Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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tropismes (suite)

Quoi qu’il en soit, c’est un déplacement des auxines* qui provoque une répartition hétérogène de ces substances, assurant ainsi une croissance inégale sur les deux faces. La migration de ces produits se fait d’ailleurs peut-être par électrophorèse. La différence de résultat obtenue sur les tiges et les racines s’expliquerait alors par une sensibilité particulière des deux organes aux auxines, entraînant des réactions opposées.


Le phototropisme

Il se caractérise par une courbure au cours de la croissance de l’organe, en réponse à un éclairement dissymétrique. Si la tige, par exemple, s’oriente vers la source lumineuse, il s’agira d’un phototropisme positif ; si, par contre, l’organe semble fuir la source lumineuse, on parlera de phototropisme négatif : les tiges et les coléoptiles ont un phototropisme négatif ; la tige hypocotylée du Gui, les pédoncules des fruits du Linaire cymbalaire, la plupart des racines et des organes souterrains présentent un phototropisme négatif. Les feuilles de Robinier ont des mouvements phototropiques liés à des phénomènes de turgescence et non de croissance.

Ici, également, on peut montrer que, pour obtenir la réaction de l’organe, il faut que l’excitant ait dépassé le niveau du seuil et ait été appliqué pendant un certain temps (temps de présentation), différent du temps de réaction. On retrouve l’existence du temps de latence et le fait que des éclairs lumineux successifs ont un effet cumulatif. Le plus souvent, la courbure obtenue dépend de l’angle d’incidence de la lumière par rapport à l’orientation primitive de l’organe.

La zone de réception du stimulus lumineux se situe sur un coléoptile d’Avoine au niveau de l’épiderme apical ; à 2 mm du sommet, la réaction est déjà très affaiblie. Les diverses longueurs d’onde ne sont pas aussi efficaces les unes que les autres : la courbure du coléoptile d’Avoine à des éclairements faibles est favorisée par le bleu-violet et aussi par le bleu-vert. Le photorécepteur serait la riboflavine ou le β-carotène et peut-être un autre pigment sensible à l’ultraviolet. Un système amplificateur fournirait l’énergie nécessaire à la courbure. La répartition des auxines est alors modifiée à l’intérieur du coléoptile. Le côté à l’ombre s’enrichit, et la zone éclairée s’appauvrit, le rapport pouvant être de 4 à 1 ; on pense généralement qu’il y aurait migration de l’auxine, transversale, puis longitudinale, provoquant ainsi un allongement différent des cellules.


L’hydrotropisme

On a mis en évidence l’attraction (hydrotropisme positif) que l’humidité exerce sur certains organes (racines par exemple) : les racines de plantules en germination, cultivées sur un tamis incliné tapissé de sciure humide, sortent d’abord (géotropisme), puis s’inclinent pour rentrer dans le tamis. D’autres dispositifs permettent également d’observer la combinaison entre géotropisme et hydrotropisme.

J.-M. T. et F. T.

➙ Nastie.

 G. Viaud, les Tropismes (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1951 ; 2e éd., 1968).

Trotski

Homme politique russe (Ianovka, près d’Ielizavetgrad, 1879 - Coyoacán, Mexique, 1940).



Avant la Révolution

Lev Davidovitch Bronstein naît le 7 novembre 1879 (le 26 oct. selon l’ancien calendrier russe) dans une ferme située en Ukraine du Sud, dans la province de Kherson. Son père, paysan d’origine juive, connaît l’aisance grâce à sa ferme de 400 hectares ; sa mère est issue de la bourgeoisie. L’enfant quitte Ianovka à neuf ans pour aller étudier à Odessa. En 1896, Leva (c’est le diminutif de Lev) se rend à Nikolaïev pour préparer son examen d’entrée à l’université et loge dans une famille dont les deux fils sont quelque peu socialistes. Plutôt attiré par les mathématiques que par la politique, le jeune Bronstein finit cependant par se laisser convaincre.

Dans la Russie tsariste de 1897, ce socialisme-là est encore très vague : c’est un état d’esprit favorable aux pauvres et désireux de réformes sociales, guère plus. Leva fréquente un cercle d’étudiants révolutionnaires plutôt populistes (Narodniki) et s’oppose au marxisme pendant quelques années. Il participe à la création d’une organisation clandestine, l’Union des ouvriers de Russie méridionale, et consacre beaucoup de temps à son activité d’organisateur et de journaliste, ce qui ne l’empêche pas de réussir son examen d’entrée en mathématiques à l’université d’Odessa.

Il était dit cependant qu’il n’étudierait pas les mathématiques, mais qu’il ferait de la politique. Au début de 1898, il est arrêté par la police tsariste près de Nikolaïev. Il reste tout l’hiver de 1898 à la prison de Kherson dans des conditions matérielles épouvantables, puis est transféré à celle d’Odessa jusqu’à la fin de 1899. Condamné, par mesure administrative, à quatre ans de déportation en Sibérie, il est d’abord conduit à la prison de Moscou, où il reste six mois encore — et où il épouse une militante, Aleksandra Sokolovskaïa, qui lui donnera deux filles — avant d’être déporté en Sibérie à Oust-Kout, sur la Lena.

En prison, puis en Sibérie, Lev Davidovitch acquiert une vaste culture politique, philosophique et littéraire. Il devient social-démocrate et adhère à l’Union social-démocrate de Sibérie. Sous la signature d’Antid Oto, il publie de nombreux articles pour la Revue orientale, publiée à Irkoutsk. Pendant l’été de 1902, il s’évade de Sibérie et choisit un nom pour inscrire sur le faux passeport que l’organisation clandestine lui a fourni : c’est celui d’un ancien gardien de la prison d’Odessa, Trotski.

Octobre 1902 : Trotski est à Londres auprès d’un jeune intellectuel émigré, marxiste comme lui, Vladimir Ilitch Oulianov, qui a pris peu avant (fin de 1901) le pseudonyme de Lénine*. Il collabore à la rédaction d’Iskra (« l’Étincelle »), journal fondé en 1900 et qu’il dirige avec Lénine et quatre autres sociaux-démocrates.