Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Auvergne (suite)

L’histoire

Le peuplement de l’Auvergne a été lent et progressif. Les vallées furent d’abord occupées ; les invasions successives rejetèrent les populations primitives sur les hauteurs. Les vestiges préhistoriques sont rares en Auvergne, mais la presque totalité du pays fut habitée à l’époque néolithique. Au milieu du IIe millénaire av. J.-C., la civilisation du bronze fut apportée par des envahisseurs ibères et ligures ; les Arvernes celtes les repoussèrent et s’installèrent dans les vallées, surtout en Limagne.

Les Arvernes réussirent à former un empire qui domina une large partie de la Gaule centrale. Ils bâtirent des oppida, défrichèrent, assainirent et connurent une civilisation fort riche, battant monnaie et commerçant très loin. En 121, la défaite du roi Bituit mit fin à leur puissance, la réduisant à peu près à l’Auvergne. Vers 80, un noble, Celtill, tenta en vain de reconstituer l’Empire arverne. Son fils Vercingétorix hérita de ses ambitions. Menacés, les Éduens firent appel à César. En 52, les Arvernes, après d’autres, se soulevèrent sous la conduite de Vercingétorix, élu roi. Vainqueur à Gergovie, où il avait été refoulé, Vercingétorix dut s’incliner à Alésia*.

Romanisés, les Arvernes conservèrent une certaine autonomie. Ils transformèrent leurs villes, construisirent un important réseau routier, exploitèrent les sources thermales. Une population nombreuse pratiqua une agriculture riche et introduisit la vigne. Les Arvernes furent christianisés à la fin du iiie s. par saint Austremoine.

Les invasions successives entraînèrent ruines et pillages : Alamans à la fin du iiie s., Vandales au début du ve. En 474, Sidoine Apollinaire (431 ou 432 - 487 ou 489) défendit Clermont contre les Wisigoths, auxquels l’Auvergne fut néanmoins donnée. Clovis fit passer le pays dans le royaume franc, dont il subit les partages successifs.

La décadence du pouvoir royal donna naissance aux dynasties locales, qui tentèrent de préserver leur indépendance en face des grands féodaux qui se disputaient l’Auvergne. Le comté d’Auvergne se disloqua à son tour, donnant naissance à des seigneuries, dont certaines furent attribuées à l’Église : l’évêque devint comte de Clermont. De la fin du ixe s. au début du xiie, l’Auvergne connut une époque de prospérité : les abbayes se multiplièrent, des écoles y furent installées (Gerbert d’Aurillac, futur pape Sylvestre II, en sortit). C’est à Clermont que fut prêchée, en 1095, la première croisade.

L’Auvergne devint l’un des atouts de la lutte qui opposa Capétiens et Plantagenêts. Elle fut rattachée au domaine royal en 1189. Après quelques révoltes seigneuriales, elle fut attribuée aux sires de Bourbon pour sa partie nord. En 1241, la terre d’Auvergne fut donnée en apanage au frère de Saint Louis, Alphonse de Poitiers. À côté existaient le Dauphiné, le comté d’Auvergne et le comté de Clermont. À la mort d’Alphonse, la terre d’Auvergne revint à la Couronne (1271-1360).

La guerre de Cent Ans refit de l’Auvergne une province frontière. Érigée en duché, elle devint l’apanage du duc de Berry (1360) sous la surveillance du bailli royal de Saint-Pierre-le-Moûtier. La guerre et les exigences du duc ralentirent l’essor du pays. Puis (1425) l’apanage passa au duc de Bourbon, le bailli royal s’installant à Montferrand. L’Auvergne fut fidèle aux Armagnacs et au roi légitime. La révolte du connétable de Bourbon amena la confiscation du duché (1527-1531) et du Dauphiné. Le comté d’Auvergne échut à Catherine de Médicis, puis à Marguerite de Valois, qui le légua à Louis XIII avec le comté de Clermont, repris à l’évêque. L’Auvergne devenait province royale.

Au xvie s., l’Auvergne connut la Renaissance, la Réforme et les guerres de Religion. Le xviie siècle lui apporta une administration régulière : les intendants s’y établirent en 1616. La mise au pas par Richelieu de la noblesse locale, la disparition des états (1649) et les Grands Jours d’Auvergne (1665) achevèrent l’œuvre de centralisation.

Il semble que l’effort économique du règne de Louis XIV, puis du xviiie s. ait un peu laissé l’Auvergne de côté. Les montagnes la séparaient du Midi, la barrière des cinq grosses fermes, du Nord. Une certaine dépression économique, accusée par la lourdeur des impôts, était à peine compensée par l’émigration temporaire d’une partie de sa population vers les régions plus riches et vers l’Espagne. Les efforts de remarquables intendants (Trudaine [1730-1734], Ballainvilliers [1758-1767]) ne réussirent pas à relever notablement l’économie de la province.

La vie intellectuelle et religieuse fut, par contre, assez vive. Le renouveau religieux du xviie s. fut marqué par l’implantation d’un grand nombre d’ordres : Oratoriens et Jésuites installèrent des collèges dont l’importance fut grande. Une société d’agriculture et une académie traduisent un mouvement intellectuel qui ne fut pas négligeable.

La Révolution n’apporta guère de troubles en Auvergne, mais celle-ci envoya à Paris des représentants qui jouèrent un grand rôle : le mathématicien Charles Gilbert Romme (1750-1795), le conventionnel Georges Couthon (1755-1794). L’Auvergne fut divisée en deux départements, correspondant à peu près à la haute Auvergne (Cantal) et à la basse Auvergne (Puy-de-Dôme).

Au xixe s., la vie de l’Auvergne se confondit avec celle de la France. Le décalage économique eut tendance à s’accentuer alors que des zones industrielles s’installaient sur ses bords. Le chemin de fer arriva à Clermont en 1854 et mit longtemps à pénétrer le pays. Une université fut créée en 1854 également. La création de quelques industries locales (caoutchouc) et le tourisme redonnèrent un peu de vie à des régions qui se dépeuplaient.

La Résistance fut importante en Auvergne (1940-1944) : au mont Mouchet eut lieu la seule bataille rangée de cette époque.

B. G.