Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Tunisie (suite)

• Les déséquilibres sociaux risquent de créer les tensions les plus vives. En effet, si la bourgeoisie participe pleinement à la croissance par le tourisme, l’artisanat et le commerce, les sociétés mixtes, les grands domaines agricoles et si les classes moyennes en profitent assez largement, une très large partie de la population (mal évaluée) reste en dehors du mouvement économique : la très grande majorité des paysans du « bled », attachés à une agriculture traditionnelle qui offre tout juste la subsistance ; les chômeurs urbains, souvent descendants directs de ces paysans par émigration. Le nombre des chômeurs était évalué à plus de 250 000 en 1968, effectif considérable, touchant environ 15 p. 100 de la population adulte. Il faudrait une croissance très élevée, supérieure aux prévisions du plan, pour assurer la résorption de cette large plaie sociale. Or, l’effort de scolarisation qui a été consenti donne aux jeunes de nouvelles exigences. La population scolaire s’élève à 1 200 000 personnes, dont 14 000 à l’université et près de 200 000 dans l’enseignement secondaire. Les « moins de vingt ans » constituent 55 p. 100 de la population totale. Chaque année, une génération d’un peu plus de 100 000 adolescents arrive à l’âge du travail... Dans la Tunisie contemporaine, les problèmes sociaux s’expriment et s’exprimeront de plus en plus par la voix de la jeunesse.

A. F.


L’histoire des origines à 1881


La Tunisie antéislamique

• La population primitive est formée de Berbères* nomades ou sédentaires.

Point de croisement de la seule route terrestre unissant l’Égypte au Maghreb occidental et des pistes caravanières conduisant au Sahara, la Tunisie attire successivement des populations diverses (venues généralement de la mer).

• Fin du IIe millénaire : installation des Phéniciens*, notamment des Tyriens, qui, au ixe ou au viiie s. av. J.-C., fondent Carthage*, qui, après des commencements difficiles, impose son hégémonie aux autres cités phéniciennes et domine (vie s.) le commerce méditerranéen.

• Les Berbères de l’intérieur sont refoulés vers le sud et l’ouest ; certains, cependant, se sédentarisent et sont influencés par la civilisation punique : tel est, en particulier, le cas du royaume de Numidie*.

• Aux prises avec les Grecs, puis avec les Romains, Carthage soutient contre ceux-ci les dures guerres puniques* (264-146 av. J.-C.) avant d’être détruite par Scipion* Émilien (146 av. J.-C.).

• 146 av. J.-C. : les Romains fondent la province d’Afrique (v. Afrique romaine), et la future Tunisie devient le cœur de l’Afrique proconsulaire. Sous le contrôle de l’annone, elle est l’un des greniers de Rome en grains, et lui fournit huile et vin. En même temps, elle s’urbanise et se romanise profondément.

• 146-105 av. J.-C. : les Numides de Masinissa et de Jugurtha s’opposent à la conquête romaine. Mais ils finissent par être vaincus.

• 46 av. J.-C. : César annexe la Numidie, qui devient l’Africa Nova.

• Sous l’Empire romain, le pays connaît une grande prospérité : les cultures se développent vers le sud, les villes (Carthage, Thysdrus, Mactar, Bulla Regia...) se multiplient. Le christianisme trouve là l’un de ses bastions occidentaux, avec des docteurs comme saint Augustin*, saint Cyprien*, Tertullien*.

• 193-235 apr. J.-C. : la Tunisie romaine atteint son apogée avec les Sévères*, d’origine africaine.

• 429-533 : le pays subit l’invasion destructrice des Vandales*, dont le roi Geiséric domine la Méditerranée occidentale, mais, après la mort de ce dernier (477), l’État vandale se désagrège, en partie sous les coups des tribus nomades ou montagnardes.

• 533-647 : la Tunisie byzantine. Bélisaire, pour Byzance*, reconquiert l’Afrique romaine, qui est restaurée (533), mais les Byzantins doivent soutenir les assauts des Berbères, qui, toujours révoltés, sont pratiquement les maîtres de l’intérieur. Et c’est une province affaiblie que vont affronter au viie s. les Arabes* musulmans.


L’Ifrīqiya arabe

• 647 : début de l’invasion arabe.

• 670 : fondation, par ‘Uqba ibn Nāfi‘, de Kairouan*, ville sainte et place d’armes de l’islām en Occident.

• 698 : chute de Carthage. Occupation complète de l’Ifrīqiya.

• Le christianisme — probablement superficiel dans le peuple — et la latinité sont peu à peu submergés par l’islamisation et l’arabisation. Les Berbères de l’intérieur conservent cependant une certaine originalité en adhérant au khāridjisme.

• L’Ifrīqiya — avec sa capitale Kairouan — dépend successivement du califat omeyyade de Damas et du califat ‘abbāsside de Bagdad ; grâce aux échanges avec l’Orient par Kairouan, Tunis*, Sousse, le pays connaît la prospérité.

• 800 : l’émir Ibrāhīm ibn al-Arhlab, chargé par le calife Hārūn al-Rachīd de réprimer une émeute contre le gouvernement ‘abbāsside, fonde une dynastie locale, les Arhlabides* (ou Aghlabides). Le calife lui accorde l’investiture pour diriger la lointaine et turbulente Ifrīqiya. L’émirat devient en fait héréditaire.

• Constructeurs de villes, de palais, de mosquées, les émirs arhlabides président à un fort mouvement idéologique et mystique. Eux-mêmes, pour asseoir leur autorité, se rallient au malékisme. Cependant, les exactions et les débauches de la Cour mécontentent une population puritaine. De plus, les Arhlabides s’épuisent en des expéditions contre la Sicile*.

• 909 : le onzième et dernier émir arhlabide, Abū Mudar Ziyādat Allāh III (903-909), s’enfuit, n’ayant pu résister aux contingents berbères du missionnaire chī’ite Abū ’Abd Allāh, qui fonde la dynastie des Fāṭimides*.

• Les Fāṭimides, par leur intransigeance même, n’arrivent pas à implanter le chī‘isme* en Ifrīqiya. Après avoir conquis l’Égypte, ils installent leur capitale au Caire (973) : ils confient le gouvernement de l’Ifrīqiya au Berbère Yusuf Bulukkīn ibn Zīrī, qui fonde la dynastie zīride.

• Les Zīrides, qui rejettent la suzeraineté des Fāṭimides (1048), donnent au pays une grande prospérité.