Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

tropicale (médecine) (suite)

C’est pourquoi la médecine tropicale — qui n’est, en définitive, qu’une forme de médecine interne appliquée à certaines régions du globe — se doit de tenir compte du contexte socio-économique. L’orientation de certaines instances (O. M. S., F. A. O., U. N. I. C. E. F.) va vers le développement de la médecine préventive et de l’hygiène. La recherche n’est pas négligée pour autant, mais elle peut se faire dans des instituts de médecine tropicale implantés dans des pays non tropicaux, mieux pourvus sur le plan de l’équipement (Centre international des maladies transmissibles à Atlanta, Institut de médecine tropicale du prince Léopold à Anvers, Ross Institute de Londres, Institut de médecine tropicale à Liverpool, Institut de médecine tropicale à Bâle et Institut de médecine et d’épidémiologie africaine Léon M’Ba de l’hôpital Claude-Bernard à Paris). Au sein de tels organismes peuvent être définis des plans d’enquêtes épidémiologiques reposant sur des examens cliniques ou sérologiques, des programmes de chimioprophylaxie à l’usage des voyageurs partant en zone tropicale, enfin des essais thérapeutiques concernant des drogues antiparasitaires. Les résultats de ces recherches peuvent être confrontés à l’occasion de congrès internationaux de médecine tropicale, dont les derniers se tinrent à Rio de Janeiro (1963), à Téhéran (1968) et à Athènes (1973).

L’histoire de la médecine tropicale est étroitement liée à celle de la pathologie infectieuse au sens large du terme. Ainsi, en France, elle a été illustrée par les noms de A. Laveran (1845-1922) [paludisme], de C. Nicolle (1866-1936) [typhus, leishmanioses], de E. Jamot (1870-1937) [lutte antitrypanosomienne].

M. R.

tropicales (cultures)

Au sens strict, l’agriculture tropicale est celle qui est pratiquée sur les terres émergées du globe situées entre les deux tropiques de part et d’autre de l’équateur ; les surfaces cultivées dans ces zones correspondent à environ 30 p. 100 des terres cultivées dans le monde ; sauf en ce qui concerne les cultures industrielles, les rendements sont beaucoup plus faibles que dans les régions tempérées ; tous les efforts déployés depuis la Seconde Guerre mondiale tendent à accroître la production agricole des pays tropicaux, pour la plupart en voie de développement.



Conditions spécifiques de l’agriculture tropicale


Climat

Dans la zone considérée, le climat est soit tropical, caractérisé par l’alternance d’une saison des pluies et d’une saison sèche, la durée de celle-ci étant d’autant plus courte que l’on va de l’un des tropiques vers l’équateur, soit équatorial, caractérisé par l’alternance de deux saisons des pluies (une courte et une longue) et de deux saisons sèches (une longue et une courte). Les températures moyennes sont élevées, mais avec de larges variations d’amplitude, dans le cas des climats tropicaux secs ; elles sont plus ou moins uniformes dans le cas des climats tropicaux humides et des climats équatoriaux ; elles s’abaissent en altitude, et les pluies dues aux alizés ou à la mousson ont une influence renforçatrice ou nivellatrice ; les vents locaux, tel l’harmattan, jouent un rôle important. En première analyse en région intertropicale, la température n’est jamais un facteur limitant de l’agriculture (sauf parfois en altitude) ; mais, alors que le cycle des cultures coïncide avec la saison chaude en région tempérée, il est déterminé par la ou les saisons des pluies en région intertropicale. En outre, la durée journalière de l’éclairement solaire, constante à l’équateur, est, de ce fait, moindre pendant la saison de culture dans la zone intertropicale que pendant l’été des régions tempérées.


Sols

Les sols sont très divers dans les régions intertropicales ; certains sont très fertiles, comme ceux des grands deltas et des lits des cours d’eau ; mais, le plus souvent, la sévérité du climat — notamment l’agressivité des pluies — et l’action désastreuse de l’Homme déterminent la dégradation des sols, fréquemment de très faible fertilité. Les phénomènes de latérisation sont caractéristiques des régions tropicales ; ils aboutissent à la formation profonde ou superficielle de cuirasses ou de couches de concrétions latéritiques s’opposant à la pénétration des systèmes racinaires des plantes cultivées. Les sols tropicaux sont, en outre, souvent carencés en certains éléments fertilisants ; cette pauvreté des sols tropicaux est la cause principale des faibles rendements constatés.


Milieu vivant

La végétation naturelle non seulement est le reflet du sol et du climat, mais également subit l’action de l’Homme, qui intervient presque toujours dans le sens d’une évolution régressive. Normalement, on trouve tous les types de formations végétales, depuis la forêt dense des climats tropicaux humides ou équatoriaux jusqu’aux formations xérophytiques dans les zones arides, en passant par les savanes arborées et les savanes herbacées. Mais l’Homme tend, soit par les feux de brousse destinés à défricher les sols à mettre en culture, soit par les feux sauvages incontrôlés destinés notamment à rabattre le gibier ou par une exploitation abusive des bois d’œuvre, à appauvrir la végétation naturelle ; la forêt fait place peu à peu à la savane, de plus en plus pauvre, et souvent dans un sens irréversible ; le sol devient de plus en plus la proie de l’érosion et donc d’un appauvrissement qui peut aboutir à la stérilisation. Cependant, dans les régions tropicales de vieille civilisation (Asie de la mousson notamment), où l’agriculture est permanente, l’Homme est habitué à assurer la conservation de la flore et des sols. Quant à la faune, hormis quelques grands animaux ravageurs, les prédateurs des récoltes sont nombreux, comme dans les régions tempérées ; cependant, les Acridiens, dont le grégarisme se traduit par d’énormes vols dévastateurs, les essaims de Mange-Mil, destructeurs des récoltes, et les Termites, façonniers du sol et du sous-sol, sont particuliers aux zones chaudes du globe.