Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Turquie (suite)

Une analyse régionale du relief permet d’individualiser d’abord l’Anatolie intérieure. Dans une surface fondamentale de plateaux, vers 1 000-1 500 m, dominée par des blocs faillés soulevés plus ou moins dissymétriques (Sultan dağ, 2 581 m) et par des cônes volcaniques isolés (Argée [Erciyas dağı], 3 916 m), s’encastrent des fossés tectoniques souvent occupés par des lacs. Cette surface fondamentale se relève jusque vers 2 000-2 500 m dans l’Anatolie orientale, où s’étendent de vastes épanchements volcaniques, dominés par les grands cônes de l’Ararat (Ağrı dağı, 5 165 m) et du Süphan (4 058 m). Vers l’ouest, en revanche, dans la façade égéenne, la masse du plateau se morcelle en grands blocs est-ouest, relevés jusqu’à 2 000 m, entre des fossés longitudinaux drainés par de grands fleuves (Bakır çay, Gediz, Petit et Grand Méandre [Küçük et Büyük Menderes]). Cette disposition passe au nord-ouest, dans la région de la Marmara, à une marqueterie irrégulière de blocs (Ulu dağ ou Olympe de Bithynie, 2 543 m) et de fossés occupés par des lacs ou des golfes. Au-delà du profond bassin de la Marmara, l’axe de la Thrace turque est constitué par le grand bassin néogène de l’Ergene, entre les hauteurs cristallines de l’Istranca au nord-est (1 018 m), qui prolongent le massif ancien du Bosphore, et des collines crétacées et éocènes au sud.

De part et d’autre du haut plateau intérieur s’opposent les bourrelets montagneux bordiers. Au nord, les chaînes Pontiques comportent deux secteurs très différents. À l’ouest du Yeşil ırmak, elles dépassent exceptionnellement 1 500-2 000 m et sont aérées par de larges plaines ou des sillons longitudinaux de direction ouest-est. À l’est du même fleuve, elles se présentent au contraire comme un haut pays, à ossature de batholites granitiques, d’aspect alpestre, fortement glacié et disséqué, qui constitue jusqu’à la frontière soviétique une haute barrière continue approchant 4 000 m. Au sud, le Taurus est un ensemble orographique qu’on peut suivre sur plus de 1 500 km. À l’ouest, aux confins du massif Caro-lydien, il est constitué d’abord par une série de massifs confus, puis par l’arc bien dessiné du Taurus lycien, qui dépasse 3 000 m et va s’ennoyer dans la serrée pamphylo-pisidienne. Au-delà de celle-ci, c’est l’immense virgation, à convexité tournée vers le sud, du Taurus central, culminant au nord-est dans le Taurus cilicien (Ala dağ, 3 734 m), s’abaissant relativement au centre dans le plateau miocène de Cilicie Trachée, où le Gök su offre un accès vers le haut pays. À l’est, l’Anti-Taurus, orienté sud-ouest-nord-est, vient s’accoler à la branche orientale de la chaîne, et l’ensemble va se fondre dans le bourrelet méridional des hautes terres de l’Anatolie orientale, qui atteint encore 4 168 m aux monts Cilo près de la frontière irakienne. Un des traits les plus marquants du relief est, de toute façon, constitué par les profondes dépressions karstiques qui éventrent les grandes masses calcaires de la montagne sous la forme de grands poljés à inondations temporaires dans le Taurus occidental et l’ouest du Taurus central ou d’innombrables dolines dans le plateau calcaire miocène de Cilicie Trachée. Aux deux ailes du Taurus central s’inscrivent deux plaines littorales, la plaine pamphylienne et la plaine cilicienne, zones de piémont complexes où se mêlent reliefs structuraux et gradins d’érosion.


