Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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U. R. S. S. (Union des républiques socialistes soviétiques) (suite)

La forêt a toujours été le milieu de vie des Russes. Dans l’économie traditionnelle, elle fournit des bois de chauffage et de construction pour l’isba, la matière première d’outils agricoles fabriqués par les artisans, les koustari. Les écorces de tilleul servent à la fabrication de sandales, les lapti. La forêt offre une ressource alimentaire d’appoint pour l’homme (baies, champignons, fruits secs) et pour le bétail. L’horizon B des sols de podzols qu’elle a engendrés contient du minerai de fer, que les forges de Pierre le Grand ont utilisé. Mais la forêt primitive a été transformée en taillis par l’abattage des grands fûts pour la marine, et l’agriculture y a ouvert de vastes clairières ou campagnes, les pole. Zone de refuge pour les Russes durant les années d’incursions des peuples de la steppe, la zone primitive de la forêt est devenue, malgré la médiocrité des sols (qui, d’ailleurs, reçoivent davantage d’engrais), la grande région agricole du Nord, fournissant le lin, le seigle, des variétés à végétation rapide et rustique d’orge et de blé, et permettant un élevage assez médiocre. Les progrès de l’agronomie soviétique ont consisté à étendre vers le nord la zone de culture de plantes favorisées par la grande lumière du jour en été, comme certaines variétés de blé et d’orge, et vers le sud les plantes à faible ou à moyenne longueur du jour : soja, chanvre, maïs, betterave.

La part de l’exploitation de la forêt dans le total de la valeur de la production industrielle atteint à peine 7 p. 100 ; dans la main-d’œuvre, 14 p. 100. Mais le développement de la production n’a affecté que les fabrications de base : l’Union, bien que premier producteur de bois d’œuvre, n’assure que 5 p. 100 de la production totale de cellulose.

Des progrès doivent être accomplis. Des organisations spéciales, les leskhoz (entreprises du bois) et les lespromkhoz (entreprises industrielles du bois) s’occupent de la mise en valeur de la forêt. On est en voie de cartographier la forêt et d’en établir un cadastre, de prospecter l’Asie, qui renferme 80 p. 100 des réserves, tandis que les trois quarts de la production globale sont fournis par l’Europe. On s’efforce de mieux aménager les cours d’eau en vue du flottage ou du poussage des grumes : mais les chemins de fer, le long desquels sont organisées les coupes, transportent encore 75 p. 100 des bois coupés. On observe une hiérarchie dans les établissements : entreprises primaires des scieries, égrenées le long des cours d’eau, aux confluences et dans les petits ports ; usines d’allumettes, pour la plupart dans la forêt mixte ; usines de pâtes à papier et de cellulose, concentrées dans les grandes villes du système des Cinq-Mers ; usines chimiques, qui n’intéressent encore que 7 p. 100 des bois (50 p. 100 au Canada).

Enfin, des efforts de bonification et de protection des nouvelles forêts ont été entrepris sur d’immenses surfaces : drainage de la forêt biélorusse et des États baltes ; reboisement des friches et des mauvaises clairières ; bandes de protection le long des grands fleuves ou dans les piémonts de l’Asie centrale. Tout indique que l’exploitation du bois va atteindre un stade majeur et se comparer à celle des plus grandes puissances...


La toundra, steppe froide

Au sud comme au nord de la forêt s’étendent des zones sans arbres et moins peuplées, mais qui jouent dans l’État soviétique un rôle croissant.

Au nord, c’est la toundra* avec les côtes et les îles de l’Arctique, qui font de l’U. R. S. S. une grande puissance polaire, contrôlant la moitié de l’océan Arctique*. L’Union soviétique envoie de fortes expéditions dans l’Antarctique, où elle affirme ses droits, au même titre que les autres grands. Le littoral arctique de Mourmansk au détroit de Béring se développe sur plus de 5 000 km. Les estuaires profonds et les deltas digités, comme celui de la Lena, apportent des eaux douces. La banquise ne touche jamais la côte en été. Certaines îles, comme Novaïa Zemlia (Nouvelle-Zemble), ne sont qu’en partie glacées.

Cette façade arctique a pris depuis la Seconde Guerre mondiale une grande importance stratégique face au Groenland et à l’Alaska. Dans le détroit de Béring, l’île de Ratmanova, ou Grande Diomède, est russe ; la Petite Diomède est américaine. L’Arctique soviétique, avec ses champs de radars, ses terrains d’aviation, ses bases de missiles et de sous-marins, constitue un élément géographique original dans le plan de dissuasion de l’U. R. S. S.

Avant même cette période, ces terres d’exploration ont toujours été considérées avec un intérêt passionné par les Russes. Dès l’époque tsariste, le savant M. V. Lomonossov les fit connaître. L’Arctique est devenu pour les komsomols l’école du courage et de l’enthousiasme, et nombreux sont ceux qui peuplent les stations glaciologiques, hydrologiques et écologiques. L’Institut arctique a été crée dans les premières années du régime ; la Route maritime du Nord, qui relie l’été Mourmansk à Vladivostok, a été fondée en 1935. Depuis, les « trusts » d’exploration et d’exploitation de minerais ont été fondés. Une partie des savants de la Société sibérienne des sciences à Akademgorodok se préoccupe des problèmes de l’Arctique.

La toundra s’étend sur 15 p. 100 du territoire de l’U. R. S. S., en majeure partie en Asie. Elle est peuplée d’un million d’habitants, dont les trois quarts se concentrent en Europe. Le milieu naturel est répulsif. Aucun jour de l’année n’est exempt de gel. La moyenne de juillet ne dépasse pas 10 °C, ce qui interdit la pousse des arbres. Les vents sont très violents. La longueur des nuits d’hiver (presque 19 heures au 70e parallèle), de même que la longueur des jours d’été perturbent les fonctions de l’organisme. L’hiver entraîne le nanisme des espèces et le développement horizontal des rares organismes arbustifs, bouleaux et pins. L’été, on assiste à une floraison bariolée et intense des graminacées, à des croissances extraordinaires. Mais la toundra reste en toute saison le domaine des mousses et des lichens dès que la limite septentrionale de la « forêt claire » est franchie. Les peuples de la toundra et certains peuples de la forêt vivent essentiellement de l’élevage des rennes. Cette activité a été favorisée par les Soviétiques, qui ont contribué à l’accroissement du troupeau : 2 400 000 têtes en 1972 contre 1 900 000 en 1941 (420 000 dans le nord de l’Europe, 460 000 dans la Sibérie du Nord-Ouest, 1,5 million en Extrême-Orient, notamment en Iakoutie et dans la zone de la forêt de mélèzes).