Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
U

U. R. S. S. (Union des républiques socialistes soviétiques) (suite)

Les forces armées de l’U. R. S. S. en 1977

« L’Union soviétique dispose de forces puissantes dotées d’un matériel de premier ordre. » Cette affirmation, formulée en 1970 par le maréchal Gretchko, ministre de la Défense de 1967 à 1976, continue de se vérifier malgré une baisse relative dans le budget global de l’U. R. S. S. de la part (13 p. 100 en 1967 ; 9,1 p. 100 en 1974) réservée à la défense, dont le montant officiel plafonne autour de 24 milliards de roubles depuis 1972 (26,2 en 1976). Toutefois, certains observateurs pensent que ce chiffre ne tient pas compte des dépenses militaires engagées par d’autres ministères que celui de la Défense, si bien que le montant total du budget de défense soviétique serait très supérieur à ce chiffre.

Si l’effort militaire des années 1970 a surtout porté sur l’armement nucléaire stratégique et notamment sur la mise au point des missiles à charges multiples (opérationnels en 1975), c’est dans le domaine naval que le progrès a été le plus spectaculaire. En 1977, l’U. R. S. S. demeure la deuxième puissance navale mondiale et s’apprête à dépasser l’U. S. Navy pour les sous-marins. À cette date, l’effectif total des forces soviétiques est estimé à 3 650 000 hommes, auxquels s’ajoutent 200 000 gardes-frontières et 230 000 hommes des troupes de sécurité (sans compter env. 9 millions de membres des organisations paramilitaires d’assistance volontaire du DOSAAF [Dobrovolnoïe obchtchestvo sodeïstvia armii aviatsii i flotou], créé en 1951, pour l’entraînement militaire de la jeunesse). La durée du service obligatoire est fixée depuis 1967 à deux ans dans l’armée de terre et l’aviation, à trois ans dans la marine et les gardes-frontières. L’emprise du parti communiste est assurée à chaque échelon par une section politique dont le chef est adjoint au commandant de la formation. Au sommet de cette hiérarchie parallèle se situe la direction politique centrale des armées, relevant directement du Comité central du parti. Depuis 1968, un grand effort de rajeunissement des cadres a été entrepris : 65 p. 100 des officiers combattants ont moins de trente ans, de nombreux généraux cinquante. Parmi eux, on citera le général Viktor Koulikov (né en 1921), mis de 1971 à 1977 à la tête de l’état-major général des armées, qui sont réparties dans les grands commandements ci-après.

• Les forces nucléaires stratégiques, élément essentiel de la dissuasion, ont bénéficié d’un accroissement considérable, passant de 930 missiles (dont 130 SLBM) en 1968 à 2 372 (dont 845 SLBM) en 1977. Elles comprennent :
— une composante navale constituée de 78 sous-marins dont 58 à propulsion nucléaire, soit 34 de type « Y » armés de 16 missiles « SSN-6 » de 2 700 km de portée, 17 de type « D » armés de 12 missiles « SSN-8 » de plus de 7 000 km de portée et 7 de type « H ».
— les troupes de missiles stratégiques (375 000 hommes), « base de la puissance militaire soviétique », qui servent 1 527 missiles intercontinentaux « SS-7 », « 8 », « 9 », « 11 », « 13 » et, depuis 1975, « 17 », « 18 » et « 19 » (à charges multiples ; portée : 11 000 km).
— une composante aérienne, enfin, formée de 135 bombardiers à long rayon d’action (« TU-95 Bear » ou « Mya-4 Bison ») pouvant atteindre le territoire américain et de 650 bombardiers moyens « TU-16 Badger » et « TU-22 Blinder ».

• Les forces de défense aérienne (550 000 hommes fournis par les armées de terre et de l’air) forment un commandement autonome disposant d’un système de détection et d’alerte et de moyens actifs de défense. Les unités aériennes groupent 2 650 intercepteurs (dont 1 250 très récents, comme les « Yak-28 P », « TU-28 P », « Sukhoï-11 » et « 15 » et « Mig-25 »). Les missiles antiaériens, au nombre d’environ 10 000 (surtout « SAM-2 Guideline »), équipent 1 000 sites. En outre, 64 missiles antimissiles de type « Galosh », de charge mégatonnique, sont déployés en quatre sites autour de Moscou conformément aux accords SALT de 1972.

• Les forces terrestres (1,8 million d’hommes) comprennent 111 divisions motorisées ou mécanisées, 50 blindées et 7 aéroportées. Leur déploiement en 1976 serait le suivant : 20 divisions en Allemagne de l’Est, 2 en Pologne, 4 en Hongrie, 5 en Tchécoslovaquie (soit pour ces 31 divisions, dont 16 blindées, un ensemble de 9 000 chars), 70 dans l’ouest et le centre de l’U. R. S. S., 24 au Caucase et au Turkestan, 43 à la frontière chinoise. La plupart de ces unités disposent de missiles nucléaires tactiques de type « Frog », « Scud » ou « Scaleboard », dont les portées s’étendent de 30 à 800 km. Toutes sont dotées de missiles antiaériens SAM dont l’efficacité est apparue lors de la guerre israélo-arabe en 1973. Les chars (« T 54 », « T 55 », « T 62 »), les chasseurs de chars (« PT 76 » et « PT 85 ») et les véhicules blindés sont, pour la plupart, amphibies et équipés d’un système de conduite de tir infrarouge.

• Les forces navales (450 000 hommes dont 50 000 de l’aéronavale et 14 000 de l’infanterie de marine) rassemblent 214 bâtiments de combat de surface et, non compris ceux des forces nucléaires stratégiques, quelque 231 sous-marins, dont environ 84 sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire de 4 000 à 5 000 t, postérieurs à 1960. La flotte de surface comprend deux porte-hélicoptères de 20 000 t (Moskva, 1967, et Leningrad, 1968), une vingtaine de croiseurs lance-missiles, dont 15 de 6 000 à 9 000 t (« Kresta I » et « 2 » et « Kara »), lancés de 1967 à 1972, 45 destroyers lance-missiles de 3 000 à 4 750 t (1958-1974), environ 300 escorteurs et plus de 300 vedettes lance-torpilles ou lance-missiles. Le Kiev (40 000 t), premier porte-avions soviétique, est entré en service en 1976. L’aéronavale basée à terre, dispose d’environ 645 appareils de combat, 200 de transport et 250 hélicoptères. En 1977, la marine soviétique était répartie entre les quatre flottes de l’Arctique (env. 126 sous-marins et 51 navires de combat), de la Baltique (env. 12 sous-marins et 47 navires de combat), de la mer Noire (env. 19 sous-marins et 59 navires de combat) et du Pacifique (env. 74 sous-marins et 57 navires de combat).