Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Truite (suite)

La salmoniculture

La salmoniculture, ou pisciculture* des eaux froides, concerne d’une part la production d’alevins de repeuplement pour les Saumons de l’Atlantique et du Pacifique, l’Omble chevalier, les Corégones et les Ombres, d’autre part la reproduction et l’élevage jusqu’à la taille marchande de la Truite arc-en-ciel, de la Truite commune et du Saumon de fontaine. Elle est pratiquée dans les eaux fraîches du monde entier, et sa relative facilité fait qu’elle est largement répandue.

La salmoniculture exige une eau pure et fraîche, de préférence calcaire, éventuellement granitique, toujours bien oxygénée, ce qui nécessite une température le plus souvent inférieure à 20 °C et un renouvellement constant de l’eau. Les géniteurs, capturés dans la nature ou provenant eux-mêmes d’un élevage, doivent comporter en moyenne trois femelles pour un mâle. On pratique la fécondation artificielle à sec ; découverte en 1856, celle-ci assure des pourcentages de réussite de l’ordre de 95 p. 100. Les œufs sont incubés sous abri, dans un lieu bien éclairé et protégé du gel, sur des claies de zinc ou de matière plastique. Après l’éclosion, les alevins sont conservés jusqu’à résorption de la vésicule vitelline. À ce stade, on obtient les alevins de repeuplement qu’on peut déverser dans les eaux libres. Si l’on continue l’élevage, on garde les alevins pendant trois à quatre semaines dans les auges d’incubation, en leur donnant des Daphnies ou de la nourriture artificielle, puis on les transporte dans des étangs ou des bassins où on les engraisse selon des méthodes très variées. En général, on obtient un Poisson de taille commerciale au cours de la seconde année.

R. B.

 M. Huet, Traité de pisciculture (Éd. de la Vie rustique, Bruxelles, 1952 ; 4e éd., 1970). / C. J. Spillmann, Poissons d’eau douce, t. LXV de la Faune de France (Lechevalier, 1962). / N. B. Marshall, Life of Fishes (New York, 1966 ; trad. fr. la Vie des poissons, Bordas, 1972 ; 2 vol.). / F. R. Harden Jones, Fish Migration (Londres, 1968).

Truman (Harry S.)

Homme d’État américain (Lamar, Missouri, 1884 - Kansas City 1972).


Après des études modestes, il est employé de banque et, pour un temps relativement court, fermier. Au cours de la Première Guerre mondiale, le voici lieutenant, puis capitaine d’artillerie dans le corps expéditionnaire américain ; il se bat à Saint-Mihiel et dans l’Argonne en septembre-octobre 1918. Démobilisé, il se marie et tente sa chance dans le commerce : il ouvre une chemiserie ; la récession de 1920-21 le conduit à la faillite. Il se tourne alors vers la politique et se lie avec la « machine », particulièrement corrompue, du parti démocrate* du Missouri. Élu juge de comté en 1922, battu aux élections de 1924, vainqueur en 1926, il construit des routes et passe pour un administrateur dévoué et honnête.

Aussi est-ce à lui que le « patron » local du parti, Thomas J. Pendergast, songe pour les élections sénatoriales de 1934. Truman profite du succès général des démocrates et vient siéger à Washington. Le nouveau sénateur reste fidèle à ses amis : il n’abandonnera pas Pendergast même après sa condamnation pour fraude fiscale. Malgré ses relations douteuses, son intégrité est totale. L’appui qu’il accorde à la politique du président Roosevelt* est sans faille. Il parvient à se faire réélire en 1940, en s’appuyant sur les petits fermiers, les Noirs et les ouvriers. Peu d’observateurs de l’époque l’auraient cru promis à une destinée plus brillante. De fait, il accède à une relative célébrité en devenant président d’une commission spéciale du Sénat, chargée d’enquêter sur les dépenses relatives à la défense nationale. Par une activité inlassable et une scrupuleuse attention aux comptes des administrations, il fait économiser un milliard de dollars au Trésor fédéral.

Sans doute est-ce cette ardeur au travail, ce goût de l’action et le charme de sa personnalité qui conduisent Roosevelt à le choisir comme colistier pour l’élection présidentielle de 1944. En outre, Truman est moins à gauche que le vice-président sortant, Henry A. Wallace (1888-1965), moins à droite qu’un candidat éventuel à la fonction, James F. Byrnes (1879-1972) ; il est l’homme de la situation. Peut-être songe-t-on aussi que dans l’hypothèse de la disparition brutale du président, Truman assurera habilement et honnêtement la transition.

La mort soudaine de Franklin D. Roosevelt le 12 avril 1945 le porte aux responsabilités suprêmes. Il n’a reçu pour cela aucune préparation : les vice-présidents sont alors tenus à l’écart des affaires ; il n’est pas au courant des grands secrets de l’État. Pourtant, si la victoire militaire sur l’Allemagne est proche, les difficultés de l’après-guerre s’annoncent particulièrement graves et le Japon n’est pas encore battu. Succédant au chef prestigieux qui a sorti le pays de la crise économique et lui a donné la première place dans le monde, Truman doit assumer deux tâches délicates : reconvertir les États-Unis aux activités de paix ; définir la politique étrangère d’une puissance investie de responsabilités mondiales.

Démobiliser les G. I. et les réintégrer dans la vie civile, lutter contre l’inflation et apaiser l’agitation que connaît le monde ouvrier, telles sont les nécessités qui s’imposent au nouveau président. Son action, toutefois, est rendue plus difficile encore par l’opposition qu’il rencontre : de 1947 à 1949, par exemple, les républicains sont majoritaires à la Chambre des représentants. Truman ne renonce pas, loin de là ; mais il doit subir la loi des conservateurs : l’organisme chargé de contrôler les prix disparaît en 1946 ; la loi Taft-Hartley, votée en 1947, limite les activités des syndicats. Attaqué sur sa gauche — on lui reproche sa politique « dure » à l’égard de l’Union soviétique — et sur sa droite — on critique violemment sa politique favorable à la déségrégation raciale —, Truman remporte néanmoins l’élection de 1948, alors qu’on le donnait pour battu et que son adversaire républicain, Thomas E. Dewey (1902-1971), était certain de lui succéder.