Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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U. R. S. S. (Union des républiques socialistes soviétiques) (suite)

Des différences sensibles sont observables entre les nationalités. Elles défavorisent la nation russe : ainsi, de 1959 à 1970, l’écart entre Russes et non-Russes est tombé de 19 à 16 millions et on prévoit qu’en 1980 les Russes ne représenteront plus que la moitié de l’Union. Les excédents annuels sont en effet nettement au-dessous de 10 p. 1 000 en Russie (6,1), en Ukraine (6,9), de même que dans les États baltes. Or, ils se sont élevés dans les républiques transcaucasiennes et en Asie centrale. L’Ouzbékistan, le Tadjikistan, l’Azerbaïdjan ont des excédents annuels souvent supérieurs à 20 p. 1 000, les autres républiques, à l’exception de la Géorgie, à plus de 10 p. 1 000.

Les structures de la population ont en même temps considérablement changé. Le pourcentage de population urbaine est passé de 13 en 1913 à 33 en 1940, à 48 en 1959, à 56 en 1970 (136 millions de citadins, en augmentation de 36 millions, surtout à la suite de l’exode rural).

Le sex-ratio devient moins déséquilibré en faveur des femmes : en 1959, 45 personnes du sexe masculin contre 55 du sexe féminin ; en 1970, respectivement, 46,1 et 53,9. Cependant, l’« excédent » féminin reste encore proche d’une vingtaine de millions de personnes.

La répartition par âges montre un vieillissement de la population et un début de rétrécissement de la pyramide à la base. Mais les trois rentrants de 1970 concernant les tranches (50-54 ans, 35-39 ans, 25-29 ans) demeurent, manifestant l’importance des déficits de la natalité durant les deux guerres mondiales, la guerre civile et la collectivisation forcée.

L’espérance de vie est passée de 60 ans dans les années 1940 à 70 ans actuellement (74 pour les femmes et 65 pour les hommes).

La dimension moyenne de la famille s’est abaissée à 3,6 membres en 1970, contre 4,9 en 1926 et 5,9 en 1897.

L’évolution des structures socioprofessionnelles montre une réduction des agriculteurs (de 37 p. 100 en 1955 à 23 p. 100 en 1970) et une augmentation des ouvriers (de 35 à 41 p. 100) et du secteur des services (de 27 à 35 p. 100).

Enfin, le taux d’analphabétisme, qui s’élevait en 1959 encore à 2,5 p. 100, est tombé à 0,3 p. 100. Plus de 8 millions de Soviétiques suivent ou ont suivi des cours d’enseignement supérieur, plus des deux tiers ont une éducation secondaire ou supérieure : les taux maximaux sont atteints en Géorgie et en Arménie, les taux minimaux au Tadjikistan et, plus curieusement, en Biélorussie et en Lituanie.


La distribution géographique de la population

Les cartes de semis de peuplement ou de répartition des densités montrent bien la dissymétrie de l’espace soviétique, ainsi que l’ampleur des contrastes. Les bassins industriels ont des densités de 300 à 400 habitants au kilomètre carré ; les déserts (dans les districts de Gouriev et d’Aktioubinsk par exemple) et l’Asie des peuples hyperboréens ne dépassent pas 1, ni même 0,1 habitant au kilomètre carré. En allant vers l’est, les densités diminuent (à l’exception de la région de Vladivostok). Comme dans l’agriculture, la zone de forte densité épouse la forme d’un triangle dont la base va de la frontière polonaise à la Géorgie et à Bakou, et dont la pointe se situe à Novossibirsk, les densités au sud de la ligne Novossibirsk-Astrakhan et au nord de la ligne Novossibirsk-Leningrad devenant extrêmement faibles. Cependant, dans les oasis de l’Asie centrale et les vallées intramontagnardes comme l’oasis de Tachkent et la Fergana, des secteurs connaissent des densités supérieures à 200 au kilomètre carré.


Les mouvements migratoires

L’effet des mouvements migratoires tend à effacer les contrastes hérités des anciennes phases de colonisation, mais dans une certaine mesure seulement. En effet, les colons ne sont jamais suffisamment nombreux par rapport aux besoins de l’économie dans les régions du Grand Nord et de l’Est, et les manifestations d’instabilité des migrants viennent compliquer le problème.

L’U. R. S. S. est un des États où les migrations intérieures sont les plus considérables. La Sibérie et le Kazakhstan se sont peuplés de 2 millions d’habitants entre 1800 et 1811, de près de 5 entre 1811 et 1863, de près de 6 entre 1863 et 1885, de 8,3 millions de 1885 à 1897, de plus de 12 millions de cette dernière année à 1913, de 20 millions jusqu’en 1939, de 8,5 jusqu’en 1959, de plusieurs millions entre cette dernière année et le recensement de 1970. Ainsi, le rapport des régions dites « orientales » aux régions dites « occidentales » s’est accru dans l’ensemble de l’Union.

Les causes et les caractères des migrations ont été et demeurent multiples. Sous le régime tsariste, les migrants étaient des familles paysannes libérées par l’abolition du servage, s’installant le long des voies ferrées comme le Transsibérien, ensuite le long de l’avancée des voies ferrées de colonisation vers l’Asie centrale. Mais les migrations forcées étaient sans doute les plus nombreuses : déportés politiques dont certains firent souche et se mêlèrent à la population, comme en Iakoutie. La progression s’effectua par grandes vagues et concerna successivement de grands ensembles régionaux : Oural, Sibérie occidentale, Kazakhstan, Sibérie orientale.

Dans la Russie soviétique, les grands mouvements reprennent vers 1926. Les uns sont motivés par la création de gros combinats et de villes. Ils sont liés au progrès de la planification. Une organisation centrale se préoccupe de recruter et de localiser la main-d’œuvre. D’autres migrants sont volontaires : ainsi les komsomols, qui fondent leur propre ville en Extrême-Orient ; ainsi les jeunes et les ménages d’agriculteurs partis vers les Terres vierges du Kazakhstan à la fin des années 1950. Certains sont intéressés au travail dans des régions hostiles par des primes de salaires, souvent de 50 p. 100 plus élevées que le salaire correspondant des « régions occidentales », des dégrèvements d’impôts, des primes d’établissement, etc. Les plus importantes migrations, du temps de Staline, ont été forcées : les koulaks réfractaires à la collectivisation, les ennemis politiques, plusieurs minorités ethniques après la guerre (Tatars de la Crimée, Allemands de la Volga). Certains migrants se sont installés, comme en témoigne l’augmentation de population dans les districts vierges. Un certain nombre sont revenus en Europe ou ont fait mouvement vers les pays du Midi, dont ils ont contribué à accroître la population.