Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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U. R. S. S. (Union des républiques socialistes soviétiques) (suite)

En fait, des déboires furent enregistrés en ce qui concerne les modifications climatiques. Les stations-pépinières ne purent fournir à temps les plants nécessaires. Aussi l’aménagement ne porte-t-il que sur le dixième (un demi-million d’hectares seulement) des superficies prévues. Les cartes récentes sont assez discrètes, et les manuels ne mentionnent plus le projet. Seules les bandes situées le long des fleuves semblent avoir réussi ; d’autres se sont desséchées, et le gaspillage semble avoir été énorme. Le succès global du projet ne pouvait se concevoir qu’avec l’extension des périmètres irrigués. En 1963, Khrouchtchev* s’orienta vers le plan dit « des Terres vierges », et il est probable qu’un gigantesque transfert d’investissement a été réalisé.


Le plan des Terres vierges

On désigne sous le nom de Terres vierges, directement traduit du russe, les terres situées à la limite de l’aridité et qui n’avaient jamais été mises en culture : étendues plates entre Caspienne et Altaï, dont les trois quarts appartiennent à la république du Kazakhstan. Un nouveau district, celui de Tselinograd (ancien Akmolinsk), a été créé. Le plan intéresse 500 000 km2, comprenant 650 sovkhozes, plus de 100 kolkhozes, équipés en tout de 90 000 tracteurs. La population s’élève à 2 700 000 habitants.

Le projet avait une valeur économique : il s’agissait d’accroître la production des céréales, de « gagner la bataille du blé » en augmentant les superficies cultivées. C’était aussi un dessein politique : il fallait enthousiasmer la population et les jeunes, et créer un mouvement d’immigration semblable à ceux qu’avait connus la Sibérie. « Il faut, disait Khrouchtchev, apporter dans la steppe notre culture citadine, afin que l’étranger remarque que ce sont des colons de Moscou qui y vivent confortablement, aisément. »

L’opération prit des aspects divers : extension considérable des surfaces cultivées (35 millions d’hectares dans le Kazakhstan) ; fondation de villages et d’immenses sovkhozes, avec des fermes principales et des fermes secondaires, ou stations (stanitsa) ; semailles de blé de printemps et de millet ; entretien des pâtures. On employa des machines géantes, l’avion et l’hélicoptère pour l’épandage des semences et des insecticides. Des agrograd réunissaient la population des grands sovkhozes.

La production n’a pas donne les résultats qu’on attendait de ce gigantesque effort. Les rendements des récoltes ont été étroitement tributaires des précipitations ; or, de 1953 à 1961, cinq années ont été très sèches, deux moyennes, deux assez bonnes. Il faut ajouter le gaspillage, le manque de machines, les lenteurs, l’incompétence de la main-d’œuvre, les départs d’une partie de celle-ci, désabusée, en direction de l’Europe.

Si bien qu’après la chute de Khrouchtchev on a pu se demander ce qu’il restait de l’œuvre accomplie. Opération peu rentable ou simplement de prestige ? La région des Terres vierges a été dissoute. Mais l’ensemble de l’habitat et des institutions agricoles est demeuré. On a développé l’élevage extensif, tel qu’il existait autrefois, on a introduit des races de céréales à cycle végétatif plus court, on a appliqué des rotations comprenant des jachères herbeuses, on a commencé d’irriguer certaines régions.

Durant quinze ans, les informations ont été données parcimonieusement, et les manuels ne mentionnèrent plus guère les Terres vierges. C’est un discours de Brejnev, au printemps de 1974, à l’occasion du 20e anniversaire du premier défrichement, qui a sorti l’ensemble de l’opération de l’oubli et a révélé qu’en vingt ans 42 millions d’hectares supplémentaires, fournissant 27 p. 100 des céréales de l’Union, ont été mis en culture. Restent de graves problèmes en suspens : l’intéressement des cultivateurs à leur propre production ; l’intensification de la production grâce aux progrès de la génétique, de la biologie et de la chimie ; le regroupement des exploitations en d’immenses sovkhozes au détriment des kolkhozes, trop petits.

Il faut voir là un nouveau départ, sous d’autres conditions, d’un plan lancé de façon un peu trop ambitieuse, mais qui s’est poursuivi dans des conditions difficiles.


Les déserts soviétiques

Les déserts* n’occupent que 13 p. 100 de la superficie de l’U. R. S. S. et ne constituent pas une zone allongée. Ils se cantonnent au sud de la steppe aride du Kazakhstan, dans le fond de la dépression aralo-caspienne. Ils présentent des analogies avec les autres déserts : précipitations annuelles inférieures à 200 mm ; discontinuité d’un maigre tapis végétal ; régime endoréique des cours d’eau (daria), dont les principaux se jettent dans deux mers fermées, le lac Balkhach et la mer d’Aral. Ils en diffèrent par l’amplitude moyenne et absolue (températures de + 45 °C l’été à – 10 °C l’hiver). La ville la plus méridionale, Kouchka, a connu un minimum absolu de – 33 °C : ces déserts sont donc des déserts froids. Le régime des précipitations est continental dans le Nord, méditerranéen dans le Sud, mais le total des précipitations est plus élevé et plus régulier que dans le Sahara ; la densité de la végétation y est également plus élevée. Les lacs intérieurs (Balkhach, Aral, Caspienne), les nombreux marais, les limans, ou saz ou tenguiz, sont alimentés par des cours d’eau endoréiques, mais le Syr-Daria et l’Amou-Daria ont de l’eau pendant toute l’année. Ces traits s’expliquent par le fait que ces déserts sont situés au pied des hautes chaînes de l’Asie centrale.

La variété des déserts est encore accusée par le relief et les sols. Les zones septentrionales, de transition, les semi-déserts sont encore couverts dans les dépressions de petites formations végétales. Le semi-désert s’est retiré au profit de la steppe et même de la forêt mixte lors des périodes de plus forte humidité ou lorsque les nomades ont cessé de détruire la forêt. Les sols s’appauvrissent en humus du nord au sud ; ils se chargent en sel et font place aux solonets et aux solontchak. Les rivières se perdent dans des lacs saumâtres. C’est dans cette zone que, par place, une culture aléatoire est possible.