissent principalement au niveau des nœuds et prennent leur origine au voisinage de l’endoderme et du péricycle. C’est sur cette possibilité naturelle de développement qu’est fondé le bouturage ; l’application d’auxines sur les rameaux préparés pour les boutures favorise beaucoup ce mode de multiplication ; le nombre de racines qui apparaissent est proportionnel, dans certaines limites, à la concentration.

D’autre part, le développement de bourgeons là où l’ébauche n’existe pas a pu être réalisé sur des feuilles de Bégonia et d’Alopecurus. Sur cette dernière espèce, à une concentration de 100 mg/1, on obtient des bourgeons. En augmentant progressivement les concentrations, on voit apparaître des racines à côté des bourgeons, puis uniquement des racines et, à des teneurs très importantes, seulement des tumeurs.

Les auxines jouent également un rôle important dans le phénomène de chute des feuilles ; on pense, en effet, que la formation des tissus de rupture dans le pétiole est liée à un appauvrissement des tissus de la plante en AIA. Un allongement artificiel de la durée du jour provoque la persistance des feuilles chez Salix repens, car, pendant les jours longs, cette plante fabrique beaucoup d’auxines, alors que la production est très faible pendant les jours courts. La chute des fruits serait aussi liée à la présence de doses d’auxines plus ou moins fortes.


Rôle reproducteur des auxines

L’action des auxines n’est pas uniquement axée sur ce développement morphologique ; elle joue également un rôle non négligeable dans certains phénomènes de la reproduction. Tout d’abord, l’auxine provoquerait la formation des ébauches florales ; d’autre part, l’augmentation du nombre des organes femelles serait liée aux fortes concentrations en auxine. C’est aussi l’auxine produite par les tubes polliniques (ces derniers en sont des centres importants de fabrication) qui, chez certaines espèces, déclenche le phénomène de fructification. Ainsi, chez les Orchis, si divers excitants halogènes peuvent permettre le flétrissement du périanthe et le gonflement du gynostème, il faut l’activité chimique du grain de pollen pour que l’ovaire se transforme en fruit. De même, l’importance du développement du réceptacle charnu des Fraises est liée au nombre de fruits (akènes) ainsi qu’à la quantité d’auxines que sécrètent ces derniers.


Auxines et tropismes

Certaines orientations prises par les plantes en fonction de la lumière et de la gravitation terrestre sont aussi dues à la plus ou moins grande quantité d’auxines présentes dans les organes. On a vu précédemment que ce sont les réactions des sommets des jeunes coléoptiles à la lumière qui ont mis sur la voie de la découverte des auxines. Des dosages précis ont décelé un taux d’auxine différent sur les deux côtés de la plante. Sur la face non éclairée, celle qui avait grandi, il y a accumulation d’auxines, alors que, sur la face éclairée, il y aurait destruction de celles-ci, car l’énergie lumineuse détermine l’oxydation de l’AIA. Cette destruction de l’auxine du côté de la lumière est toujours assez faible (moins de 1/6 en intensité lumineuse très forte). On constate une différence de potentiel entre les deux faces ; c’est cette dernière qui ferait en outre migrer l’AIA, et, ainsi, l’auxine s’accumulerait du côté non éclairé. Comme pour le phototropisme, c’est le sommet des tiges qui est actif et qui conditionne les réactions de ces dernières aux effets de la pesanteur. En effet, une tige expérimentalement couchée ne se redresse que si son apex n’est pas enlevé. Comme dans le cas du phototropisme, on peut mettre en évidence une répartition hétérogène de l’auxine, celle-ci s’accumulant du côté de la face inférieure. Mais dans cette expérience il n’y a pas de destruction (sur la face supérieure), et la somme des quantités d’auxines contenues dans les deux faces est égale à la dose globale sécrétée par la même tige en position verticale. Du fait de cette inégale répartition, il se produit une croissance dissymétrique qui produit la courbure. L’allongement maximal a lieu lorsque les concentrations d’auxines sont de 10–4 g/ml environ.

Pour les racines placées horizontalement, les fortes concentrations d’auxines sont aussi accumulées à la partie inférieure, mais, comme les racines sont beaucoup plus sensibles aux auxines que les tiges, il en résulte que la dose optimale est rapidement dépassée ; ainsi, au-dessus de 10–9 g/ml, la croissance de la face inférieure est inhibée, probablement du fait de l’éthylène élaboré, et c’est le grandissement cellulaire de la face supérieure qui devient alors le plus important, sous l’effet d’une dose d’auxine plus faible, mais plus proche de l’optimum. On constate dans les deux cas une différence de potentiel entre les surfaces supérieures et inférieures des racines ou des tiges placées horizontalement, la face supérieure étant chargée négativement par rapport à l’inférieure.


Les kinines

La culture in vitro, sur des milieux de culture bien équilibrés trophiquement, et en présence d’auxine, de fragments de tissus (moelle de tige de Tabac, embryon de Datura, parenchymes de racines de Carotte) a montré des irrégularités de croissance qui ont fait penser qu’il manquait dans ces milieux de certains éléments présents dans la nature. Les travaux de Steward et de Skoog avec le lait de noix de coco, qui est un milieu naturel où la division cellulaire est intense, ont confirmé cette hypothèse. Ainsi, Skoog, en cultivant des fragments de moelle de tige de Tabac sur milieu équilibré, avec comme seul adjuvant de l’auxine, obtient un grandissement cellulaire sans divisions ; ce n’est qu’en ajoutant, au milieu, du lait de coco qu’il a pu obtenir une active division cellulaire.

Par la suite, d’autres substances extraites de graines et de fruits non mûrs, de malt et de levure ont donné des résultats analogues.

La nature chimique de ces substances est encore assez imprécise ; une des plus actives a été isolée, la 6-furfuryl-amino-purine, que l’on dénomme la kinétine et qui proviendrait de la dégradation de l’acide désoxyribonucléique. Une zéatine active a été extraite récemment du Maïs.