Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
U

U. R. S. S. (Union des républiques socialistes soviétiques) (suite)

L’économie


L’agriculture


Les problèmes de la production agricole : les institutions

La totalité des terres a été socialisée, à l’exception des dvor, des petits lopins que les paysans sont autorisés à garder. Les étapes de la collectivisation sont retracées par les pourcentages suivants : en 1929, 3,9 p. 100 ; en 1930 (débuts rapides et contraints de la collectivisation), 23,6 p. 100 ; en 1931, 52,7 p. 100 ; en 1932, 61,5 p. 100 ; en 1937, 93 p. 100 ; en 1970, 98 p. 100. La collectivisation a passé par plusieurs phases, des types inférieurs où était encore tenu compte de l’apport en capital aux types supérieurs rapidement généralisés où la rémunération se fait en fonction d’une unité de compte, le troudoden, ou journée de travail. Elle s’est exprimée par deux types principaux. Dans le sovkhoze, exploitation d’État, la production comme la main-d’œuvre sont assimilées à celles d’une exploitation industrielle avec salariés. Le kolkhoze résulte de la mise en commun des terres, du cheptel, du train de culture dans le cadre de un ou de plusieurs villages. Il est géré comme une coopérative de production. Chaque famille garde une économie individuelle : quelques ares de terre, un jardin ou verger et du bétail (quelques vaches et ovins, de la volaille).

Par fusions et suppressions, le nombre des institutions a été réduit ; celui des kolkhozes est supérieur à celui des sovkhozes, mais il a sensiblement diminué, tandis que se créaient de nouveaux sovkhozes, si bien que la part de ces derniers a augmenté, en nombre comme en superficie. Le but final consiste à unifier toutes les institutions sur le modèle du sovkhoze.

Une autre institution a duré jusqu’à la période de Khrouchtchev : les MTS, ou stations de machines et de tracteurs qui louaient leur matériel aux kolkhozes (8 000 environ, employant 3 millions de personnes). On leur a reproché une mauvaise utilisation du matériel, d’ailleurs insuffisamment abondant. Le matériel a été réparti entre les kolkhozes. Un projet de l’époque stalinienne n’a pas eu un grand retentissement : la construction des agrograd, villes agraires où auraient été regroupés les paysans de toute une région. En revanche, les formules d’aide kolkhozienne et d’entreprise interkolkhozienne, visant à mettre en commun le matériel et le travail, connaissent un plus grand succès.

Les facteurs de classification dépendent des séquelles de la situation antérieure, de la position géographique (zones de culture, éloignement des centres urbains), de l’organisation interne des exploitations (dont les unes fonctionnent bien, dont les autres sont en déficit), des zones de prix agricoles très dissemblables et de la taille des exploitations. On est amené à distinguer : les grandes exploitations céréalières d’Ukraine, des steppes et des Terres vierges ; les exploitations pastorales extensives au sud de la Volga, au pied du Caucase, dans le Kazakhstan et même en Iakoutie (rennes et quelques bovins) ; les exploitations spécialisées (le coton en Ouzbékistan) ; les cultures maraîchères de serres ; les vignobles de la mer Noire et du Caucase ; les exploitations moyennes de polyculture qui se situent entre l’extensivité et l’intensivité et se généralisent dans presque toute la partie européenne de l’Union.


Problèmes et solutions au déficit de la production agricole

La production doit être envisagée dans ses aspects qualitatifs : du nord au sud, elle passe d’un type à un autre, selon les principes de zonalité climatique. L’effort des hommes a parfois perturbé cette zonation.

On classe à part les alvéoles discontinus de cultures et d’élevage, occupant une superficie faible : dans le Grand Nord, orge et seigle adaptés ; légumes verts et fourrages ; en Extrême-Orient, où apparaissent le riz (lac Khanka) et le kaoliang ; plus au sud, le domaine de l’élevage bovin — associé au seigle d’hiver, à la pomme de terre — et de l’élevage des porcs ; productions auxquelles s’associe, dans les États baltes et les pays de la Volga supérieure, le lin textile. Entre la bande de taïga et la steppe, dans la zone de polyculture et d’élevage de la Russie centrale, le blé d’hiver, de plus en plus associé à la betterave à sucre et au maïs (qui remontent donc fort loin vers le nord), vient prendre place. Plus au sud, les terres noires sont le domaine du blé, en rotation avec le tournesol et la betterave à sucre. D’ouest en est, on passe du blé d’hiver au blé de printemps et de l’élevage bovin à celui des ovins. Les régions pastorales de la steppe sèche sont le domaine du mouton karakul et d’une transhumance toujours vivante entre les plaines et le Caucase ou les montagnes d’Asie centrale. La zone de cultures méditerranéennes est étroitement limitée au littoral de la Crimée : amandiers, figuiers (mais pas d’oliviers) et surtout vignoble et fleurs. La zone de cultures subtropicales est également resserrée sur le flanc sud du Caucase au-dessus de la mer Noire : ici, ce sont le thé et les agrumes qui, avec le mûrier et la vigne, constituent les cultures les plus riches. Enfin, les cultures irriguées de l’Asie centrale comprennent des légumes, du riz et, surtout, l’« or blanc » (le coton). Des essais de culture du palmier-dattier n’ont pas donné encore de résultats à grande échelle.

Sur le plan quantitatif, le problème posé est celui de la production non des plantes spéciales, mais des céréales panifiables. Ces productions se sont accrues depuis l’avant-guerre (38 Mt de blé entre 1934 et 1938 ; 47 Mt en 1955 ; presque 100 lors des meilleures années). La moyenne de 1968 à 1973 inclus est de 85 Mt. Or, une production de 85 Mt pour une population de 250 millions d’habitants est proportionnellement supérieure à la production française (15 Mt pour 50 millions d’habitants). Cependant, l’U. R. S. S. manque certaines années de céréales panifiables et doit en acheter dans les pays capitalistes : ainsi, 5 Mt de blé américain en 1972.

Il est difficile d’expliquer ces contradictions. Il faut invoquer les statistiques, inexactes. Kolhozes et sovkhozes entretiennent la confusion entre prévisions par rapport aux semailles, blé en herbe, blé récolté, blé engrangé, quatre notions très différentes si l’on songe à la gravité des aléas climatiques et aux difficultés que connaît la moisson à cause du manque de machines et de la précarité des transports. D’autre part, il faut réserver une grande part à l’autoconsommation, au gaspillage et à la dissimulation. Le blé est localement donné généreusement aux bêtes, sert à la fabrication de la vodka, et la consommation par tête d’habitant reste l’une des plus élevées du monde.