Le climat

La Turquie est incluse en majeure partie dans la zone méditerranéenne, mais la présence de la masse des hautes terres anatoliennes vient perturber sensiblement le schéma normal du climat. En hiver, la haute Anatolie orientale, fortement refroidie, constitue un point d’appui pour l’avancée de l’anticyclone thermique asiatique. Les dépressions méditerranéennes n’envahissent guère que l’ouest du plateau, par intermittences, et suivent de préférence les rivages de la Méditerranée et de la mer Noire, où se situent les lignes de discontinuité thermique. En été, le flux étésien sec qui s’écoule du maximum des Açores vers les basses pressions du nord-ouest de l’Inde affecte la totalité du pays, à l’exception de l’escarpe septentrionale et du littoral de la mer Noire, sur laquelle continuent de circuler des dépressions de la zone tempérée, qui y donnent des pluies particulièrement importantes à l’automne, où la mer reste encore tiède en bordure d’une masse anatolienne qui commence à se rafraîchir. Cependant, au printemps, avant l’établissement du régime estival, règne dans l’intérieur du pays un marais barométrique où se développent des pluies de convection.

La répartition des précipitations est ainsi dominée par le contraste entre l’intérieur, subaride, et les bordures montagneuses et littorales, très arrosées. Celles-ci reçoivent presque partout, au nord comme au sud, plus de 750 mm de pluies par an, à l’exception de quelques secteurs abrités ou parallèles aux vents pluvieux, comme la côte de Sinop à Samsun sur la mer Noire. Certains secteurs du Taurus et l’est des chaînes Pontiques peuvent recevoir jusqu’à 2 m de pluies. La plus grande partie de la haute Anatolie orientale et la façade égéenne reçoivent encore plus de 500 mm de pluies, mais le total tombe au-dessous de 400 et même de 300 mm dans l’Anatolie intérieure, sans toutefois y descendre nulle part au-dessous de 200 mm, ce qui y laisse partout possible, quoique aléatoire, la culture pluviale des céréales.

L’opposition thermique entre les littoraux aux hivers tièdes et le haut plateau aux hivers froids, se combinant avec ces contrastes pluviométriques, permet de définir des régions climatiques. Une exception est constituée par le climat des régions pontiques de l’Est, avec des pluies abondantes et réparties en toute saison (maximum, cependant, en automne et en hiver, où la cyclogenèse est la plus active, et minimum au printemps). Les étés sont chauds sans excès ; les températures d’hiver restent clémentes (Samsum : 6,6 °C en janvier et 23,5 °C en août). Sur les hauts plateaux de l’Anatolie orientale, les pluies restent également assez bien réparties, avec deux maximums de printemps et d’automne et deux minimums (un minimum principal méditerranéen d’été, auquel s’ajoute un minimum secondaire d’hiver, lié au beau temps froid anticyclonique), mais les froids d’hiver sont très rudes (Erzurum, à 1 900 m : – 8,7 °C en janvier pour 20 °C en juillet). Partout ailleurs règne la sécheresse de l’été. Sur les côtes égéennes et méditerranéennes, il s’agit d’un climat méditerranéen typique, avec maximum de pluies d’hiver, étés chauds et hivers doux (Izmir : 8,3 °C en janvier ; Antalya : 9,9 °C). Dans les régions de la Thrace, de la Marmara, de l’intérieur de la façade égéenne et sur les côtes occidentales de la mer Noire, l’apparition du maximum secondaire printanier de pluies de convection s’ajoutant au maximum principal d’hiver permet de définir un climat de transition subméditerranéen : hivers et étés restent modérés (Istanbul : 612 mm annuels, 5,3 °C en janvier, 23,3 °C en août). Le climat de l’Anatolie intérieure est pratiquement du même type que le précédent, mais avec une aridité croissante : les froids d’hiver s’accroissent vers l’est et il y a prépondérance du maximum de pluies de convection de printemps sur celui de l’hiver (Konya : 303 mm, – 0,5 °C en janvier, 23,4 °C en juillet).

De toute façon, la variabilité des pluies reste très grande, notamment sur le plateau intérieur, où les pluies d’hiver peuvent manquer presque totalement si l’anticyclone s’installe de façon stable et où les pluies de convection de printemps sont également très irrégulières. Les catastrophes agricoles n’y sont pas rares.