Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
U

U. R. S. S. (Union des républiques socialistes soviétiques) (suite)

En 1866, un second conservatoire se crée à Moscou ; à sa tête, Nikolaï Grigorievitch Rubinstein (1835-1881), frère d’Anton. Un très grand antagonisme sépare d’abord les Cinq de l’enseignement officiel, jusqu’au jour où Rimski-Korsakov est nommé professeur au conservatoire de Saint-Pétersbourg (1871). De cet établissement sortiront des élèves adeptes des théories nationalistes : Anatoli Konstantinovitch Liadov (1855-1914), Aleksandr Konstantinovitch Glazounov (1865-1936), Nikolaï Nikolaïevitch Tcherepnine (1873-1945), Aleksandr Tikhonovitch Gretchaninov (1864-1956). Le conservatoire de Moscou où Tchaïkovski enseignait formera des musiciens plus occidentalisants : Anton Stepanovitch Arenski (1861-1906), Sergueï Ivanovitch Taneïev (1856-1915), Sergueï Vassilievitch Rakhmaninov (1873-1943), Aleksandr Nikolaïevitch Skriabine (1872-1915). Plus savants que les représentants du groupe des Cinq, ils n’en auront pas le génie intuitif, Skriabine mis à part, qui, par ses recherches harmoniques (rejoignant celles de Schönberg) et ses conceptions théosophiques, fait preuve d’originalité.

Au xxe s., deux compositeurs, Prokofiev* et Stravinski*, perpétuent le renom de l’école russe bien au-delà de ses frontières. Tous deux quitteront leur pays pour vivre à l’étranger. Le premier, y rencontrant peu de succès, retournera en U. R. S. S., où il saura adapter son style à l’art officiel soviétique ; le second, au génie multiforme et en perpétuel renouvellement, ne restera pas insensible aux découvertes des techniques de l’Occident.


La musique soviétique

Après la révolution d’Octobre, deux courants opposés se manifestent. L’Association russe des musiciens prolétaires cultive une simplicité affectée, un désir d’être compris des masses. Au contraire, l’Association de musique contemporaine admire Schönberg, Berg, Hindemith, Milhaud. Mais en 1946 paraît le manifeste d’Andreï Aleksandrovitch Jdanov, auquel les compositeurs de l’U. R. S. S. devront désormais se conformer. Il attaque la musique formaliste, c’est-à-dire tout ce qui semble trop moderne, et recommande d’écrire pour le peuple : la musique doit être accessible à tous et glorifier les grandes heures de l’histoire soviétique. Dans bien des cas, il en découlera un art conformiste et grandiloquent, fermé aux recherches techniques des musiciens étrangers.

Les trois plus grands noms de la musique soviétique contemporaine sont Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch (1906-1975), le plus intellectuel, Aram Khatchatourian (né en 1903) et Dmitri Borissovitch Kabalevski (né en 1904), qui conservent un côté folklorique à leurs compositions et qui rencontrent un très vif succès dans leur pays.

À la suite de ces aînés, les compositeurs sont nombreux, l’État soviétique aidant les jeunes talents. Citons parmi eux : Moisseï Samouïlovitch Vaïnberg (né en 1919), Guerman Guermanovitch Galynine (né en 1922), Andreï Iakovlevitch Echpaï (né en 1925), Rodion Konstantinovitch Chtchedrine (né en 1932), Boris Ivanovitch Tichtchenko (né en 1939).

Y. de B.

 A. Vodarsky-Shiraeff, Russian Composers and Musicians. A Biografical Dictionary (New York, 1940). / M. R. Hofmann, Un siècle d’opéra russe (Corrêa, 1946) ; la Vie des grands musiciens russes (Éd. du Sud et A. Michel, 1965) ; Histoire de la musique russe (Buchet-Chastel, 1968) ; Petite Histoire de la musique russe (Bordas, 1972). / R. A. Mooser, Annales de la musique et des musiciens en Russie au xviiie siècle (Éd. du Mont-Blanc, Genève, 1948-1951 ; 3 vol.). / P. Souvtchinski (sous la dir. de), Musique russe (P. U. F., 1953 ; 2 vol.).


Le cinéma

Pendant une vingtaine d’années, de 1896 à la Première Guerre mondiale, l’influence du cinéma français est prépondérante en Russie. Certains inventeurs comme Alekseï Sanarski ou Ivan Akimovitch Akimov († 1903) n’échapperont ni à l’anonymat ni plus tard à l’oubli faute d’avoir pu endiguer l’invasion des importateurs français soucieux de conquérir un marché dont l’ampleur autorisait de mirifiques espoirs. Dès 1896, les frères Lumière délèguent un représentant à Saint-Pétersbourg. Les firmes Pathé et Gaumont prendront le relais. Pour la Cour, la noblesse, les cercles intellectuels, le cinéma est une curiosité excentrique (le tsar s’attachera très rapidement les services de plusieurs opérateurs, dont le Français Ringel, le Polonais Gustav Krynski et — le plus célèbre — l’Italien G. Vitrotti). Pour les citadins, c’est avant tout une attraction foraine qui bientôt éclipsera la plupart des autres. En revanche, pour le monde des campagnes, les présentateurs ambulants qui sillonnent le pays sont parfois assimilés aux sorciers, et la nouvelle invention n’est pas loin d’être prise pour un tour de magie plus ou moins maléfique. Pourtant, dès 1903, les premiers cinémas non itinérants ne cessent de se multiplier, et quatre ans plus tard s’amorcent les débuts d’une production nationale. Des producteurs avisés comme N. Trofimov, Dmitri Kharitonov, Iossif Nikolaïevitch Iermoliev (1889-1962), A. A. Khanjonkov et A. O. Drankov ouvrent les premiers studios et s’efforcent de faire réaliser des films fort influencés par le Film d’art français. C’est Aleksandr Drankov qui produit en 1908 le premier vrai film national : Stenka Razine (244 m), mis en scène par Vladimir Romakhkov. Aleksandr Alekseïevitch Khanjonkov (1877-1945), qui remporte de grands succès commerciaux en important des Films d’art Pathé (comme l’Arlésienne ou l’Assassinat du duc de Guise), entreprend des fresques historiques ou des adaptations littéraires (d’après Tolstoï, Tourgueniev, Dostoïevski, Pouchkine). Pendant cette première période où les investissements étrangers sont importants, la censure tsariste veille. La plupart des metteurs en scène préfèrent mettre en images le passé plutôt que de s’attaquer à des sujets contemporains. Cependant, la comédie fait son apparition (avec l’acteur polonais Antoni Fertner [1874-1959]), et bientôt le drame mondain, qui oscille entre deux modèles : le danois et l’italien. Mais dans ces drames l’atmosphère est curieusement mystique, parfois morbide, encombrée d’outrances pathétiques.