Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
U

Ukraine (suite)

L’Ukraine périphérique se compose de villes ayant fait partie des États voisins, annexées par l’U. R. S. S., industrialisées et en partie russifiées. C’est le cas de Lvov, l’ancienne capitale de la Galicie, qui passe de 340 000 habitants en 1939 à près d’un demi-million en 1970 et spécialise son industrie dans les transports automobiles, la mécanique de précision, la radio et l’électroménager. C’est le cas aussi de Tchernovtsy, l’ancienne Cernăuţi de la Bucovine roumaine, ou celui des petites villes de Ruthénie devenues villes de carrefour ou de passage à travers les Carpates, qui présentent ici leur ensellement le plus bas : Oujgorod, Moukatchevo.

On ne sait rien du destin de ces villes, mais on peut penser qu’elles seront vivifiées par un tourisme, encore incertain, qui ne demande qu’à se développer, et par l’implantation d’industries utilisant l’énergie de l’oléoduc et du gazoduc qui les traversent.

A. B.


L’histoire

L’apparition de l’homme en Ukraine remonte au Paléolithique inférieur. Les premières tribus se forment à l’époque du Mésolithique. Du ive au vie s. apr. J.-C., la région entre le Dniepr et le Dniestr est habitée par des tribus de Slaves orientaux, les Antes. Ceux-ci disparaissent ensuite des documents historiques, mais, dès la seconde moitié du ixe s., le terme Rous désigne une nouvelle union des Slaves orientaux, d’où naîtra l’État russe ancien avec Kiev pour capitale.

Le premier prince connu est Oleg. Au milieu du ixe s., le prince Igor (912-941 ou 945) et son épouse Olga reçoivent le baptême. En 911, un traité signé avec Byzance témoigne de l’importance politique du prince de Kiev*, qui se fait appeler « prince de Rous ». Sous les règnes de Sviatoslav Igorevitch (957 ou 964-972) et de Vladimir Sviatoslavitch (980-1015), l’État de Kiev s’étend considérablement. Vladimir, considéré comme le fondateur de la dynastie, réalise l’union de tous les territoires des Slaves orientaux et les incorpore à l’empire de Kiev. Il reçoit le baptême vers 988 et christianise son empire. L’importance du clergé se fait vite sentir dans tous les domaines. Le rapprochement de Kiev et de Byzance favorise l’extension de la civilisation slavo-byzantine dans tout l’empire. Du règne de Iaroslav Vladimirovitch (1019-1054) date le premier recueil de lois, la Rousskaïa Pravda, reflet de l’évolution des rapports féodaux et de la lutte de classes dans la Russie ancienne. Les luttes dynastiques, le congrès des princes à Lioubetch en 1097 favorisent le déclin de la suprématie de Kiev, qui s’achèvera avec l’invasion tatare.

Un mouvement important de la population s’effectue du bassin du Dniepr vers le nord-ouest et vers l’ouest. Trois nouvelles grandes procinces se forment : la Galicie et la Volhynie à l’ouest et celle de Rostov-Souzdal au nord. En 1199, Roman Mstislavitch, prince de Volhynie, unit la Galicie et la Volhynie. En 1240, Kiev est anéantie par les Tatars ; le métropolite quittera la ville en 1299 pour s’installer dans le Nord, à Vladimir. Le prince Daniel Romanovitch Galitski (1201-1264), fils de Roman, couronné en 1253, est vaincu en 1264 par les Tatars. Pendant deux siècles, la Galicie, ou « Petite-Russie », bénéficie de l’émigration de l’élite ukrainienne et est influencée par l’Occident et l’Église de Rome.


La domination lituano-polonaise

Entre-temps, le nouvel État lituanien, sous la dynastie de Gédymin (1316-1341), soumet les pays blancs-russiens et ukrainiens. Kiev sera annexée en 1363. Casimir III* le Grand, roi de Pologne, s’empare en 1349 de la Galicie et de la Volhynie occidentale. La politique d’extension territoriale suivie par les princes lituaniens est arrêtée net par le traité de Krevo (ou Krewo), en 1385, qui unit « à perpétuité à la couronne de Pologne les pays lituaniens et de Rous ». Ce traité aura de lourdes conséquences sur le destin de l’Ukraine pour une longue période. Si les princes lituaniens conservent leur souveraineté en Ukraine orientale et adoptent les anciennes coutumes kiéviennes, l’Ukraine occidentale subira de plus en plus la polonisation, consacrée par le rescrit de 1434. Au cours des xve et xvie s., la vie culturelle de l’Ukraine se déplace en Volhynie, région moins exposée et mieux défendue.

De 1480 à 1530, l’Ukraine orientale est sans cesse assaillie par les Tatars et est l’objet des prétentions moscovites. La Pologne profite de cet affaiblissement, et, le 1er juillet 1569, l’Union de Lublin consacre définitivement l’union de la Pologne et de la Lituanie*. Cette dernière ne garde que la Biélorussie, alors que la Pologne obtient la plus grande partie du territoire ukrainien. L’organisation sociale de l’Ukraine est totalement transformée : les postes administratifs clefs passent aux mains des Polonais ; l’aristocratie se polonise ou perd ses droits et, de plus, seuls les catholiques sont citoyens. L’Ukraine devient un grand producteur et exportateur de blé ; l’oppression des paysans par les nobles polonais se fait plus lourde. Le concile de Brest-Litovsk, en 1596, unit l’Église ukrainienne à Rome. Il se forme alors en divers points de l’Ukraine et surtout à Lvov des organisations culturelles pour sauvegarder la vie nationale et la religion orthodoxe. Cet élan marque la première Renaissance ukrainienne. La situation confuse et agitée explique l’appel des orthodoxes de l’Ukraine orientale aux organisations cosaques et la recherche de la protection de Moscou.


L’épopée cosaque

La setch des Cosaques* Zaporogues se forme au milieu du xvie s. Armée bien organisée et indépendante, elle commence à inquiéter le gouvernement lituano-polonais, qui crée, sans beaucoup de succès, un corps officiel de Cosaques « enregistrés », commandé par un chef polonais. Une émigration venant de l’Ukraine orientale s’opère au-delà du Dniepr, où se forment des villages de paysans libres : c’est la Slobodskaïa Oukraina (en ukrainien Slobidska). La population se réfugie dans les organisations cosaques pour bénéficier de leur immunité. L’hetman élu devient le chef de toute l’Ukraine orientale. Kiev est, vers 1615, de nouveau un centre intellectuel et ecclésiastique important.

L’hetman Piotr Konaszewicz-Sahajdacznyï (en russe P. Sagaïdatchny) pense un moment obtenir, en récompense de son aide à la Pologne dans la guerre avec la Turquie en 1621, le rétablissement de la hiérarchie orthodoxe à Kiev. Déçu, le métropolite de Kiev demande en 1625 l’aide de Moscou.

Après la défaite des Cosaques par les Polonais en 1638, 6 000 Cosaques sont enregistrés, et la population doit se soumettre aux seigneurs. Cette situation, mal supportée, durera jusqu’en 1647. La population de la Slobodskaïa Oukraina, mécontente, se rapproche de l’État moscovite.